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« Marguerite-Eléonore-Clotilde de Vallon Chalys, célèbre sous le nom de Clotilde de Surville, naquit au château de Vallon, dansie Bas-Vivarais, vers l'an 1405. Elle dut le jour à Louis-Alphonse-Ferdinand de Vallon et à Pulchérie de Fay-Collan, son épouse, attachée à la cour de Gaston Phébus, comte de Foix et de Béarn. Pulchérie, distinguée par son goût pour les lettres et surtout par la vivacité de son esprit , devint bientôt l’amie d'Agnès de Navarre, mariée au comte de Foix. Pulchérie inspira de bonne heure à sa fille le goût de la poésie et de la littérature. Clotilde, dès l'âge de onze ans, traduisit en vers une ode de Pétrarque avec tant de grâce, que Christine de Pisan , après l'avoir lue, s'écria : « Il me faut céder à » cet enfant tous mes droits au sceptre du Parnasse. » Clotilde aima passionnément Béreuger de Surville, chevalier aimable et vaillant , qu'elle épousa en 1421, malgré la perte encore récente de sa mère. Les périls de Charles VII séparèrent Bérenger de Clotilde, qui exprima ses regrets dans une héroïde datée de 1422, et dont la grâce et la sensibilité font la censure la plus sévère des pièces du même genre qu'Ovide a composées.
» Les poésies de Clotilde avaient été admirées par Charles d'Orléans, qui les fit connaitre à Marguerite d'Ecnsse. Cette princesse, n'ayant pu obtenir de Clotilde qu'elle quittât sa retraite du Vivarais, où elle vivait depuis la mort de son mari, tué dans une expédition pendant le siége d'Orléans, lui envoya une couronne de laurier, surmontée de douze marguerites à boutonsd'or et à feuilles d'argent, avec cette devise : « Marguerite d'Écosse à Mar- » guerite d'Hélicon. »
» La date de la mort de Clotilde est incertaine; on sait seulement qu'elle mourut âgée de plus de quatre- vingtdix ans, puisqu'elle chanta , en 1495, la victoire remportée à Fornova par Charles VIIT, en Italie. Clotilde fut inhumée à Vessaux , dans la même tombe qui renfermait déjà les restes de son fils et de sa belle-fille.
» La vérité des sentiments , la naïveté du style, la propriété des expressions, la liaison toujours naturelle des idées, beaucoup d'art dans les transitions, l'élégance uoie à un naturel exquis, caractérisent les poésies de Clotilde, qui serait certainement au-dessus de tous les écrivains de son temps, si elle les avait créées telles que nous
les possédons. »
Telle est la biographie de Clotilde qu'on lit dans la
Collection des Poëtes par M. Auguis. Tous les faits en ont été puisés dans la préface des œuvres prétendues de Ciotilde, et sont par cela mème fort douteux. M. Villemain, dans le morceau qui suit, nous semble avoir fait bonne justice de la supercherie, assez adroitement combinée, qui a cssayé de donner à notre vicille langue un poëte de plus.
« Nous avons eu, comme les Anglais, une contrefaçon élégante , une spirituelle mystification sur la poésie de notre quinzième siècle. De mème que Chatterton Jeur a forgé le vieux Rowley, nous avons cru quelque temps à Clolilde de Surrille. Ses poésies retrouvées ont fait grand bruit en France, il y a vingt ans. Le monument est curieux : c’est une petite construction gothique, élevée à plaisir par un moderne architecte. Mais le goût qui a présidé à cette œuvre faclice , la vérité des sentiments qui se cache sous la combinaison du langage, tout cela mérite d'être étudié.
» En 1802, on annonça les poésies inédites de Clotilde de Surville, noble dame du quinzième siècle. Ce nom de Surville n'était pas inconau dans notre histoire, et avait été récemment porté par un marquis de Surville, homme de cœur et d'esprit, qui servit en Amérique, revint en France pour émigrer, y rentra pour combattre, et fut cruellement mis à mort par une commission militaire.
» Il paraît que le marquisde Surville, passionné pour la poésie, avait d'abord été poêle moderne, vu qu'il était né dans le dix-huitième siècle. Ses essais se perdirent daus la foule. M. de Surville alors tâächa de vieillir sa muse. Une curi:sité féodale, qui lui faisait relire avec plaisir les vieux titres de sa famille, le portait à imiter l'ancien style. Ses amis ont prétendu qu'il avait retrouvé les poésies d'une arrière-bisaïeule, qu'il les avait déchiffrées, trauscrites (car on n'a jamais montré la copie originale), et que, peu de jours avant de mourir, ilavait recommandé, par une lettre, ce dépôt précieux. A-t-on supposé cette lettre ? ou bien a-t-il voulu lui-même tromper sur une chose aussi frivole, dans un moment si solennel et si triste ? Quoi qu'il en soit, l'authenticité de ces poésies n’en est pas moins invraisemblable. Quand on a lu Charles d'Orléans, on reconnait dans les poésies de Clotilde une fabrication moderne , qui se trahit par la perfection même de l'artifice. »
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