BB
CITANSON.
Douce liberté désirée, Déesse, où t’es-tu retirée,
Me laissant en captivité ?
Hélas! de moy ne te détourné!
Retourne , à liberté, retourne, Retourne, ô douce liberté!
Ton départ m'a trop fait connoistre Le bonheur où je soulois estre, Quand douce tu m'allois guidant ; Et que, sans languir davantage,
Je devois, si j’eusse été sage, Perdre la vie en te perdant.
Le repos, les jeux, la liesse,
Le peu de soin d'une jeunesse ,
Et tous les plaisirs m'ont laissé ; Maintenant rien ne me peut plaire, Sinon, dévot et solitaire,
Adorer l’œil qui m'a blessé.
Quel charme, ou quel dieu plein d'envie À changé ma première vie,
La comblant d'infélicité ?
Et toy, liberté désirée,
Déesse , où t'es-ta retirée ?
Retourne , à douce liberté!
FRAGMENT D'UNE ÉLÉÈGIE.
Met À st qu'elle partoit (Vénus), Le ciel tout resjoui ses louanges chantoit ;
Les vents à son regard tenoient leurs bouches closes,
Et les petits Amours faisoient pleuvoir les roses ; Phébus aux cheveux d’or sur les monts paroissoit, Et la nuit devant luy son grand voille abaissoit ; Les fleurs s’ouvroient au jour, et la gaye arondelle Saluoit en chantant la lumière nouvelle;
Quand, avec un penser plaisant et soucieux, Olympe se réveille, entr'ouvrant ses beaux yeux,
: Doucement tout autour la veüe elle a tournée,
Puis se tint sans mouvoir comme toute estonnée ; Enfin, pleine d'amour, son chef elle haussa, Et ces mots, l'œil au ciel, bassement prononça . etc.'.
‘ Le poëme de la Nature des choses de Lucrèce offre, dans l'invocation à Vénus, des pensées et des images semblables , mais revétues des couleurs de la plus magnifique poésie ; Virgile lui-même n'a pas pu l'égaler,