‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 339 sur 914 · EURE · texte numérisé non relu

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Le père Garasse, dans son livre intitulé : Doctrine curieuse des beaux-esprits de ce temps, accusa Théophile d'impiété et d’athéisme , et tortura ses vers pour y trouver prise à cetle accusation. Le père Gaérin, plus coupable encore , dénatura un des vers d'une élégie à Tircis, et y introduisit un mot qui en violait le sens.

Le plus puissant des ennemis de Théophile était le père Voisin, qui, moins expansif dans sa haine, poursuivait le procès du poële avec une infatigable activité, subornait des témoins, et obtenait contre l'accusé un décret de prise de corps. Théophile prit la fuile , et erra longtemps avant detrouver une retraite. Son absence ayant été représentée par sesennemis Comme une adhésionimplicite à l'accusation qai pesaitsur lui, le 19 auût 1625, le parlementle condamna, par contumace, comme criminel de lèse-majesté divine et humaine, à faire amende honorable devant l'église Notre- Dame et à être brûlé vif. Le duc de Montmorency lui donna quelque temps un asile à Chantilli, où le roi, qui en était instruit, le laissait en repos. Le parlement , auquel on avait pour ainsi dire arraché son arrèt, ne faisait même pas surveiller le poëte, et déjà il était arrivé sur la frontière, lorsque le père Voisin réussit à le faire arrêter, au Catelet, par un nommé Leblanc, lieutenant de la connétablie , qui le conduisit, chargé de fers , à Saint- Quentin , en criant à la populace : C’estun athée que nous allons brûler. Après avoir passé quelques jours dans un cachot infect et humide, Théophile fut mené à Paris et jeté à la Conciergerie, dans le cachot de Ravaillac; il y resta six mois en proie à toutes les souffrances ; et sans que J'ou parût songer à la révisiou de son procès. Sa liberté d'esprit ne l'abandonna point. Les apologies , tant en vers qu’en prose , qu'il fit paraître, attestent cette vérité honorable pour lui. Enfin, après une procédure de dix - hait mois , le parlement, malgré la haute inflaence des persécuteurs de Théophile , révoqua la sentence de mort, et commua la peine en un simple bannissement de la capitale. Aussitôt que le poëte eut recouvré sa liberté, il se retira chez le. duc de Montmorenci, à Chantilli. Bientôt mème , grâce à ce généreux protecteur , il put revenir à Paris. Mais les maux qu'il avait soufferts ne tardèrent point à lui causer une maladie mortelle qui l'emporta, le 25 septembre 1626, à l'âge de trente-six ans.

Maiherbe avait parlé de Théophile avec mépris, en Ces termes, dans une lettre à Racan : « Déjà je crois vous avoir » écrit que je ne le tiens coupable de rien , que de n'avoir » rien fait qui vaille au métier dont'il se mélait. » Malgré cette injustice littéraire , Théophile n'en admirait pas moins franchement son fâcheux critique. Voici ce qu'il en dit, dans une Prière aux poëtes de Son temps :

Je ne fus jamais si superbe

Que d'ôter aux vers de Malherhe

Le françois qu'ils nous ont appris; Et sans malice et sans envle,

J'ai toujours lu dans ses écrits L'immortailté de sa vie!

Piût au clel que sa renommée

Fût aussi chèrement aimée

De mon prince que de mol.

Au reste, l'admiration de Théophile n'était point superstitieuse, et, tout en Jouant Malherbe, il jugeait ses dé-

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fants avec une sûreté de goût très-remarquable. S’adressant aux maladroits imitateurs de ce poëte, il dit:

Imite qui voudra les mervrilles d'autrul, Malherbe a très-blen fait. mais fl a fait par lui : Mile petits voleurs l'écorchent tout en vie.

Quant à moi ces larcins ne me font polut envie. J'approuve que chacun écrive à sa fiçon:

J'aime sa renommée ct non point sa leçon.

Ces esprits malndroits , d’une veine Inferiile, . Prennent à tout propos ou 83 rime ou son style: Et de tant d'ornemens qu'on trouve en lui st beaux, Joignent l'or et la soie à de vilains lambeaux... lis travaillent un mols à chercher comme à fi/s Pourra s'apparier la rime de Memphis.

Ilest curieux de voir Théophile penser comme Régnier et La Fontaine sur Malherbe, ainsi que sur ses imitateurs, et réclamer, comme ces deux grands maitres , l'indépendance et toutes les franchises du poëte.

Théophile ent des admirateurs qui le mettaient au-dessus de Malherbe et de Racan ; et mème, pendant un certain temps, il fit école. « Dans ma jeunesse, dit Saint- Évremond, on admirait Théophile, malgré ses irrégularités et ses négligences, qui échappaient au peu de délicatesse des courtisans de ce temps-là. Je l'ai vu détrier depuis par tous les versificateurs , sans aucun égard à ‘a belle imagination et aux grâces de son heureux génie. » Les contemporains avaient tort d'élever Théophile aux dépens de Malherbe et de Racan : il n’a point l'audace, Île tour, le rhythme et l'harmonie du premier , qu'il surpasse en imagination et en heureuse facilité. On ne peut Jui accorder l'abandon, la naîfveté , le charme et les grâces quelquefois si délicates du second ; mais il est plus varié, plus hardi, plus riche de couleurs ; il a aussi plus d'esprit, et souvent ses vers, qui s’épanchent trop facilement de sa veine , n’auraient besoin que de la plus légère correction pour étre parfaits. En général, son style a moins vieilli que celui de Malherbe mème , dans un assez grand nombre dc passages. Au reste, les exemples de Malberbe, dont la première muse était le travail, ne pouvaient pas plus convenir à Théophile que les conseils de Boileau, qui travaillait ses vers avec tant de soin :

Vingt fuis sur le métier remettez votre ouvrage, Poilssez-le saus cesse, et Le repolisscz.

Notre poële s'était fait d’autres principes, et dans une élégie vù il parle des poëtes du temps et de l'école de Malherbe , à la manière de Régnier, il dit :

Mon ame imaginent n'a point la patience

De bien polir les vers et ranger la science;

La règle me déplalt, J'éciis confusément :

Jamais un bon esprit ne falt rien qu'aistment.

On lit dans la mème pièce des vers qui sentent la fsntaisle et les habitudes de l'esprit de La Fontaine :

Donnant à tels efforts ma première furie, Jamais ma veine encor ne s'y trouva tarle :

stals 11 mc faut résoudre à ne la plus presser, Elle m'a blen se:vi, je la veux ceresser,

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