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dit œ quilui manque; il explique pourquoi Malherbe n'a pas bien compris Régnier , qui, touten étant peuple, brillait en même lemps par les plus hautes qualités du poëte. La sévérité de Malherbe parut à Régnier de la tyrannie; et, méconnaissant l'utilité de l’entreprise du réformateur , il ne viten lui qu'un froid législateur qui venait couper les ailes à la poésie, et mettre le génie dans le lit de Procuste. Il y avait un fond de vérité dans cette opinion; et comme notre prose a beaucoup perdu en abaudonnant le parler de Montaigne et d’Amyot, de méme notre poésie à souffert un dommage par l'excessive sévérité de Malherbe. Marmontel ( Éléments de littérature} a parfaitement indiqué l'absence de la sensibilité vive ei profonde dans cet écrivain qui semblait avoir pris pour devise labor improbus omnia rincil: « l’ode française a de la pompe, du coloris, de l'harmonie; mais elle est peu rapide, et encore moins passionnée : c'est que jamais nos poëtes lyriques n'ont été animés d'un véritable enthousiasme. Quel moment, que la mort de Henri IV, si Malherbe avait eu l'âme de Sully, et si, frappé comme il devait l’être de ce monstrueux parricide , il avait fait écla
ter sa douleur, ou plutôt celle de la pairie qui voyait massacrer son père dans ses bras! Malherbe, Racan,
Rousseau lui-même ont voulu ètre élégants, nombreux,
fleuris ; ils n'ont presque jamais parlé à l'âme ; leurs odes sont froidement belles, et on les lit comme ils les ont faites, c'est-à-dire sans être ému. » Ces réflexions sont d'autant plus justes, que Malherbe, par un vice de la nature de son talent, a manqué entièrement l’un des plus beaux sujets que notre histoire püt fournir à un poëte.
D'après ce qu'ont dit tous les échos des éloges de Boileau, il semblerait que Malherbe serait venu nous révéler la poésie et toutes les richesses du langage des muses, mais avant lui on avait fait de très-beaux vers et des stances qui tombaient avec grâce. Avant lui aussi la France possédait de charmantes compositions qu'il ne püt jamais égaler; téniuus certaines pièces de Ronsard et de Desportes. Régnier était bien plus poëte que Malherbe, bien plus riche de ces beautés qui jaitlissent dela veine de l'écrivain et causent au lecteur des frissonuements d'admiration et de plaisir. Régnier l'emportait aussi par la raison, par l'esprit et mème par le goût en général. Ceite
. opinion parait peut-être étrange, et cependant je ne l'ai
adoptée qu’aprisuue comparaison attentive des deux écrivaius.
On est en quelque sorte convenu de passer sous silence les défauts de Malherbe, et cependant il en a beaucoup et des plus choquants ; je ne parle pas des larmes de Saint- Pierre, méchante copie d'un méchant modèl:s qui avait pu égarer la jeunesse de l’auteur ; mais, outre l'indigne usage que Matherbe fait de son art en mettantla muse au service des folles passions d'un roi, ou mème d'un courtisan vulgaire, on s'étonne de tout ce qu'on trouve de faux, d’affecté , de ridicule, de vaine montre d'esprit, enfiu, de déraisonnable dans la plus grande partic des vers de Malherbe. Souvent l'expression y est encore plus insolile et plus bizarre que la pensée : il y a des pièces entières dont on ne peut retenir un seul {rait, et dans lesquelles l’auteur français semblerait avoir cherché à surpasser Île mauvais goût de Marini et de ses parcils; Car, par un Neon os