HÉCUBE
De Busire n'étoient les sacrifices tels, Car le sang des enfans ne baignoit ses autels *.
ANDROMAQUE
O misérable enfant ! Et qui, las ! aura cure D’ensevelir ton corps digne de sépulture ?
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+ Son corps est si meurtri, qu'au regard incertain K Il est méconnoissable, et n’a plus rien d’humain ?.
* Cette fierté, cette audace, cette constance, sont an - dessus de l'âge que nous supposons à l'enfant que la triste Andromaque menait à son aïeul par une porte secrète du palais de Priam ; mais nous ne sommes pas disposés à nous fâcher contre l'écrivain qui use de ses libertés de poëte pour nous montrer ainsi le fils du magnanime Hector.
2 Ce trait me semble des pius heureux.
3 Racine, dans Phédre :
Triste objet où des dieux triomphe la colère, ,8 Et que méconualtralt l'œil même de son père.
256 SEIZIEME
SIECLE
ANDROMAQUE
Son sort est plus cruel que celui de son père.
O dieux ! que votre main est contre nous sévère ! Meurtrir ce pauvre enfant, le faire torturer, Auparavant qu’il sçût ce que c'est qu’endurer!
Me l'aviez-vous donné, me l'aviez-vous fait naïistre Pour de sa dure mort les yeux grégeois repaistre ‘? Hélas ! et ne m’étoit assez d'affliction
Que mes frères germains, que mon père Étion, Que mon époux aimé, que ma natale ville,
Thèbes aux hautes tours, fussent détruits d'Achille, Si je n’avois exprès un enfant par malheur,
Pour de sa mort cruelle accroistre ma douleur.
Enfant , où que tu sois, souviens-toi de ta mère ; Ne me laisse servir en maison étrangère :
Supplie, si tu peux, à la noire Atropos,
Que bientost avec toi je trouve le repos, Effaçant mes ennuis dedans l’onde oublieuse, Et l'ennui que me fait cette vie odieuse.
Si faut-il, mon enfant , que j’aye le souci
De te faire un sépulcre en quelque part ici : Je ne permettrai pas que tu sois la pasture Des bestes , des oiseaux de gloutonne nature. Je vais prier les Grecs.
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Les Grecs l’ont étendu Dans le bouclier d’Hector pour vous estre rendu.
ANDROMAQUE
O bouclier , l’ornement d’une dextre guerrière, Vous servez maintenant à mon enfant de bière!
On vous a vu jadis, Ô bouclier renommé,
Plus redouté des Grecs que le foudre allumé ;
Et lors j’espérois bien, ô trompeuse pensée!
Voir un jour, quand d’Hector la vieillesse avancée Par les travaux guerriers auroit courbé son dos, Que son fils, héritier de son antique los,
Se pareroit de vous, vous porteroit en guerre, Hélas! et maintenant vous le portez en terre *.
4 Vers dur et mal construit.
? Dans les Troyennes d'Euripide dont cette scène est empruntée, c'est Andromaque qui, contrainte de suivre Pyrrhus, renvoie à Hécube, avec les restes défigurés d'Astyanax, le bouclier d'Hector, pour être enseveli avec son fils. Elle ne veut pas que cette arme sacrée d'un héros soit témoin du déplorable hymen que le sort la force à contracter. Quel religieux souvenir! quelle épouse ! quelle mère! et quel concours de malheurs amassés sur une seule tête!
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