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+ en Europe? La chose est difficile. Fontenelle, » plus insenieux qu'érudit, a fait des bons mots » sur les antiquités de notre théâtre : il admet, « s au douzième siècle, l'existence d'un drame » provençal, sous le titre d'Heresie des prétres. » Mais le restaurateur de la langue et de la poé- » sie romanesques, M. Raynouard, a prouvé que » les troubadours n'eurent pas de littérature » dramatique. Le troubadour était à la fois au- » teur et acteur; il chantait ses propres poésies, » il récitait de longs romans; il employait la » forme du dialogue dans les Jeux-parlis et les « {ensons. Mais tout cela n’était pas l’art drama- » tique : c'était une forme d'églogue, à l'usage = » des cours d'amour. » Ces raisonnements, cette > Conculsion, ne s'appliquent pas avec moins de “convenance et de justesse aux trouvères qu'aux 22 troubadours. Prenons donc patience, et n'espérons rencontrer aucune trace de composition dramatique en langue vulgaire avant le milieu du quatorzième siècle.
Sous les successeurs de saint Louis, la poésie eut à subir des alternatives de splendeur et de décadence. Le règne de Philippe-le-Bel vit s’achever le fameux roman de /a Rose; Jean de Meun, dit Clopinel, continua l'œuvre de Guillaume de Lorris interrompue depuis quarante années. Ce ne fut pas un médiocre événement que la publication de cet ouvrage si diversement accueilli, selon que les lecteurs étaient plus ou moins sensibles à son esprit et à ses grâces, effrayés de sa licence, ou blessés par ses traits mordants. Sous Louis-Hutin, Philippe-le-
t Long , Charles-le-Bel, et plus encore sous Phi-
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lippe-de-Valois, le goût de la poésie, nagutre > si vif, se refroidit beaucoup, soit à cause de la 4, multitude des poëtes médiocres qui se mêlèrent de rimer, soit par suite des guerres acharnées “> que la France soutint contre l'Angleterre. Les écrivains, toujours nombreux d'ailleurs, quitcl taient les vers pour la prose, s'occupaient à tra- 4 duire dans ce dernier idiome les productions céæ, lébres composées dans le premier. Ainsi les fabuleuses aventures de Charlemagne et de la > Table-Ronde changèrent tout à coup de lJangage, et de poëmes qu’elles étaient se métamor- « phosèrent en romans.
en C'est vers ce temps que furent fondés les Jeux a: Floraux.
La ville de Toulouse possédait depuis long-
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temps un collége du gai savoir. Sept poëtes formaient ce collége soumis à un chancelier, conférant les grades de bachelier et de docteur, enseisnant les lois d'amors, appelées aussi les Jleurs du gai savoir. En 1323, ils écrivirent une lettre en vers à tous les poëtes de la langue d’oc pour les inviter à une fête littéraire fixée au 3 mai 1324; ils promettaient une vidlette d'or fin à l'auteur du meilleur poëme. Les capitouls, invités à la fète, offrirent de fournir désormais la violette , à laquelle plus tard ils ajoutèrent une églantine et un souci d’argent. Par un article des ordonnances ou statuts, les seigneurs qui jugeaient les ouvrages et distribuaient les joies (prix), furent appelés mainteneurs du gai savoir ou d’amors. Lorsque dans la crainte d'un siéve, dont la ville était menacée, les capitouls eurent détruit le faubourg des Augustins, où se trouvaient le palais et les jardins des sept mainteneurs, ils les recueillirent dans le sein même du capitole. Les mnaënteneurs espéraient toujours rentrer dans leur propriété, et considéraient leur séjour au capitole comme provisoire.
Mais au bout d’un demi-siècle les choses en étaient au même point; l'institution languissait, les fleurs avaient perdu de leur éclat et de leur valeur. Une femme ranima le feu sacré par une dotation magnifique. Clémence Isaure, que plusieurs supposent descendre des anciens comtes de Toulouse , que son épitaphe fait sortir seulement d'une illustre famille (ex clard Isorum familid), céda un revenu considérable à la ville pour servir à la célébration des jeux floraux : son testament confirma la fondation faite pendant sa vie. Une messe, un sermon, des aumônes ouvraient la fête; avant la distribution des prix on allait jeter des roses sur le tombeau de Clémence. On ne s'accorde pas sur l'époque précise de sa mort; mais un registre, commencant à l’année 1513, parle de feue dame Clémence, de bonne mémoire, comme morte depuis peu de temps. Dans l’origine, sans doute, le collége du gai savoir ne s'était proposé que de venir au secours de la langue des troubadours, et de travailler au salut des muses proveneales, qui n'en succombèrent pas moins ; les jeux floraux, relevés par Clémence Isaure, tourpérent au profit de la poésie francaise, qui n'avait pas besoin de cet encouragement pour croître et prospérer.