‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 275 sur 914 · DES MOTS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

DES MOTS NOUVEAUX

On a toujours permis, est, et permis sera

Faire naistre un beau mot, qui représentera

Une chose à propos, pourveu que sans contrainte Au coin du temps présent la marque y soit emprainte. Comme on void tous les ans les fueilles s’en alier, Au bois naïstre et mourir, et puis renouveler : Ainsi le vieux langage et les vieulx mots périssent, Et comme jeunes gens les nouveaux refleurissent.

Tout ce que nous ferons est sujet à la mort :

Ce qui fut terre ferme à celte heure est un port, OEuvre haute et royalle : et maintenant la Seine Pour enceindre la ville abandonne la pleine.

Ainsi périront donc toutes choses mortelles; Aussi sera l'honneur des paroles plus belles : Car si l’usage veut plusieurs mots reviendront Après un long exil, et les autres perdront

Leur honneur et leur prix, sortant hors de l'usage Soubs le plaisir duquel se règle tout langage.

Page 1