‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 27 sur 914 · RER ER · texte numérisé non relu

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avait Francois Habert, autre disciple de Marot, dont l’école s'appuyait encore sur Victor Brodeau ; Maurice Scève, Antoine Heroët, Charles Fontaine, Louise Labé, surnommée la belle cordière. Rien n'annoncait donc une révolution prochaine, lorsque tout à coup une école nouvelle déclara l'intention de l’opérer, en protestant contre des admirations jusqu'alors unanimes, en rompant brusquement avec le passé , et en prédisant un magnifique avenir. Ce mémorable mouvement tient à des causes nettement indiquées par M. Sainte-Beuve, dans son Tableau de lu poésie française au seizième siècle : « De- » puis la renaissance des lettres, dit-il, les sas vants proprement dits ne s'étaient pas occupés s de prose, ni, à plus forte raison, de poésie fran- » caise ; et lorsque, au milieu de leurs doctes » commentaires , une veiléité poétique, provo- » quée le plus souvent par le génie de l'imita- »tion, venait distraire leur esprit, c’était en » grec ou pour le moins en latin qu'ils avaient » coutume d'y satisfaire. Les poëtes français » étaient, pour la plupart, des ignorants assez » spirituels, élevés dans les maisons des grands » ou dans les loisirs de quelque monastère ; et » s'ils laissaient par moments les sujets oiseux » d'amour ou de facétie, c'était moins pour étu- » dier l’antiquité que pour écrire en rime ou en » prose la chronique du temps. Quelques-uns, il »est vrai, comme Jean Lemaire de Belges, * étaient allés loin dans cette espèce d’érudi- » tion moderne ; mais elle ne pouvait exercer » aucune influence heureuse sur leur veine poé- » tique. Cependant la langue française gagnait » du terrain chaque jour. François [* la consa- » cra dans les tribunaux, par son ordonnance de » 1539; l’imposa, dans l’enseignement , à ses » professeurs du Collége-de-France, et lui prêta » en toute occasion la sanction de sa faveur. On » vit Guillaume Budée se mettre , déjà vieux, » à écrire en français l’/nstitulion du prince. » Louis Leroy se rendit célèbre par des traduc- » tions. Mais ces savants, malsré leur bonne » volonté de plaire au monarque, ne pu- » rent jamais vaincre leurs premières habitudes » au point de s’abaisser à notre poésie ; et elle » resta, durant le règne de Francois I‘, à la dis- » position de Clément Marot et de ses amis, qui, » sans mériter du tout le nom d’ignorants, » étaient néanmoins la plupart , sauf quelques

» exceptions, des courtisans assez dissipés et » paresseux , plus versés dans Alain Chartier et v Jean de Meun que dans les textes d'Euripide » où d'Homère. Sous les érudits de l’époque, et » soumise à leur forte discipline, s'élevait en si- » lence une génération studieuse et ardente, qui » se prenait à la fois d’une admiration jalouse » pour les chefs-d'œuvre antiques et d'une vive » compassion pour cette langue maternelle, jus- » que-là si délaissée. Les lauriers d'Athènes et » de Rome soulevaient ces jeunes cœurs, et au- » tour d'eux , quelques rondeaux naïfs, quelques » joyeuses épigrammes, n’avaient pas de quoi » les remplir. Ils allaient même jusqu'à mépriser » ces humbles, mais piquantes productions du » terroir gaulois, et l’on aurait dit qu'elles eus- » sent perdu toute leur saveur pour des pa- » lais ainsi abreuvés de vieux falerne. La frivo- » lité des poîtes français ne leur inspirait aussi » qu’une fort médiocre estime; ils la jugeaient » du haut de leur érudition, et ne se souvenaient » pas assez que cette frivolité diminuait de jour » en jour, et que la poésie n’était déjà plus une » simple affaire de cabaret ou de salon. Clément » Marot, en effet, dont le père rimait, sans sa- » voir ni grec ni latin, avait acquis de lui-même » une érudition assez étendue , si l’on a égard à » sa vie si Courte, sans cesse partasée entre les » plaisirs de la cour et les soins de l'exil. Saint- » Gelais unissait à l’étude de l'antiquité et de la » littérature italienne, au talent du chant et de » la musique, les connaissances qu’on avait alors » en médecine, géométrie, astronomie et theo- » logie. Hugues Salel traduisait l’Z/iude, An- » toine Heroët l’Androgyne de Platon, Francois » Habert les Mélamorphoses d'Ovide. Charles » Fontaine possédait la didactique de son art » beaucoup mieux qu’il ne la pratiquait. La ré- » forme, en un mot, s'introduisait peu à peu » dans la poésie, et les hommes qui la cuiti- » vaient ne restaient aucunement étrancers au » mouvement intellectuel de cette mémorable » époque. C’est ce qu'oublièrent trop les jeu- »nes disciples de l'antiquité. Colorant leurs » préjugés d’érudits de toutes les illusions de » la jeunesse et du patriotisme, ils prononcès rent qu'il n'existait rien en France, et se » promirent de tout créer. Sur la foi d’un si » beau vœu, ils rêvaient déjà pour leur pays » une gloire littéraire pareille à celle dont res-

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