‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 274 sur 914 · DE L'ORIGINE DE LA POÉSIE · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE DE LA POÉSIE

L'invention des vers estre des cieux venue Est une opinion des plus sçavans tenue,

Et le fils de Latone ils y font présider,

Et les vierges qu’on fait en Pinde résider ,

Pour monstrer que la source en est toute céleste, Ce qu’un ravissement à plusieurs manifeste ;

Car estant idiots, de fureur sainte épris,

Ils sentent tellement élever leurs esprits,

Et de Phæbus si fort échauffer leurs poictrines Que, comme s’ils avaient apris Loutes doctrines , Ils chantent mille vers qu'on pourroit égaller

A ceux qui font la muse en Homère parler :

Puis quand cet éguillon plus ne les époinçonne, Ils remächent leurs vers, leur muse plus ne sonne : Et demeurants muets, ils sont émerveillez Quel ange avoit ainsi tous leurs sens réveillez, Quel Bacchus leur avoit l'âme tant élevée,

Et du nectar des dieux tellement abreuvée,

Que sans corps ils estoient en tel ravissement Tirez jusques au ciel , où le saint soufflement

De la bouche de Dieu leur halenoit en l'âme

Une fureur divine, un rayon, une fläme,

Qui sans art , sans sçavoir , les faisoit tant oser, Qu'en tous arts ils vouloient et sçavoient composer ; Cela fist que l’on vid maints doctes recognoistre, Les orateurs se faire , et les poëtes naistre ;

Et truchemens des dieux beaucoup les appelloient , Croyant que par leur bouche aux humains ils parloient.

C’est pourquoy quand on fait, par un prix droicturier, La couronne aux sçavans de verdoyant laurier , (Signe que la verdeur d’immortelle durée

Aura contre le temps une force asseurée )

On y met du lierre ensemble entrelassé,

Pour montrer que sans l'art l'esprit est Lost lassé : Ainsi représentoit l'égyptienne écolle

Le poëte parfait, par ce gentil symbolle.

Satan pet ut à

neo

Comme il fait plus beau voir un singe bien pourtrait, Un dragon écaillé proprement contrefait,

Le sage capitaine nne ville assaillant, Les conseils d’un vieil homme, escarmouches, batailles,

pos mecocconeososesesresssss ESS SES RE. f 249 SEIZIÈME SIÈCLE. :

Ua visage hideux de quelque laid Thersyte,

Que le vray naturel qu’un sçavant peintre imite : Il est aussi plus beau voir d'un pinceau parlant Dépeinte dans les vers la fureur de Roland,

Et l'amour forcené de la pauvre Climène,

Que de voir tout au vray la rage qui les mène.

Ce sont des vers muets que les tableaux de prix, Ce sont tableaux parlants que les vers bien écris.

Comme Dieu, grand ouvrier, fist de rien toute chose, Son œuvre aussi de peu le poëte compose :

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