PR MEME
tre pas une exactitude digne de ce titre imposant :
Marot, bientôt après, fit fleurir les ballades, Tourna des triolets, rima des mascarades,
À des refrains réglés asservit les rondeaux,
Et mostra, pour rimer, des chemins tout nouveau.
Or la ballade florissait longtemps avant Marot ; le rondeau ne l'attendit pas pour s'asservir au joug des refrains. Loin d'ouvrir à la rime des routes nouvelles, Marot se contenta de suivre les traces de ses devanciers ; il ne donna pas l'exemple de l’entrelacement régulier des rimes masculines et féminines, que, suivant toute apparence, il faut attribuer à Jean Boucher, versificateur médiocre. En effet, dans une épitre dateé de 1537, ce Jean Boucher s'exprime ainsi:
Je trouve beau mettre deux féninins En rime plate avec deux masculins, Semblablement quand on les entrelasse Ea vers croisés, efc.
Cependant Marot, dans la plupart de ses psaumes, observa la règle, « afin que plus facilev ment on les püt chanter, dit Dubellay, sans » varier la musique pour la diversité des mesu- » res qui se trouveraient à la fin des vers. » Le seul perfectionnement dû à Marot, et il le tenait de Jean Lemaire , son maitre, consistait à ne pas terminer le premier hémistiche d’un vers de dix syllabes par un e muet sans l’élider : c'est ce qu'on appelait la coupe féminine.
Mais si Marot contribua peu aux progrès matériels de la versification , il contribua beaucoup à ceux de l'art. Fils de poëte, serviteur d'une reine et d'un roi poëtes, admis à la cour dès son enfance, il forma son langage à la meilleure école du goût , de la délicatesse et de la grâce. Jean Marot, son père, qui s’intitulait poële de la très-magnanime reine de France, Anne de Brelagne, et qui devint valet de chambre de la célèbre Marguerite, reine de Navarre, auprès de laquelle Clément Marot lui succéda, était l’auteur de deux poëmes héroïques sur les voyages et victoires de Louis XI en Italie. Il avait aussi composé le Doctrinal des princesses et nobles dames, en vingt-quatre rondeaux. Octavien de Saint-Gelais ne connaissait pas d'autre rival.