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Le La protection insigne dont Charles V envi- % ronna les lettres et les arts ne resta pas sans effet, la poésie s'enrichit de nouvelles formes. de Le Chant royal, la Ballade, le Virelai, le % Triolcet, le Rondeau, furent inventés ou mis a en usage. Le Chant Royal tirait son nom de cs l'élévation même de son genre. Composé de 4% cinq couplets de onze vers chacun, il avait pour ‘> refrain le dernier vers du premier et se termi- + nait par un envoi qui ne pouvait s'adresser qu'à
4% quelque grand personnage. La Ballade ne se “2 composait que de trois couplets de huit ou dix vers, avec refrain et envoi comme le Chant e Royal. Le Virelui devait son nom à ce qu'il “2 vire ou tourne sur deux rimes et un refrain, que S le poète était oblisé de ramener fréquemment , « et par lesquels il lui fallait conclure. Le Zriolel se composait de huit vers sur deux rimes, dont
4, le premier se répétait après le troisième et dont ch le sixième ramenait les deux premiers. Le Jion- % deau comprenait treize vers sur deux rimes, do
+ J'une employée huit fois, l’autre cinq; ces rimes étaient distribuées dans deux stances de cinq vers, séparées par un tercet , et l'on ajoutait au “> bout du tercet et de la dernière stance les mots » par lesquels débutait le rondeau.
Toutes ces variétés de coupe, de structure, avaient leur avantage, leur charme particulier. On n'en peut dire autant des caprices de la rime, caprices bizarres, difficiles, fatigants, par lesquels la médiocrité cherchait à suppléer le génie. Sous les rèsnes de Charles VIII et de Louis XI le raffinement dans ce genre fut poussé au dernier decré de l'extravagance. Deux poètes, Moulin et Cretin, contribuèrent surtout à introduire, à populariser les diverses espèces de rimes, complétement tombées en désuétude , la batelée, la fraternisée, la rétrograde, V'enchai- > née, la brisce, l’équivoque, la sence , la cou-
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a ronnée, l'emperitre. Quelques litnes nous 4 suffiront pour récapituler ici les conditions essen-
> tielles à chacune.
La rime était balelee, lorsque la fin du vers rimaitavecle repos du vers suivant; fraternisée, 4 lorsque le dernier mot d'un vers se répétait en tout ou en partie au commencement du vers suivants rétrograde, lorsqu'en lisant les vers à rebours, on y trouvait encore la mesure et la rime. La rime enchaînée exigeait un certain en- 22 chainement de mots et de sens, une certaine
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répétition de chaque membre de phrase, servant ainsi à terminer une période et à commencer l'autre. Avec la rime brisée, les vers pouvaient se briser de telle sorte que les repos mèmes faisaient des vers entreeux et rimaient les uns avec les autres; avec la rime équivoque, le mème mot se trouvait répété tout entier à la fin des deux vers, mais dans une acception différente. La rime senée voulait que tous les mots de chaque vers commencassent par la même lettre.
Enfin la rime couronnée se doublait à la fin du vers, et la rime emperière, renchérissant encore sur ce luxe de consonnances, frappait trois fois l’oreille avec la même syllabe.
Si l'on ne savait que les arts, dans leurs premiers tätonnements, tendent toujours à l'abus de leurs formes matérielles, on ne concevrait pas
que les meilleurs esprits se fussent si long-temps
imposé la gène de toutes ces règles fantasques. L'on ne se bornait pas à combiner la rime de toutes les manieres imaginables; on construisait des vers de toutes les longueurs possibles : on en faisait de quatre syllabes, de trois, de deux et même d'une seule; on se plaisait à en assembler de taille inégale , et à les disposer de maniere que la pièce entière représentât aux yeux un ovale , un trianole , une croix , une fourche ,un râteau. Ainsi, dans l'antiquité, Symnius de Rhodes s’évertuait à tracer en versifiant toute sorte de fisures; il nous reste de lui cinq pièces reproduisant en efficie lincaire une hache, un autel, un œuf, un sifilet et des ailes.
Mais c'est trop nous arrêter à des erreurs qui, dans l'histoire de la littérature, n'occupent pas d'autre rang que les monstruosités dans l'histoire naturelle. La poésie grandissait en dépit des entraves dont le mauvais goût embarrassait sa marche. Nous touchons à l'époque où la poesie cesse d'être anonyme et se personnifie, où de vrais poëtes sortant de la foule obscure des rimeurs, s'inscrivent dans la mémoire des siècles. Sous ce rapport, litalie avait été plus précoce que la France. Un homme de génie avait inauguré son idiome nouveau. Dante, bicntôt suivi de Pétrarque et de Boccace, en avait forgé les éléments. Chez nous les grands écrivains furent tardifs à paraître, et longtemps nous n'en eüumes que la monnaie en une multitude d’'esprits faciles, naïfs et gracieux.
Le premier poëte français que Boileau jugea
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digne d'être nommé dans l’Art poélique , c'est Villon, l'aventureux et cynique Villon, si libre, si joyeux sous les verroux du Châtelet; si ennuyé, si sombre, dans les chaines dorées des grands seigneurs, ses protecteurs, ses amis, quoique ses vers se ressentent souvent de sa vie, quoique son style tombe parfois dans l'argot, et que Clément Marot, publiant ses œuvres par ordre de François I", ait eu raison de dire : a Touchant le jargon, je le laisse à corriger et à » expliquer aux successeurs de Villon en l’art » de la pince et du croc. » Il a aussi des inspirations qui révèlent un esprit juste et délicat; il trouve des idées et des tours dignes d’Anacréon et d'Horace; il parle bien le langage national, il saisit bien son caractère ; il mérite donc l’honneur que lui a décerné Boileau. Toutefois, il n’a pas éclipsé tellement ses contemporains, ses devanciers, qu'aucun d'eux ne puisse être nommé à côté de lui. Sans rappeler ceux dont le nom s'est déjà rencontré sur notre passage , n’avonsnous pas Froissart, le célèbre historien, qui nous a lécué un recueil de poésies galantes ; Eustache Deschamps, auteur de charmantes ballades; Christine de Pisan, souvent imitée par La Fontaine; et Charles d'Orléans, ce prince longtemps captif sur une terre étrangère, si brillant, si habile dans la peinture du renouveau ? Petitfils de Charles V , oncle de Francois Ier, Charles d'Orléans se distingue par une expression ingénue, familière, sans avoir jamais rien de bas; par une finesse de plaisanterie, une élégance spirituelle, qui l’élèvent au-dessus de son siècle. C’est aussi là sa supériorité sur Villon, qui aurait mieux valu, dit encore Marot, « s'il avait » demeuré en la cour des rois et des princes, » où les jugements s’amendent et les langages » se polissent. «
A ces noms, ajoutons encore ceux d'Alain Chartier, d'Octavien de Saint-Gelais, de Martial de Paris, d'Olivier Basselin, le père présumé du vaudeville ; joignons-y même celui de la tendre et mélodieuse Clotilde de Surville, bien que l'authenticité de ses vers soit fort contestable et fort contestée ; nous serons encore loin d'avoir épuisé la liste des poëtes, qui jouirent d'une certaine renommée avant le règne de Francois Ier, Un historien de la poésie française, l'abbé Massieu, résume ainsi qu’il suit leurs travaux et leur influence : « Ils se donnèrent de
» grandes peines pour débrouiller notre poésie; » mais leurs efforts furent assez inutiles. Il faut » avouer que la versification était alors très im- » parfaite. Ils n'avaient nulle règle pour l'ar- » rangement ou pour le mélange des rimes. Ils » placaient l'e féminin au repos du vers; ils » comptaient ce même e pour rien, quoiqu'il » fasse par lui-même une syllabe, toutes les fois » qu'il est suivi d’une consonne ; ils faisaient » rimer des singuliers avec des pluriels; ils ne + s'embarrassaient point du son rude que le » choc de ces voyelles causait à l'oreille ; ils n'é- » taient nullement scrupuleux sur la rime fémi- » nine et n’avaient égard qu'à la dernière syl- » labe, bien que tout dépende de la pénultième : » de sorte que ces deux mots, qu’on a coutume » de citer pour exemple d'une rime ridicule, » hallcbarde et miséricorde, étaient alors une » bonne rime ; mais quoique ces fautes fussent » grossières , ils en faisaient de bien plus consi- » rables dans la manière de traiter les sujets; » ils n'avaient presque aucune idée du grand et ° du sublime ; leur sérieux était un vrai burles- » que ; ils confondaient les styles et ignoraient » les convenances. Au lieu de faire servir la » rime à la raison, ils sacrifiaient absolument la » raison à la rime ; ils remplissaient leurs ouvra- » ges d'imaginations bizarres et monstrueuses. » Ce n'était plus Jupiter , Junon, Mars et Nep- »s tune, c'était Faux-Semblant, Bel-Accueil , » Franc-Vouloir et Malebouche qui agissaient » dans tous les poëmes. Aux grandes et nobles » fictions que l'antiquité nous a laissées, ils en » avaient substitué de badines et de frivoles. En »y un mot, l’état informe où se trouvait alors » notre poésie, ne donnait pas lieu de croire » qu'elle dût jamais parvenir au degré de per- » fection où elle a été depuis portée. Le seul
» point où ils excellaient était le naïf, et en.
s ce genre ils sont pleins de traits qui au- » jourd'hui peuvent servir de modèles. » Le dix-huitième siècle ne jugeait pas le quinzième en pleine connaissance de cause : dans son résumé sévère, l'abbé Massieu donne pourtant une idée assez exacte du point où l'art était parvenu.
Boileau passe immédiatement de Villon à Marot, qu'un intervalle de cinquante anntes sépare ; et, dans les quatre vers qu’il emploie à le
caractériser, le législateur du Parnasse ne mon-