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mentaires de la langue. En 1570, Charles IX octroyait à cette institution des lettres-patentes portant que, « pour que ladite Académie soit » suivie et honorée des plus grands, il accepte » le surnom de protecteur et premier auditeur » d'icelle. » L'Université, l'évêque de Paris, s'opposèrent à l'enregistrement de ces lettres ; pour l'obtenir , il fallut presque un lit de justice. A la mort de Charles IX , la naissante compagnie se mit sous la protection de Henri III qui lui prodigua les encouragements ; mais bientôt les troubles civils et la mort de Baïf en dispersèrent les membres. L'institution de Richelieu fut plus durable, et à peine l’eut-il achevée qu’il en détermina clairement le but en la constituant cour souveraine de littérature et de poésie pour juger la naissante merveille du Cid. La critique de l’Académie passe encore aujourd’hui pour un modèle de politesse et de bienséance ; mais sa sévérité n'était-elle pas plus propre à couper les ailes du génie qu'à exciter son audace ? Corneille défendit la cause de l’indépendance du talent par d'excellentes raisons, et surtout par les Horaces, Polyeucte et Cinna.
Nul doute que l’Académie -Française n'ait rendu de vrais services a notre langue et aux lettres, en défendant les droits de la raison et les principes du bon goût; mais nul doute aussi que, toujours appliquée à réprimer, à contenir, à épurer, elle n’ait agi sur les esprits dans le même sens que Malherbe et Boileau, que par gonséquent elle n'ait concouru à faire que notre poésie, après avoir tant osé avec bonheur sous Corneille, Racine et La Fontaine, ne tendit à devenir plutôt sage que hardie, plutôt noble que magnifique, et plutôt régulière que variée dans son allure ; en d’autres termes, à conserver intacte et inviolable la suprématie de la critique sur l'imagination.
On a reproché, non sans raison, à l’époque où nos plus beaux chefs-d’œuvre virent le jour de n’avoir rien fait de national; on cherche notre patrie dans les ouvrages de nos plus grands poëtes : on y trouve la Grèce et Rome, jamais la France. Notre histoire, nos antiquités , n obtiennent nulle attention de ces esprits passionnés uniquement pour les temps et les pays illustrés par les muses classiques. Ils saisissent l'occasion de payer leur tribut d’admiration à Louis XIV, et ne parlent pas de leur pays. Le
seul La Fontaine nous rappelle à nos pères, dont il emprunte le langage, et fait allusion à toutes les choses de son temps. Toutefois le siècle de Louis XIV ne doit pas seul répondre du tort d’avoir méconnu l'esprit indigène , négligé la littérature de notre vieille patrie et la connaissance des mœurs nationales dont cette littérature était la naïve expression. Comme l’a remarqué M. Villemain : « cette littérature, née du » sol, cette fleur des champs n’a guère existé ; » toujours quelque germe étranger était là. Dès » le milieu du treizième siècle , vous voyez l’an- » tiquité surgir de toutes parts et pénétrer en » tous sens cette littérature , qu’à sa rudesse, » on serait tenté de croire instinctive et origi- » nale. Le Roman de la Rose, par exemple, est » surchargé de souvenirs antiques ; c’est la glose » de l'Art d'Aimer d'Ovide, avec un mélange » d’abstractions, d’allégories , de subtilités sco- » lastiques. » Le siècle de Louis XIV obéit donc à une impulsion qui partait de loin ; au lieu de la changer, il s'y abandonna:: voilà sa faute, qu'à force de génie il parvient à faire absoudre et oublier. |
Au premier aspect, toute la poésie du dix-huitième siècle semble être dans un seul homme, dans Voltaire , héritier scrupuleux du langage, mais non des idées du siècle précédent. Dès sa première jeunesse, il entreprit de nous donner ce que nous n'avions pas encore, un poëme épique et national: la Henriade, à son apparition, excita une admiration européenne et la justifia par d’incontestables beautés qui ne peuvent effacer toutefois la faiblesse du plan , les défauts d’une imitation servile de l’antique , l’absence de toute grandeur dans les conceptions et dans les caractères, et surtout le choix du héros, dont la personne , à la fois héroïque et familière, ne convenait point à une épopée virgilienne. Dans la tragédie , après avoir marché d’abord sur les traces de Sophocle , et imité les Grecs, à l’exemple de l’auteur de Phèdre , d'Iphigénie, de Britannicus et d’Athalie, qui lui semblait un homme divin , Voltaire, introduisant enfin la France gur le théâtre, mérita l'éloge d’avoir osé le premier abandonner les vestiges anciens et célébrer des faits domestiques. Sous ce rapport , il resta, non sans imitateur , mais sans rival : Zaïre, Tancrède et même Adélaide du Gues-
. clin, occupent encore Île premier rang parmi les
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