FRAGMENT DE LA PARAPHRASE DU PSAUME CXXXVI
N ON , NO , Îl ne faut pas que pour quelque menace Où leur ambition ait porté leur audace,
Je consacre à leurs vœux la gloire de mes chants; Et que les mêmes airs dont nos voix animées Célébroient le pouvoir du grand Dieu des armées, Servent à chatouiller l'oreille des méchants.
Est-il quelque raison qui me pôt faire croire
Que je doive chanter ma prise et leur victoire,
Et joindre en même temps les cyprès et les fleurs ? Quel moyen d'accomplir tout ce qu'ils me commandent? Leurs discours outrageux des chansons me demandent, Etleurs actes sanglants me demandent des pleurs.
Après qu'ils ont détruit nos superbes portiques, Après qu'ils ont rasé nos temples magnifiques, Ils espèrent encore entendre nos concerts ;
O dessein téméraire! à ridicule attente !
De croire que ma foi souffre que je leur chante Les hymnes réservés au seul Dieu que je sers.
En ce profane lieu où je suis tributaire, Seigneur , pour te louer , il suffit de se taire, Et supprimer ton nom, afin de le bénir !
Je ne dois invoquer qu'avecque le silence,
Et crois que , parmi ceux où règne l'insolence, Ne point parler de toi, c'est s’en ressouvenir.
Bien que durant mes jours si luisants et si calmes, Ta bonté jusqu'au ciel ait fait croître mes palmes, Et porté ma grandeur plus haut que mes souhaits : Je n’en veux pas pourtant raconter les merveilles, De crainte de flatter leurs cœurs et leurs oreilles, Et publier ta gloiré où tu ne fus jamais.
Ce peuple, non content de mon propre héï'itage , Aspire encore aux biens qui sont de ton partage, Et de ton honneur même il se montre jaloux ;
J1 demande tes airs, et veut que ces contrées Retentissent du son de tes hymnes sacrées ,
Pour triompher de toi comme il a fait de nous.