‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 258 sur 914 · A M. DE BELLASSISE, TRÉSORIER DE L'ÉPARGNE · texte numérisé non relu

A M. DE BELLASSISE, TRÉSORIER DE L'ÉPARGNE

= Sans l'Espérance aux grandes ailes vertes, Les cours des rois demeureroient désertes, La mer sans nefs, les maîtres sans valets ; Et croistroit l'herbe au milieu du palais.

Les médecins n’auroient plus de pratiques; Les artisans fermeroient leurs boutiques ;

Ne seroient plus de personne honorées ; Hostes, voisins, parens et alliés,

Par amitié ne seroient plus liés.

Adieu la banque, adieu les bénéfices, Les dignités, les états et offices.

Les durs hoyaux et les coutres tranchans

Du laboureur s’enrouilleroient aux champs :

Presteroit-il ses dépens et sa peine, Sans espérance , à une ingrate plaine?

Elle est aussi la mortelle ennemie

Du souci pasle et de la peur blesmie ;

Elle encourage un furçat enchaisné,

A l'aviron pour jamais condamné,

Flatte son mal, fait qu’il rit et qu'il chante, Tant doucement les travaux el!'e enchante!

Aux temples saints et images des dieux, Elle console et en vie entretient ù On ne feroit ni prières ni vœux ; Le criminel, qu’au cachot l’on détient ; . de Les arts, sans elle, et les Muses dorées Mère nourrice et compagne fidelle,

Voire de ceux qui sont jà sur l’échelle.

Cette déesse, alors que de tout point J’étois détruit, ne m'abandonna point; Ains me mena frapper à votre porte,

Dont nul ne sort que secours n’en rapporte '.

* Cette pièce contient quelques imitations de la septième élé. gie du deuxième livre de Tibulle, qui commence ainsi :

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« D'autres mettraient par la mort un terme à leurs maux; la créduic espérance soutient ma vie, et me dit sans cesse que demain sera mieux qu'aujourd'hui: l'espérance nourrit le laboureur , et confie aux sillons des semences que le champ cultivé doit rendre avec usure ; l'espérance attire les oiseaux dans le pige, elle prend le poisson au léger hamecon caché sous le pertide appât ; souvent elle console jusqu'au forcat retenu par de dures entraves ; sa chaîne résonne à ses pieds, et cependant il chante au milieu de ses souffrances. » Ce dernier trait a inspiré au Tibulle français des vers pleins de charme :

Là où se vient Espérance héberger, Richesse, honneur y viennent se loger ; Elle a la clef des îles bienheureuses ;

De l'Orient les pierres précieuves

Elle possède, et montre en son trésor Des mers d’azur et des montagnes d'or ; Force et beauté d’elle n’est séparée,

Ni la jeunesse et beauté de durée;

Elle commande aux saisons et au temps; Elle fait naistre en hiver le printemps ;

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Laisse-moi m'étourdir sur la réalité; Lalsse-moi m'enfoncer dans le sein des chimères., Tout courbé sous les fers, chanter ia liberte

Et parler de félicite

En versant des lormes smères.

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