HÉCUBE
Ne bougez; entendons ce discours morluaire :
Toi, messager, poursuis; ne crains de nous déplaire ; De feu, de sang , de cris, de larmes je me pais; Mon âme de douleurs se nourrit désormais.
MESSAGER
Il nous reste une tour de la défunte Troye, Que le fer n’a rongé, que la cendre ne noye.
Là naguère Priam , sur les créneaux , étoit
Dedans son trosne assis, pendant qu'on combattoit ; De la voix et des mains, à bas sous les murailles, Grave en longs cheveux gris, arrangeoit les batailles, Mignardant tendrement , et tenant en ses bras
Le petit-fils d'Hector, lui montre les combats,
Et comme , à coups de pique , endossé de ses armes, Son père alloit fendant la presse des gens-d’armes, Les rompoit , foudroyoit , terrassoit par monceaux, Et de sang et de feu remplissoit leurs vaisseaux ".
Cette fameuse tour, ornement de la ville, Mais, las! qui ressemble ore un rocher inutile,
‘1lest remarquable qu'Homère et Virgile n'ont pas fourni à Garnier cette situation: ni l'un ni l'autre n'a prêté ce rôle de roi et de père au vieux Priam , qui. en caressant le jeune Astyanax, lui élève le cœur par le spectacle des exploits d'Hector.
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De peuple étoit pressée; on voyoit tour à tour
Les chefs et les soldats fourmiller tont autour : Chacun sort des vaisseaux, et par troupess’assemble ; L'onde en frémit au loin, tout le rivage en tremble ‘.
Loin s’élève un costeau , qui peu à peu descend Jusqu’au pied de la tour , et en plaine s’étend : Là l’argolique armée à son aise se campe ; L'un de pieds et de mains à toute force rampe Au faiste des rochers, et balancé des pieds, Découvre de la mer les grands flots repliés : Celui-ci veut gravir au haut d’un précipice, Celui-là sur le toit d'un fameux édifice,
Ou sur un pan de mur à demi consumé , Reliques d'Ilion par les Grecs enflammié :
Quelques-uns même, à crime ! osent marcher sans craiuie Sur la tombe d’Hector, inviolable et sainte *? ; Quand nous voyons venir Ulysse l’inhumain, Avec Astyanax, qu’il tenoit par la main :
Puis montés, en tournant, par une vis fatale, En l’étage dernier de cette tour royale, L'enfant du fier Hector, d’un visage rassis, Regarde constamment les peuples épaissis,
! Beau vers.
3 cette belle et vive description se termine par un admirable vers que l'antiquité a pu inspirer, mais qui ne se trouve ni dans Virgile ni dans Euripide.