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de Clairvaux, que saint Bernard, dans sa jeunesse, ait composé des chansons. Peut-être, comme le supposent les pieux auteurs de l’//istoire liliéraire de la France, se livra-t-il à cet amusement quand le Ciel le priva des instructions de la respectable Adèle, sa mère, qu'il perdit à l'âge de quatorze ans. Plus tard , un disciple d’Abeilard reprochait à son redoutable adversaire de s’être occupé tropsérieusement d'un travail si frivole. Au surplus, saint Bernard n'était pas le seul homme d'église qui eùt commis cette faute. Pierre de Blois, archidiacre de Batb, s’accusait, dans sa vieillesse, d'avoir perdu son temps, lorqu'il était jeune, à faire des chansons peu convenables à un chrétien ; Guillaume, son frère , et un autre Pierre de Blois, chanoine de Chartres, se trouvaient précisément dans le même cas; en outre, Guillaume s'était mélé de faire des comédies et des tragédies.
Les trois règnes de Louis-le-Gros, de Louisle-Jeune et de Philippe-Auguste, favorisèrent singulièrement l'essor poétique. L'état des lettres se réglait sur celui du royaume, profitait ou souffrait du caractère personnel des souverains. Louis-le-Gros et Louis-le-Jeune se signalèrent par leur zèle à maintenir l'ordre, à réprimer les violences des grands. Avant eux, il n'y avait d’hommes libres que les gens d'église et d'épée. L'affranchissement des communes émancipa les intelligences et leur permit de se tourner vers le négoce , l'étude des sciences et des arts. On craignit d'abord que Philippe - Auguste n'environuât pas la poésie de la même protection que ses deux devanciers ; car à peine eut-il ceint la couronne, qu'il fit de sévères réglements contre ceux qui abusaient de leur esprit et de leur loisir. On a déjà vu qu’il chassa de sa cour , de son royaume , les jongleurs et les autres baladins, qu'il regardait comme capables de corrompre les esprits, sous prétexte de les réjouir. Mais on reconnut bientôt que le vainqueur de Bouvines n’en voulait qu'aux excès de la poésie, non à la poésie même , et qu’il savait discerner les avautages d’un art etses abus. Philippe-Auguste aima les poîtes , et se montra généreux à leur égard; il voulait en avoir toujours quelques-uns auprès de Sa personne. Après un tournoi, on se rassemblait dans la grande salle du palais, pour entendre les poëtes et les chanteurs ; on applaudissait les vers de Chrétien de Troyes et ceux de
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ses rivaux, qui n'étaient pas éclipsés par l'éclat et la fécondité de sa verve. Le poëte favori du roi, le poëte lauréat, se nommait Hélynand, et avait une pension ; on le faisait venir après le festin royal; il y chantait des vers sur quelque phénomène de la nature ou sur quelque sujet fabuleux, à peu près comme, dans Homère, Phédimus et Démodocus chantent à la table d'Alcinoüs ou à celle de Pénélope; comme, dans Virgile, Yopas se fait entendre à la table de Didon. Longtemps assidu à la vie des cours et au culte des grands, Hélynand finit ses jours à Froimont, dans le cloitre d’une abbaye de l’ordre de Citeaux ; et, s'il composa encore des vers, ce ne fut que sur des sujets de piété et de morale. Vincent de Beauvais, qui écrivait sous saint Louis, parle de ce poëte avec admiration et respect : « En ce temps-là, dit-il, vivait Hélynand, reli- » gieux de Froimont, homme d'un savoir et » d’une vertu extraordinaires, auquel notre lan- » gue est redevable du poëme de la Mort, ou- » vrage qui est dans les mains de tout le monde, » écrit avec beaucoup d'élécance et d'une utilité » reconnue. » Quoique retiré du monde, Hélynand conserva toujours son humeur caustique et mordante. Du fond de sa retraite, il lança des vers tels que ceux-ci :
Rome est le mal qui tôt assomme, Qui fait aux simoniaux voile De cardinal et d'apostoile.
Or , par le mot d’apostoile il désigne le pape, que tous les anciens écrivains appellent de ce nom. ‘
La même liberté, la même audace se retrouvent chez Hugues de Bercy, ou Guyot de Provins, auteur d’une violente satire contre les mœurs et les personnages les plus marquants du siècle. Cette satire est connue sous le titre de Bible-Guyot. L'auteur l'avait lui-même appelée Bible, parce qu'à l'entendre, elle ne contenait que des vérités. Entre autres choses curieuses, on y remarque que le poëte, hostile à tous les ordres, à tous les rangs , ne dit que du bien des templiers. On y voit un passage qui prouve que la propriété de l'aiguille aimantée et l'usage de la boussole étaient déjà connus. Enfin on reconnait qu'après avoir largement répandu sur autrui l’épigramme et la raillerie, Hugues de Bercy
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