‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 272 sur 914 · DD D090C · texte numérisé non relu

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SIECLE, 259 d'une généreuse audace ; en mème temps il l'avertit de ne pas s'arrêter seulement au mérite du style, et de chercher la beauté du sens caché sous les paroles fleuries. On sent l'inspiration dans la manière dont il peint ces poêles qui, saisis (out à coup d'une fureur divine, comme la sibylle de Cumes, s'élèvent jusqu'au ciel , et retombent ensuite sur la terre, où ils restent muets, et tout émerveillés de leur ravissement.

L'un des premiers en France, et peut-être avant Régnier lui-même , il composa des satires ou épitres morales à l'imitation d'Iorace et de l’Arioste. On y trouve d'abord un premier mérite, de l’intérèt ; cet intérêt vient de ce que le poëte , sans aucune orgueilleuse prétention , nous montre son âme tout entière, et cette âme est belle à voir. Toute nue comme la vérilé, religieuse, tendre, amie de la vertu, éloignée du vice, indépendante par nature et par réflexiou , pleine d'amour de la patrie, profondément sensible aux maux des peuples, elle prèche une morale d'exemple , et nous fait presque, sans y penser, un cours complet de philosophie pratique. Les enscignements de Vauquelin sont presque toujours des épanchements de son cœur dans celui d'amis sincères et dignes d'une haute estime; de là, dans ses satires, un air de naturel, d'abandon , de causerie familière , qui ont un charme particulier. Vauquelin a su peindre en homme qui les a senties les délices de la véritable amitié; mais il représente aussi, sous des couleurs vives et variées, cetle espèce d'attachement instinclif, mobile et irréfléchi , qui usurpe trop souvent le nom de cetle vertu. Le moraliste Vauquelia s'adresse souvent à ses fils, et la tendresse paternelle prête au poëte une éloquence persuasive. D'ailleurs il présente parfois ses leçons sous une forme ingénieuse et neuve. C'est ainsi que pour faire ressortir l’une des plus étranges contradictions de l'homme, on l'entend dire en beaux vers : « Si quelque grand prince ou seulement un seigneur t’avait donné sa fille en mariage et t’avait fait héritier d’une grande royauté, il n'est pas d’humbles qui pussent supporter l'orgueil de tes regards et l'audace de ton front; comment donc ne te glorifies-tu pas quand tu reconnais en toi un enfant fils de Dieu, qui est le maitre des rois, ct qui assure à la vertu, pour salaire , la jouissance d'une royauté éternelle ‘? » La religion de Vauquelin était un sentiment plein de conviction ; il y puise souvent d’heureuses et hautes inspirations. A l'exemple d'Horace et de toute l'antiquité , Vauquelin célèbre les services que les premiers poûtes ont rendus à la société ; mais il ajoute que leurs vertus n’ont pas moins contribué que leurs vers à la paissance de la civilisation , et il part de cette idée pour opposer l'innocence et la pureté des Linus et des Orphées aux vices et à la licence de ceux de leurs successeurs qui ont profané le chœur sacré des muses?. Vauquelin, quoique trop libre dans ses écrits, n’est pas, comme Juvénal, un effronté qui prèche la pudeur. Sa juste et maligne sévérité contre les vices des femmes de son temps ne s'emporte pas jusqu'à l'hyperbole ; et d’ailleurs, docile à un conseil de l’art que Juvénal et Boileau ont oublié, il tempère la tristesse du tableau général par le portrait de l’éponse vertueuse, aimable et bonne. Les plus sages conseils

4 Satire adressée à Charles Vauquelin, abbé de Saint-Pierre. 3 Satire adressée à Duperron.

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à l'henreux possesseur d'un tel trésor donnent un nouveau prix à celte pièce, où Vauquelin s'exprime comme Ariste, daos l’École des Maris de Molière ‘. Tantôt Vauquelia nous délasse en nous traçaut l'image du vrai poête, dont Desportes, avec son heureuse humeur, sa bonté naturelle, sa nonchalance épicurienne et l'élévation de son âme, était peut-être l'original? : tantôt il sème dans ses satires des contes et des apologues qui ne manquent pas de malice et de gaieté. Ailleurs il laisse échapper des larmes de pilié sur les malheurs de la Frauce, ou pousse des cris d'indignation contre les fils ingrats qui déchirent le sein de leur mère.

Vauquelin pense et compose en poê'e satirique ; mais son style n’a point assez la couleur , la forme et l'accent de sa pensée. On désire , en le lisant, ces traits incisifs qui donnent du relief au vers et le gravent dans la mémoire. Sa muse n’a pas de colère dans la voix ; et ce n'est pas sans raison que les contemporains du poëte reprochaient à ses vers d'être lächement faits. La mollesse du tou , voilà le défaut capital de Vauquelin. Cependant il a plusieurs fois reproduit avec verve l'énergie de certaines pensées de Juvénal. Vauquelin, qui devise la plupart du temps comme Horace , sermone pedestri, pouvait se vanter d'avoir aussi de bonnes fortunes poétiques , telles que celle-ci :

Mais lorsque je votals, d'un vol audacteux,

Ces beaux jeunes rimeurs s'envoler jusqu'aux cieux, Je craiynais qu'approchant de ces lumieres belies Le soleti ne fondit la cire de mes ailes.

On lit ailleurs :

Tay-toy, peuple ignorant , Lay-toy, grossier vulgaire, Et plein d'ombre et de songe , aveugle, ne te mets A juger du soleil que tu ne vis jamais.

On trouverait sans peine chez Vauquelin un assez grand nombre de ces vers proverbes , dont la pensée et la forme semblent être sorties du mêine moule , au même moment, pour demeurer inséparables. Quelques-unes de ses imilations d'Horace paraitraient sans trop de désavantage à côté de celles que Boileau nous a données. Il faut bien se garder d’établir une comparaison entre le législateur de notre Parnasse et sou vieux prédécesseur ; mais il faut reconnaitre aussi que Boileau devait citer avec quelque honneur un poête heureusement doué par la nature, et auquel il avait fait d’utiles emprunts. On ne s'explique pas bien,

1 Acte I, scène «1.

3 Ce portrait se trouve dans l'Art poétique.

dans un aussi honnète homme que Boileau, certaines qui omissions ressemblent à des injustices.

Outre son Art Poëétique et ses satires, Vauquelin a publié des idylles empreintes de douceur et de grâce, mais non pas exemptes de la monotonie que Pétrarque luimême n’a pas pu éviter, malgré un beau génie et un admirable talent de style. On doit encore à cet auteur des épigrammes, des épitaphes, dont quelques-unes sont fort belles, et enfin des sonnets, parmi lesquels on remarque deux éloquentes apostrophes à la France , qui laissait sonimciller sa gloire au milieu des discordes civiles :

Du paresseux sommeil où tu gls endormie

Déjà par si lonstemps, d France, évetlle-t0oy, Respire dédargmenuse ! et tes offences vay,

Ne suts point ton esclave et ta propre ennemle.

Reprends ta liberté, guë.îs la maladie,

Etton antique honneur, 6 France, ramentos 2 : Légère désormais sans blen sçavoir pourquoy, Dans un seutler battu ne doone à l'étourdic.

Si tu regardals blen les annales des rols, Tu convoistrois avoir triomphé inille fois De ceux qui veulent or amoindrir ta pulssance.

Sans toy, qui contre toy depite ouvre le sein, Ces venires de harple ama:gris par souffranre, N'aurolent jamais osé passer le Rhin germal:.

Gaule, qui sous César a conquis l'univers, Qui dudans lo Syrie à conduit tes armées, Planté tes étendards aux plaines Idumées, Et falt trembler Pluton au profond des enfers!

Esclave , tu languis par tant de maux soufferts, Par la division des ames animées

A rendre les vertus à la fin abismres

Dans le gouffre averual avecque les pervers.

Notre Dieu, c'est le leu qui n'aime point la gucrr: oui, charitable, veut nicttre la paltrenterre, Et tous les dévoyers remettre en leur chemlo.

Garde d'être valncuc encor comme la Grèce, Pour avoir appele le Turc en sa détresse, Car le Narrau aussi te peut valucre à la fin.

Ces deux pièces, qui sont de deux siècles antéricures à nous, ne retracent - elles pas à la pensée notre situation de 1815, après la chute de Napoléon et au moment de l'invasion des étrangers, que de coupables Français avaient appelés au sein de notre France, si longtemps victorieuse ?

‘ La penséc cst : Reprends ta fierté.

3 Rappelle-toi.

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