‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 277 sur 914 · ENCOURAGEMENS À LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

ENCOURAGEMENS À LA JEUNESSE

Jeunes, prenez courage, et que Ce mont terrible Qui du premier abord vous semble inaccessible , Ne vous étonne point. Jeunesse, il faut oser , Qui veut au haut du mur s0n enseigne poser.

À haute voix déjà la neuvaine cohorte Vous gagne, vous appelle et vous ouvre la porte, Vous montre une guirlande , un verdoyant lien, Dont ceint les doctes fronts le chantre Délien, Et par un cri de joye anime vos courages A vous ancrer au port en dépit des orages : + Elle répand déjà des paniers pleins d'œillets, Ÿ° De roses, de boutons, rouges, blancs, vermeillets, Remplissant l’air de musC, de fleurettes menues, Et d’un parfum suave enfanté dans les nues; Ces belles fleurs du ciel vos beaux chefs toucheront, Et sous vos pieds encor la terre enjoncheront. Dans le ciel obscurci de ces fleurs épandues

H Sont les divines voix des Muses entendues.

Voyez comme d'odeurs un nuagé épaissi

Cumme en la vigne on void dessous la feuille verte, De manne, d’ambroisie , et de nectar aussi, La grappe cramoisie estre souvent couverte Fait pleuvoir dessus vous une odeur embaumée , Sans qu'on la puisse voir : ainsi sous les discours Qui d'un feu tout divin rend votre âme enflammée.

Comme tout peintre n’est parfaict en chaque part

De tout ce que requiert la règle de son art, Maisl’anensimplestraits tout sèchement charbonne, L'autre sçait porfiler l'ombre d’une personne ;

L'un peindra seulement des grands dieux les images, Et l'autre au naturel contrefait les visages ;

L'un sçait bien les couleurs subtil entremesler ,

Et l'autre en symétrie aussi tout égaller :

Des poëtes ainsi l’un fait une épigramme ,

L'autre une ode, un sonnet en l'honneur d'une dame, L'un une comédie, et l’autre d’un ton haut, Tragique fait armer le royal échafaut,

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Les vers sont le parler des anges et de Dieu; La prose des humains.

La nature en ses mœurs de chacun bien aimée, Nature est le patron sur qui se doit former Ce qu’on veut pour longtemps en ce monde animer.

Comme le voyageur qui d'un beau lac approche Sur son bord se va mettre au penchant d’une roche ; Là demeurant longtemps oisif en son repos,

Il n’a rien pour object que les vents et les flots ; Toutefois les forêts dedans l'onde vitrée

Montrent de cent couleurs leur robe diaprée :

Et l’ombre des maisons, des tours et des châteaux Cette eau lui représente au cristal de ses eaux ; Tout ainsi le poëte en ses vers ravira

Par divers passetemps celui qui les lira, Emerveillé de voir tant de choses si belles,

En ses vers repeignant les choses naturelles,

Et de voir son esprit de ce monde distrait,

Mirer d'un autre monde un autre beau portrait.

Se masquer le visage aux flatteurs est permis.

Si doncques riche et grand tu désires de faire Plaisir à telles gens tout franc et volontaire,

Ne les prends pour juger tes vers aucunement, Car élevant leurs voix, souriant saintement,

Te diroient : « O quels vers ! à quelle douce veine! Comme nature et l’art tu sais joindre sans peine !

Que ces vers sont bien faits ! » Et, faussement ravis, Repaltront là-dessus leurs esprits assouvis,

Feront pleuvoir encor dessus tels rudes carmes, De leurs yeux façonnés quelques flatteuses larmes ; Ils dresseront au ciel les yeux en l'admirant, Comme cenx que jadis on alloit requérant

À gages, pour pleurer aux grandes funérailles, Qui, feignant lamenter du profond des entrailles, Disoient et faisoient plus par leur pleurer moqueur, Que ceux-là qui pleuroient leurs amis de bon cœur : Ainsi le flatteur feint, d'un déguisé sourire, Plus que le vray loueur s'ébahit et s’admire. Récitoit-on des vers à Quintil, dit Horace,

Il disoit : « Mon enfant, il faut que je t’efface Cet endroit et cet autre, et corriger ceci :

Tes vers n’ont point de sens, n'ont point de grace ainsi.» Si tu lui confessois ne pouvoir mieux écrire, Ayant beaucoup de fois tâché de les réduire,

Lors, il te les faisoit tout du long effacer,

Et savoit de nouveau plus beaux les retracer;

Te les faisant remettre et tourner sur l’enclume,

I! les repolissoit des bons traits de sa plume :

Mais si mieux on aimoit défendre sa fureur

Que de les r'agencer, corrigeant son erreur,

Plus rien ne t'en disoit, estimant chose veine

De perdre après les vers son conseil et sa peine ;

Et seul te permettoit de priser sans rival,

Comme aveugle en ton fait, toi, ta faute et ton mal.

LA CHANSON

La chanson amoureuse, affable et naturelle,

Sans sentir rien de l’art, comme une villanelle, Marche parmy le peuple aux danses, aux festins, Et raconte aux carfours les gestes des mutins :

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