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+ » ment de celui-ci, la pendaison de celui-là; ce | » mède des Albiseoïis servit à ranimer le zèle des
» sont les bûchers dressés dans toute la Pro- | » croisades, qui emporta si loin l’héroïsme de
+ vence. » Plus loin, M. Villemainse résume ainsi | » saint Louis. »
qu’il suit sur un point d’histoire non moins lit- Telle fut la destinée de ces poëtes et de cette
© téraire que politique : « Cette épouvantable croi- | poésie, dont les vestiges resteront à jamais - . » sade ne fut pas seulement une guerre de fana- | dans notre littérature et dans notre histoire.
> »tisme; ce n’est pas seulement Innocent IIT | La décadence des troubadours s'annonca, en de “ * qu'il faut accuser du sang versé: il l’a regretté, | quelque sorte, par le discrédit où tombèrent les % s il l’a pleuré ; et, plus tard, ses bulles frappè- | jongleurs déclarés infâmes par le saint-siége :
> » rent d’anathème Simon de Montfort, qui ne pa- | Philippe-Auguste , les chassa de ses états. Un
“ __» rait pas s’en être beaucoup inquiété. Maisilest | autre échec plus fatal encore, l'abolition des : D s manifeste , il est visible que les Provencaux | cours d'amour, fut l’une des conséquences de la = % » haïssaient les Français , et voulaient exister à | guerre qui ravagea les pays où régnait la lan- Je “> s part. Ces questions littéraires qui nous occu- | gue provencale. Tous les beaux-esprits, quien + 2 + pent sont liées à une vérité historique : — un | maintenaient l’honneur , se découragèrent , en : % +» peuple, une langue ; une langue, un peuple. | perdant l’espoir des récompenses naguères pro-
“ » Si la Provence fût demeurée indépendante, | mises à leurs efforts. La seule ville de Toulouse . 4 sc'était un peuple du Midi de plus, avec son | comprit la cause du mal, etle moyen d'y remé-
. » nom, Sa langue, ses arts, son génie propre. | dier : l'institution des jeux floraux , dont nous
“> » Cet accident d’une hérésie, qui devintcomme | parlerons plus tard, n’eut d'autre but que de . 1 » le prétexte d'une guerre d'ambition , ne peut | ranimer le feu poétique enseveli sous la cendre. » faire méconnaître la cause première de ces évé- On pourrait comparer les troubadours , envi-
+ » nements, où s'accomplissait l’action du Nord | sagés comme corps poétique , à une armée dans
3 »sur le Midi, de la France centrale. de Hugues | laquelle chefs et soldats posséderaient tous une : . » Capet sur la petite souveraineté de Toulouse. | assez grande valeur individuelle, sans qu'aucun
ao » La devise fut la religion et la vengeance du | se distinguât par un courage extraordinaire ou
se » sang d'un légat; l'instrument fut la colère | un génie supérieur. Chez eux, en effet, point
% » d’Innocent III et le bras de Simon de Mont- | d'homme à part, point d'ouvrage hors de pair.
. » fort; la cause véritable fut ce besoin , pour la | En les lisant , en les écoutant , on est frappé de
Fe » France, de s'agrandir et d’enfermer dans son | l’uniformité qui règne dans leur style, dans leur Æ 4 + sein ces petites principautés du Midi, plus ci- | langage : ce sont les mêmes tours, les mêmes
ch » vilisées, plus riches et plus faibles qu’elle. | images, le même son de voix. De loin, toutes
+ » Mais ces vérités de fait ne sont pas des apolo- | leurs physionomies se confondent ; deprès,ona + +. s gies;cesexplications posthumes n'affaiblissent | peine encore à discerner les traits caractéristi-
s point la juste horreur qui, dans la pensée des | ques de chacun d'eux, et à le nommer par son
9% » contemporains, dut s'attacher aux barbaries | nom. Tandis que la langue italienne , dès le ber-
< » de cette invasion. Depuis lors , la poésie des | ceau, produisait un poëte assez grand pourque © » troubadours n’est plus qu’une complainte hai- | nul autre ne le surpassât plus tard, tandis qu’elle
+ s neuse et vengeresse ; elle n’est plus qu’une pro- | enfantait son Dante Alighieri, bientôt suivi, si- à 4 + testation contre la perte de la liberté du Midi | non égalé par Pétraque, la langue romane en de-
he » et l’ascendant toujours croissant de la France. | meurait toujours à ses familles de puëtes, dans
Le » Ces malheureux troubadours, qui voulaient | lesquelles on ne saurait décider à qui revient 4, + s'absoudre de penser comme les hérétiques, | légitimement le droit d'ainesse au Parnasse. de % sen même temps qu'ils les défendaient, pré- Sortons enfin de la Provence, et venons à la
se » chaient la croisade. Plusieurs chants, qui | France proprement dite : passons du midi au è ds » étaient répétés par les soldats du comte de | nord, du roman pur au roman wallon, de la © “= # Toulouse, étaient un cri de guerre sainte. Ces | langue d’oc à la langue d'oil. Cette langue eut
. » impitoyables vainqueurs qui leur arrivaient, | aussi ses poètes formés à l'exemple des troubavils voulaient les renvoyer sur les bords du | dours, et que, par une légère modification gram-
» Jourdain. Ainsi ce sanglant et terrible inter- ‘ maticale , elle appela trouvères. Voulons-nous
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sur-le-champ avoir une idée nette de la différence des deux écoles , ou, pour mieux dire encore , des deux races poétiques ? Reprenons le livre dans lequel M. Villemain a tracé un tableau si animé des premiers temps de notre littérature : « À côté de cette poésie des trouba- + dours, dit l'écrivain, s'élevait une autre » poésie, moins vive, moins ingénieuse, au- + trement téméraire. Quelle que fût la conformité primitive de la langue romane du midi et de celle du nord, la séparation au douzième siècle était visible ; la langue des trouvères et la langue des troubadours offrent alors de grandes et curieuses différences dans les mots comme dans les ouvrages. Une sorte de vivacité moqueuse , de raillerie satirique anime aussi la langue des trouvères; mais au lieu d’éclater par des images brillantes et lyriques, d'avoir quelque chose de musical , comme les voix du Midi, l’esprit des trouvères est prosaique et narquois; c'est un conte au lieu d’une ode. Ici je crois voir un chevalier troubadour qui, du haut de son coursier , chante des vers de guerre ou d'amour ; là un bourgeois malin, qui, dans les rues étroites de la cité , devise avec son compère , se moque, se raille des choses dont il a peur. Dans l'œuvre des trouvères, il n’y a de poésie qu’un certain mètre , une versification fort grossière, point d'harmonie, peu d'images. Leurs vers sont des lignes de convention, tandis que dans la poésie des troubadours , les vers sont des parties de musique. Dans les trouvères, la finesse naïve du récit tient la place du talent poétique. »
Il faut ajouter à cette observation de M. Villemain un fait historique qui la fortifie , et que M. Sismondi a reconnu avec beaucoup de sagacité, c’est que le moyen âge, en travail de réforme , vit s'opérer une importante modification de l’état social, l'affranchissement des villes. De ce premier pas vers la liberté à laquelle nous tendrons sans cesse de siècle en siècle, date pour notre patrie une ère nouvelle. Longtemps avant cet événement, le midi paraissait jouir des priviléges de la cité; mais, comme ses idées d'indépendance et de liberté, au lieu de devoir leur origine au sol et au climat, n’étaient que des traditions româines, elles allaient et devaient aller en déclinant à mesure que le temps effa-
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çait les souvenirs de l'administration et du gouvernement de Rome; dans le nord, au contraire , les franchises, étant devenues un besoin créé par le commerce et l’industrie, ne pouvaient que s’accroitre avec le développement de la société.
Cerapide aperçu suffit pour indiquer les avantages des troubadours sur les trouvères, avantages qui tenaient, en grande partie, à ceux de l'idiome des premiers sur l’idiome des seconds , et pourtant la langue d’oc fut vaincue par la langue d’oil ; mais cette défaite doit s'expliquer par des causes étrangères au mérite intrinsèque des deux instruments de communication sociale et de composition littéraire. Ainsi que le fait observer l'auteur de l'Essai sur l'Histoire littéraire du moyen âge , M. Charpentier, il faut y voir le résultat et la manifestation de la prépondérance du génie septentrional sur le génie méridional , le dernier triomphe remporté par la race germanique sur la race gallo-romaine. Les troubadours avaient protesté contre la domination des hommes du nord ; leur héritage passa, ainsi qu’une dépouille, entre les mains des trouvères, qui étaient les poëtes de la conquête.
On ne connaît pas de poëme , de chant d’une certaine étendue, qui atteste le premier état du roman wallon, à une époque contemporaine des plus ancicnnes poésies provencales ; mais l’existence de cette langue vulgaire est souvent rappelée dans les écrits latins du temps. Comme le roman provençal, elle se composait presque entiérement de mots latins, auxquels se mélaient quelques termes empruntés au dialecte teutonique , à l’idiome des fondateurs de la monarchie française. Nous avons dit plus haut qu’à partir de la date des invasions normandes, une scission s’opéra entre le roman du midi et le roman du nord. En effet, quand , après cinquante années de visites et de descentes à main armée sur les côtes de France, les Normands se furent emparés d'une de ses plus riches provinces, le phénomène qui avait signalé la conquête allemande se reproduisit. Tout en adoptant la langue du peuple chez lequelils venaient s’établir, les étrangers le marquèrent à leur empreinte.
Prenez un fragment quelconque, écrit en roman provençal de ce siècle, et vous le retrouverez plus difficile à comprendre, plus éloigné de notre langue actuelle que l'italien ou l’espa-
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5 48 PRÈF ds lexandre , du Rou ou de Rollon, duc de Nor- Mandie ; de la Guerre de Troie, du Renurd, du >. Chevalier du Cygne, de Gérard de Nevers et de d plusieurs autres encore.
ch Ce n’est pas la poésie qui brille dans cette “foule de compositions : c’est l'histoire. L'esprit du temps, les croyances, les mœurs , s’y reprod, duisent avec une fidélité d'autant plus grande > qu'elle est naïve, et que le romancier recueille “ précisément ce que l'historien dédaigne et néd glige. A défaut d'imagination, de talent ; à dé- “faut de culture et d'harmonie, les trouvères apportaient dans leurs travaux une bonhomie ma- % ligne, une minutieuse exactitude ; ils s’en ser- “ vaient pour décrire les usages de la chevalcrie, pour raconter ses prouesses, en mariant toua jours le merveilleux aux souvenirs historiques. “ Cette littérature était singulièrement féconde : # on compte par milliers les manuscrits du moyen a âge entassés dans nos bibliothéques. Un érudit 4; du seizième siècle, le président Fauchet, dans cs sa Biographie des poëtes antérieurs à l'an 1300, . porte leur nombre à cent dix. Après le moine | % Otfrid, qui vivait vers le milieu du neuvième “+ siècle, et dont il reste la traduction de l'Evan- He gile ou le Zivre de la Grâce , le plus ancien de tous ces potes, est maitre Eustache, auteur du | + roman de Brut ou Brutus. Lui-même a pris soin | de faire connaitre la date de son œuvre par ces a deux vers :
ce L'an mil cent cinquante-cinq aus,
ce Fit maitre Eustache ce romans.
4, Les auteurs du roman d'Alexandre étaient, se- > lon toute apparence, contemporains d'Eustache: du moins on peut affirmer qu’ils écrivaient ne sous Louis-le-Jeune ou sous Philippe-Auguste. > Entre les quatre poëtes qui se vouèrent à célé- , “ brer la gloire du roi de Macédoine, voici com- | nn ment la tâche fut répartie. Lambert Licors ou | > Lecourt et Alexandre de Paris, chantèrent ses ! #2 exploits; Pierre de Saint-Clost mit son testament | ; en vers, et Jean le Nivellois fit un livre sur la | “manière dont sa mort fut vengée. Jusqu'alors | de on n'avait guère employé dans les romans queles D vers de huit syllabes ; les auteurs de celui-ci se | ch servirent des vers de douze, comme plus majes- “>. tueux, plus pompeux dans leur allure, et de là u. vint que les vers de douze syllabes furent appe- | dis
Es ARRETE NTRRE CETTE ETS EE EEE ere
lés désormais alexandrins, soit à cause d'Alexandre , le héros du poëme, soit à cause d’Alexandre de Paris, le plus célèbre des quatre poëtes qui travaillerent à cet ouvrage. Bientôt après, le roman du Paon vit le jour. On sait que c'était une continuation de celui d'Alexandre ; mais on ignore quel en était l'auteur et ce qui justifiait ce titre bizarre.
Dés le dixième et le onzième siècle , il existait des chansons profanes en langue vulgaire : il y avait aussi de saints cantiques, mais la chanson plaisait surtout à la France, et s’y trouvait comme dans son terrain naturel. Les tournois, qui se multiplierent et se réglèrent vers cette épo-. que, fournirent des sujets à la chanson, dans les aventures extraordinaires dont ils étaient souvent accompagnés. Ils contribuèrent encore, d’une autre sorte, à propager la culture de la poésie , l'annonce s'en faisant ordinairement en vers , par la bouche de deux nobles demoiselles. Le docte Abeilard, le philosophe et l'orateur populaire d’un siècle d'iguorance et de ténèbres, doit-il être aussi rangé parmi les chansonniers francais ? Celui qui sul tout ce qu’un homme peut savoir, comme le disait son épitaphe, sut-il aussi moduler des chants amoureux dans l'idiome compris de la multitude ? On le pense généralement; et Abeilard lui-même atteste la vogue que ses inspirations érotiques avaient obtenue : Quorum elian carminum pleraque adhuc in multis
Jrequentantur et decantantur regionibus ab his quos similis vita delectat. Mais un passage d’une lettre d'Héloïse a suscité quelques doutes sur le point de savoir si les vers d’Abeilard étaient en langue vulsaire ou en langue latine : Pleraque amatori metro vel rhythmo composila reliquisti carmina. Ces expressions, #elro vel rhylhmo, ont semble àquelques savants incompatiblesavec la langue vuleaire. L'objection n’est que spécieuse, et tombe devant une objection plus forte. Pour expliquer cet autre passage de la lettre d'Héloise : Me plalecæ omnes, me domus sinquiæ resonabunt, il faudrait supposer que le latin était encore entendu sur toutes les places publiques et dans toutes les maisons particulières.
Une tradition accréditée veut non-seulement qu'Icloïse se soit essayée dans le genre de poésie lésère que cultivait son époux , mais aussi que l’éloquent ennemi d’Abeilard, que l'abbé