MÈME
Couronne son seigneur de paline et de lauriers, Et, couvert de sueur, d'escume et de poussiere, Rapporte à la maison le prix de la carrière ;
Quand ses membres sont froids, débiles et perclus, Que vieillesse l'assaut, que son œil ne voit plus, N'ayant rien du passé que la montre honorable, Son bon maistre le loge au plus haut de l'étab'e, Lui donne avoine et foin, soigneux de le panser, Et d'avoir bien servi Îg fait récompenser, L'appelle par son nom, et, si quelqu'un arrive, Dit : « Voyez ce cheval qui d'haleine poussive ,
Et défait maintenant, bat ses flancs à l’entour ; J'étois monté dessus au camp de Montcontour ;
Je l’avois à Jarnac : maïs tout enfin se change.
Et lors le vieux coursier, qui entend la lonange, Hennissant et frappant la terre, se sourit ,
Et bénit son seigneur qui si bien le nourrit.
Vous aurez envers nioi (s'il vous plaist ) tel courage, Sinon à vous le blasme et à moy le dommage.
‘ [ne paraît pas que Ronsard ait eu beaucoup à se louer des libéralités de Henri 111; ce prince les réservait tout entières pour Philippe Desportes, qui l'avait suivi en Pol:gne. « Au reste, ajoute M. Saintc-Beuve, il y a dans cette manière de demander l'aumône quelque chose de ficr et de digne qui put bien choquer le monarque. La comparaison du vieux coursier avec le vieux favori des muses est admirable de poésie ; et, par une adroite flatter:e , les journées de Jarnac et de Moutcontour , dans lesquelles Henri 111 avait remporté la victoire, sont indirectement rappelées. »
On sent ici quelque chose de la verve de Régnier et le commerce de Juyénal, dont la huitième satire Cuutient ces vcrs sur le coursier généreux :
Noblits hic, quocumque venit de gramine , cujus Clara fugu ante alos. et primus in æquore pulvis.
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SONNETS
Ceccy fut ennemy des déitez puissantes ",
Et cruel viola de Nature les lois,
Qui le premier rompit le silence des bois,
Et les nymphes qui sont dans les arbres naissantes ;
Qui premier de limiers et de meutes pressantes, De piqueurs, de veneurs, de trompes et d'abois, Donna par les forèts un passe-lemps aux roys De la course et du sang des bestes innocentes *.
Je n'aime ny piqueurs, ny filets, ny veneurs, Ny meutes, ny forests, la cause de mes peurs : Je doute qu’Artémis" quelque sanglier n’appelle
Encontre Eurymédon, pour voir ses jours finis; Que le dueil ne me face une Vénus nouvelle, Que la mort ne le face un nouvel Adonis!.
‘ Ce sonnet a été composé au sujet de Charles 1X et de mademoiselle d'Atrie, de la maison d'Aquavive, depuis comtesse de Chateaubriand. Ronsard leur donne les noms d'Eurgmédou et de Callirhée. C'est cette dernière qui parle.
2 Très-beau vers.
# Artémise Diane.
4 Ces jolis vers rappellent {a Mort d’Adonis, par Blon, pièce où , parmi des défauts, on trouve des détails pleins de grâce et de délicatesse. La Fontaine a tiré de j'idylle de Bion un poëme d'Adonis, où se trouvent ces vers:
Elle trouve Adonis près des bords d'un rulsseau, Couché sur des gazons, Îl rève au brult du l'eau.
1 ne voit presque pas l'onde qu'il considère,
Mais l'éclat des beaux eur qu'on adore en Cythère L'a bientôt retiré d'un penser si profond.
Cet objet le surprend , l'éton'e, le confond.
Rien ne manque à Vénus, nl les lis, niles roses, Ni le melange exquis des plus aimobles choses,
Ni le charme secret dont l'œil est enchanté,
Ni la grâce, plus belle encor que la beauté.
On lit plus loin, après la mort du sanglier percé par le pieu d'Adonis :
11 demeure plongé dans la nuit la plus noire :
Et le valnqueur à peine a connu sa victoire,
Joul de sa vengeance et goûté ses trauspurts,
Qu'il sent un froid démon s'emparer de son corps.
J E plante en ta faveur cet arbre de Cybelle, Ce pin, où tes honneurs se lisent tous les jours : J'ay gravé sur le tronc nos noms et nos amours Qui croitront à l’envy de l’escorce nouvelle .
Faunes, qui habitez ma terre paternelle,
Qui menez sur le Loir vos dances et vos tours, Favorisez la plante et lui donnez secours,
Que l’été ne la brusle et l’hyver ne la gelle.
Pasteur , qui conduiras en ce lieu ton troupeau, Flageollant une églogue en ton tuyau d’aveine”?, Attache tous les ans à cet arbre un tableau,
Qui témoigne aux passans mes amours et ma peine : Puis, l'arrosant de laict et du sang d'un agneau, Dis : « Ce pin est sacré, c'est la plante d'Ilélène *.»
De ses seux si brillants la lumière est ételute.
On ne volt plus l'éclat dont sa boucte était peinte On n'eu volt que les traits, et l'aveugle trépas Parcourt tous les endroits où régnalent tant d'appas. Alust l'honneur des prés, les fleurs présent de Flore, Filles du biond Suleli et des pleurs de l'Auro e,
Si la faulx les atteint , perdent en un moment
De leurs vives couleurs le plus rare ornemeni.
‘ On lit dans la dixième églogue de Virgile :
J'éc:1'al mes amours sur l'écorce nouvelle :
Elie croit, mes amours, vous cruirez avec elle.
2 C'est là un assez mauvais vers.
Cette pièce est imitée en partie de l'épithalame d'Hélène. par le poëte grec Théocrite. J'ai traduit aiusi le passage qui a servi de modèle à Ronsard :
L'hymen a dénoué ta robe virginale, O nyinmple aimable, et nous , dès l'aube matinale, Quaud nous irons des champs cuelilir les tendres fleurs, Nous chercherons {léiène en répandant des pleurs, Comme l'agneau plalutif, encore à la mamelle, Cherche so mère absente et soupire après elle. Nous voulons, de nos mains tressant l’humble Lotos, Fleur si chère à Vénus, comme au dieu de beios, Sur un platane épais suspendre ta couronne; Des plus riches parfums que l'Égypte nous donne
. Nous voulons arroscr son tronc ei ses rameaux, Et sur la molle écorce écrire encor ces mois : « Passant, respecte-moi, je suis l'arbre d'Hélène. »
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Àv mois d'avril, quand l’an se renouvelle, L'aube ne sort si fraische de la mer,
.Ni hors des flots la déesse d’aimer Ne vient à Cypre en sa conque si belle,
Comme je vis la beauté que j'appelle Mon astre saint au matin s’éveiller, Rire le ciel, la terre s'émailler,
Et les Amours voler à l’entour d'elle.
Amour, Jeunesse et les Grâces qui sont Filles du ciel, lui pendoient sur le front ' : Mais ce qui plus redoubla mon service,
C'est qu’elle avoit un visage sans art :
La femme laide est belle d'artifice, La femme belle est belle sans le fard’.