‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 338 sur 914 · CR OS PR CRUE · texte numérisé non relu

CR OS PR CRUE

Quelques poésies licencieuses et critiques, bien plus encore que le déréglement de ses mœurs, trop conformes à celles de beaucoup de seigneurs du temps, lui suscitèrent de puissants ennemis , qui obtinrent du roi contre lui uu ordre d’exil. Il seretira à Londres. On raconte que, n’ayant pu se faire présenter à Jacques Ier, il s'en consola par les vers suivants, où il explique très-comiquement cette légère disgrâce :

Si Jacques , le roi du savoir, N'a pas trouvé bou de me votr, En volc! la cause infalllible :

C'esl que ravi de mon écrit,

D crut que j'étals tout esp:lt, EL par conséquent invisible.

Le roi Louis XIII, auquel il avait adressé une ode assez remarquable, ayant accordé à Théophile la permission de revenir en France, il abjura le calvinisme entre les mains du père Séguirand. Cette abjuralion ne calma pas scs ennemis , qu'irritait la liberté de ses écrits ; ils lui attribuèrent un recueil rempli d'irréligion et de grossières obscénites, intitulé Le Parnasse des vers satiriques. Notre poële , instruit de l'existence de ce livre , se pourvut auprès du grand-prévôt contre les imprimeurs qui l'avaient publié sous son nom , à son insu. Il oblint contre eux un arrêt qui en flétrit et emprisonna plusieurs. Malgré cet arrêt, Théophile fut poursuivi criminellement, comme au-

teur de l'ouvrage. Ses accusateurs les plus violents étaient

les pères Garasse, Guérin, Regnaud et Voisin. Ces jésites enflammés de haine contre le poëte osèrent l'attaquer et le calomnier publiquement en chaire. Ecoutons ce que Théophile dit à l'occasion de ces prédications furibondes dont il était l'objet : « Ils ont poussé leur hardiesse » si avant, que , perdant le respect de l'Eg'!ise et profanant » la chaire de vérité, ils en ont fait un théâtre de diffa- * mation. On a vu mes accusateurs, en leurs sermons, » faire de longues digressions, et quitter la prédication de » l'Évangile pour prècher au peuple leurs méditations » frénétiques , et, par des injures d’athée, d'impie et d’a- » bominables, imprimer dans l'âme de leurs auditeurs » l'aigreur c1 l'anomosilé particulière qu'ils avaient contre

L'un d'eux, le père Garasse, et non pas le père Guérin, comme Île dit la Biographie Universelle, porta la rage jusqu'à prendre pour texte de l’un de ses sernons ces étrauges paroles : Maudis sois-tu, Théophile! et, développant ce texte, le révéreud père continua en ces termes : « Maudit soit l'esprit qui l’a dicté tes pensées ! maudite soit » la main qui les a écrites ! malheureux le libraire qui les » à imprimées ! malheureux ceux qui les ont lues! mal- » heureux ceux qui l'ont jamais connu! Et béni soit mon- » sieur le premier président ! et béni soit monsieur le pro- » Cureur-général, qui ont purgé Paris de cette peste. »

Le père Guérin alla plus avant dans cette voie d'injures acrimonieuses. S'il faut en croire Théophile, voici comment il se serait exprimé, dans un de ses sermons : « Tu » es un bélitre, tu es un veau ; que dis-je, un veau? d'un » veau la chair en est bonne l'ouillie; la chaire en est » bonne rôlie ; de sa peau on en couvre les livres; mais la » tienne , méchant, n’est bonne qu'à être rôtie : aussi le * seras-tu demain; tu t'es moqué des moynes : les moynes » se moqueront de toi. » ë

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