‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 28 sur 914 · PR RER RE MS RE RES · texte numérisé non relu

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» plendissait, pour la seconde fois, l'Italie. »

La révolution poétique eut son manifeste dans le livre de l’Z/Z/ustration de la langue française, par Joachim du Bellay ; elle eut son chef, son héros, son grand homme, dans ce fameux Ronsard , dont la domination se prolongea durant cinquante années, que détrôna Malherbe, que l'Académie -Francaise et Boileau achevèrent, tandis que les Théophile , les Scudéry , les Colletet et les Chapelain, restaient ses opiniâtres et derniers admirateurs. Proclamé par les Jeux Floraux le prince des poëtes, et devenu, comme l'avait été Marot , le poëte des princes, Ronsard vécut au milieu des hommages et des faveurs, dans une atmosphère d'encens et de louanges. « Nul alors, dit Pasquier, ne mettait » la main à la plume qu’il ne le célébrât par ses » vers. Sitôt que les jeunes gens s'étaient frottés » à sa robe , ils se faisaient accroire d'être deve- » nus poètes. » À l'exemple de la pléiade grecque , qui florissait sous les Ptolémées , il institua une pléiade francaise , et y plaça après lui Dorat , son maître; Amadis Jamyn, son élève; Joachim du Bellay et Remi Belleau, ses anciens condisciples. Les deux derniers rangs de la constellation étaient dévolus, soit à Estienne Jodelle et à Pontus de Thiard, soit à Scévole de Sainte - Marthe et à Muret. Les jugements variaient sur les satellites de l'astre principal ; mais sur l'astre lui-même il n’y avait qu’une voix : tout le monde s’accordait à vanter son éelat , son élévation , et il eut le rare avantage de se coucher dans sa gloire, sans se douter que cette gloire s’éclipserait en peu de temps, et qu'un jour on pourrait dire de lui, avec l'approbation générale :

Ronsard, qui le suivit (Marol) par une autre méthode Régla tout, brouilla tout , fit un art à sa mode,

Et toutefois longtemps eut un heureux destin :

Mais sa muse , en français parlant grec et latin, Vit, dans l'âge suivant, par un retour grotesque, Tomber de ses grands mots le faste pédantesque.

L'un de nos plus grands prosateurs , La Bruyère, a écrit, dans le même sens que Boileau , les lignes suivantes : « Ronsard et les au- » teurs ses contemporains ont plus nui au style » qu'ils ne lui ont servi; ils l'ont retardé dans le » chemin de la perfection; ils l’ont exposé à la

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» manquer toujours et à n’y plus revenir. Il est » étonnant que les ouvrages de Marot, si natu- » rels et si faciles, n'aient su faire de Ronsard, » d’ailleurs plein de verve et d'enthousiasme ,un » plus grand poëte que Ronsard et que Marot ; » et, au contraire, que Belleau, Jodelle et Du- » bartas aient été si tôt suivis d’un Racan et d’un » Malherbe, et que notre langue, à peine cor- » rompue , se soit vue réparée. »

Sans doute l'école nouvelle eut de graves torts, commit d'étranges fautes, qu'elle expia par la soudaineté d’une chute profonde et irrévocable. On ne saurait l'excuser d’avoir dit anathème à toute la vieille France, proscrit tous les genres nationaux pour ne cultiver que ceux dont les littératures grecque, latine , italienne, lui offraient des modèles, fondé son système de rénovation grammaticale et poétique sur l'horreur du familier et du populaire, que La Fontaine devait remettre en honneur par la plus heureuse alliance avec le sublime, dont il faut parfois nous délasser. Mais, la part faite du blâme, on doit reconnaitre, avec l'écrivain tout à l'heure cité par nous , « que l'erreur de du Bellay et de Ronsard n’a pas été une erreur vulgaire, qu’elle suppose une rare vigueur de talent, de longues veilles, un dévouement profond, une pure et sainte conception de la poésie. » Tant d'efforts ne pouvaient rester infructueux ; la langue devait y gagner une foule de mots nouveaux, de tours particuliers, dont l'introduction, pour avoir été violente et capricieuse parfois, ne pouvait que l'enrichir. Pénétré d'une religieuse admiration pour les anciens, mais doué en même temps d'un esprit plein d'indépendance et d’audace , Ronsard se proposa de les imiter. Au lieu de les traduire servilement , comme le faisaient la plupart de ses contemporains, il ordonna ses odes sur cellesde Pindare, ses chansons sur celles d’Anacréon, ses élégies sur celles &e Tibulle, ses sonnets sur ceux de Pétrarque ; il jeta sa Franciade dans le moule de l'Énéide, dont le Dante et Milton se sont surtout inspirés. Ce qui manquait à la poésie francaise, c'était la noblesse , l'élévation, l'éclat. Ronsard mit son ambition et sa gloire à lui donner ces précieuses qualités. La langue littéraire ne se distinguait pas assez de la langue vulcaire : il voulut créer un vocabulaire de choix, et, pour y parvenir, forgea des mots nouveaux, en rajeunit d’an-

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