‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 175 sur 914 · LE COQ ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE COQ ET LE RENARD

FABLE

Le renard, par bois errant, Va quérant, Pour sa dent tendre pasture, Et si loin en la fin va, Qu'il trouva Le coq par mésaventure.

Le coq , de grand’ peur qu’il a, S'envola Sur une ente haute et belle, Disant que maistre renard N'a pas l’art De monter dessus icelle.

Le renard, qui l’entendit, Lui a dit, Pour mieux couvrir sa fallace :

« Dieu te garde, ami très-cher !

Te chercher Suis venu en cette place,

» Pour te raconter un cas Dont tu n’as

Encore la connoissance :

C’est que tous les animaux, Laids et beaux.

Ont fait entre eux alliance.

» J'oute guerre cessera; Ne sera Plus entr'eux fraude maligne ; Sûrement pourra al'er Et parler Avecque moi la géline.

» De bestes un million Le lion Mène jà par la campagne ; La brebis avec le loup, À ce coup, Sans nul danger s'accompagne,

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Tu pourras voir ici-bas Grands ébats

Démener chacune beste :

Descendre donc il te faut De là-haut,

Pour solenniser la feste. »

Or fat le coq bien subtil :

«a J'ai, dit-il,

Grande joi’ d’une paix telle,

Et je te remerci’ bien Du grand bien D'une si bonne nouvelle. »

Cela dit, vient commencer À bausser

Son col et sa creste rouge,

Et son regard il épart Mainte part,

Sans que de son lieu se bouge.

Puis dit : » J'entends par les bois

Les #bois

De trois chiens qui cherchent proie ;

Ho ! compère, je les voi Près de toi; Va avec eux par la voie.

— Oh! non; car ceux-ci n’ont pas Sçu le cas

Tout ainsi comme il se passe,

Dit le renard : je m'en vas Tout là-bas

De peur que je n'aye la chasse. »

Ainsi fat, par un plus fin, Mise à fin

Du subtil renard la ruse.

Qui ne veut estre déçu À son sçu

D'un tel engin faut qu'il use’.

t La Fontaine, dans une fable à pen près semblable, a su donncr une expression très-comique à la feinte tendresse du renard. Mais assurément Habert ne manque pas de mérite, son apologue contient même des détails fort agréables, et son style est plus châtié que celui de plusicurs de ses contemporains.

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