DÉDICACE AU ROI
is Q uAND un homme va, pour un plaisant soulas, Dans quelque beau jardin , dressé par entrelas D'aires, de pourmenoirs et de longues allées, Partis diversement en pentes égallées,
S'il marche dédaigneux par-dessus les plançons Des aires, compartis en diverses façons,
Et qu'il rompe en passant les bordures tondues, Et d’un gentil dédal les hayettes fendues,
Au lieu d’aller joyeux par les petits sentiers, Divisant le parterre en ses divers quartiers,
Le jardinier, fasché de voir les pieds superbes De ce hautain gaster son jardin et ses herbes, De mots injurieux à luy s'adressera,
Et hors de son jardin dépit le chassera.
Ainsi quand le grand Dieu , jardinier de la terre, Nous voit marcher hautains au monde son parterre, Hors de ses chemins droicts, les espaliers brisant, Les berceaux et les fleurs de son jardin plaisant , 11 nous chasse dehors : il luy déplaist que l'homme Retenté de nouveau regouste de la pomme ;
Sa loi, ses mandemens, sentiers de la cité,
Sont chemins où l’on peut marcher en seureté. Sire, pareillement si quelqu’un plein d’audace, Méchant outrecuidé, vos édicts outrepasse,
De vos grands parlemens le sévère pouvoir
Le fait bientôt ranger à son humble devoir :
Votre image parlant en vos licts de justice,
Fait de votre royaume observer la police ;
Et votre bras vengeur poursuit de toutes parts Ceux qui vous irritant veulent irriter Mars.