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ne s'épargne pas lui-même ; en effet, il dit, vers la fin de son ouvrase :
Ilugues de Bercy, qui tout a Cherché le siècle Çà et là,
Qu il a vu que tout n’en vaut rien, Preche ores de faire je bien.
Quelques savants ont pensé qu’il était moine, mais sans pouvoir dire à quel ordre il appartenait. C'est , au reste, le plus agréable de tous les rimeurs contemporains et le patriarche des poëtes satiriques.
Philippe-Aucuste ranima donc le goût de la poésie et des lettres , en faisant entrer les plaisirs de Fesprit dans les délassements de sa cour. Saint Louis, qui vint plus tard, récolta ce que Philippe-Auguste avait semé. Alors seulement la langue francaise acheva de se démèler de Pidiome provençal sans retomber dans l'aspérité anclo-normande des premiers écrivains qui l'avaient maniée; alors elle prit le caractère qui lui est propre et que le temps a scellce de sa puissante empreinte. La haute raison, les lumiéres du monarque concoururent au progrès et à l'essor général. Sous son règne, la France vit éclore plus de poëtes qu'elle n’en avait eu sous les rèunes précédents ; et, dans la foule, on en trouve plusieurs dont le nom rayonne d'une lumière assez vive. Tels sont Rutebœuf, Marie de France, Thibaut, comte de Navarre ; Guillaume de Lorris, le premier des deux auteurs du fameux Roman de la lose, Perrot de Saint-Cloud ; auteur de celui du Renard. Le frère de saint Louis, Charles d'Anjou, cultivait aussi la poésie; d’autres seisneurs, Henri, duc de Brabant ; Pierre Mauclerc, comte de Bretagne; Raoul, comte de Soissons, suivaient son exemple.
Les jongleurs avaient été chassés par Philippe- Auguste : le pieux roi les rappela, et leur ouvrit gratuitement les portes de sa bonne ville. Voici l’article de l'ordonnance, extrait de l'Etablissement des méliers , fondé par Étienne Boileau , prévôt de Paris : « Li singes au marchant » doit quatre deniers, se il pour vendre le porte, » et si li singes est à home qui l'ai acheté pour » son déduit, si est quites ; et si li singes est au » joueur, jouer en doit devant le péagier, et par » son jeu doit estre quites de toute la chose qu'il » achète à son usace ét aussi tost li jongleor sont
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» quite par un ver de chançon. » Ainsi, le jon- “a gleur arrivant à Paris , était quitte de tout péage © en faisant jouer son singe et en chantant quelques vers. De là vient le vieux dicton : payer en monnuie de singe. En rapportant cet article se dans son recueil intitulé : Jongleurs et Trouvè- & res, M. Achille Jubinal fait très-justement ob- < server que, bien qu'il place les singes et les jon- ‘»° gleurs sur la même ligne , le roi témoiwne à ces ©£ derniers une estime assez grande par l'exemp- ‘k tion d'un impôt qui rentrait directement dansson ‘ épargne. cn
Au rappel des jongleurs exilés se rattache l'institution de la menestrandie et de la royauté °° des ménestriers. L'organisation de ce corps <“ poétique et musical réclamait quatre espèces < de talents : les trouveres ou fabliers compo- ‘e saient les romans, les fabliaux ; les chanter- °° res ou ménestriers exécutaient les morceaux <& en vers, et s'accompagnaient de quelque in- ° strument de musique; les conteurs débitaient ©£ les productions des fubliers, soit en vers, soit en prose : quelquefois la double profession :‘r
pie ss de poëte et d’acteur-musicien se trouvait réunie . en la même personne. Les jongleurs, qui jouaient . aussi d'un instrument, étaient, en outre , bala- d
dins , escamoteurs et conducteurs d'animaux dressés : leur classe était la plus considerable et gaunait beauconp d'argent. Le ménestrel était le :; chef d'une troupe de conteurs. Se
Il faut convenir que les écrits du temps nous ce peisnent tous ces artistes ambulants sous des couleurs peu favorables et qui ne justifient que . trop les mesures rigoureuses dont ils avaient été les objets. Mais s'ils ne brillaient pas par l'ex- < cellence des mœurs, ils se distinguaient par une 56 variété de talents vraiment extraordinaire. Un © ancien fabliau nous apprend qu'un ménestrier = ou jongleur devait connaître les ouvrages des ‘> poëtes contemporains , savoir conter en roman :f, et en latin, réciter les aventures de Charlemagne ou du roi Arthur, les chansons de toutees- :°; pèce; jouer de tous les instruments, connaître © aussi tous les jeux imaginables et toutes les .; poésies chantées, déclamées ou contées. Le mème fabliau nous apprend encore que les poè- °° tes les plus célèbres se donnaient des noms de guerre ou des sobriquets ridicules, comme Brise- Tète, Tue-Bœuf, Arrache-Cœur, Fier-à-Bras, Courte-Épée et autres de mème espèce. Ce n’é-
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