‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 358 sur 914 · PARAPHRASE D'UN AUTRE PSAUME DE DAVID · texte numérisé non relu

PARAPHRASE D'UN AUTRE PSAUME DE DAVID

J E veux chanter le Dieu qui rèsne sur la terre,

Qui nous donne la paix au plus fort de la guerre, Et fait naître l'olive au milieu des lauriers.

Je veux que ses bienfaits entretiennent ma lyre, Et que tout l'univers désormais puisse dire

Qu'il a mis un pasteur au rang de ses guerriers.

C'est lui de qui la force , en miracles féconde,

Par les mains d'un enfant et du coup d'une fronde, Des superbes Titans peut l’orgueil étouffer ;

C'est lui qui m'a sauvé des coups de la tempête, Mis les armes au poing , les palmes à la tête,

Et fait en même temps combattre et triompher.

Le Seigneur que je sers est ma garde ordinaire, L'immobile rocher et le port salutaire

‘ Dans cette strophe, le poëte s'adresse au Seigneur.

2 Peut-être ce rapprochement a-t-il quelque air de recherche. Au reste, si le mouvement était rapide et l'accent plus passionné, les deux images pourraient paraître plus naturelles.

Où le vent de sa grâce à la fin me conduit ; C'est l'unique recours qui flatte mon attente, Le phare qui m'éclaire au fort de la tourmente, Et l’astre qui me guide au milieu de la nuit °.

4 Ces deux strophes ont quelque chose de fier comme la touche d'un maitre.

Mes jeunes lecteurs feront bien de mettre en regard la paraphrase de Malleville et l'original du poëte hébreu : cette comparaison leur apprendra que c'est profaner de pareilles créations que de les amplifier, et que les plus belles choses du monde , ajoutées par le talent, peuvent gâter une inspiration du génie.

Racine a imitéun passage de ce cantique, dans un chœur d'Esther, acte Ier, scène 11.

Malleville n'a pas senti la sublime simplicité du cantique des Hébreux, qu'on peut regarder comme l'une des plus belles élégies du monde. II a délayé le texte, il l'a surchargé de détails inutiles et d'un luxe de poésie quelquefois déplacé ; mais son imitation n'en offre pas moins des beautés mâles et simples, qui rappellent quelquefois Corneille.

“Ily a ici une accumulation de figures que notre langue réprouve avec raison. Le Seigneur est une garde, un rocher, un port, un phare , un astre.

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Je n'étois pas encore au temps de ma jeunesse, Que son affection, déployant sa largesse,

M ouvrit de ses faveurs le fertile trésor’,

À la pompe des rois il égala ma gloire,

Ma houlette de bois à leur sceptre d'ivoire,

Et mon chapeau de fleurs à leur couronne d'or.

Enfin, pour achever un ouvrage si digne,

J1 me soumet un peuple , et d'une grâce insigne

Me rend de l'avenir les secrets familiers.

La puissance que j'ai n’a mesure ni terme,

Et le trône où je suis est si haut et si ferme,

Qu'il semble que les monts n'en soient que les piliers.

O Dieu ! qui mets au jour des œuvres nompareilles, Dont les moindres effets sont autant de merveilles, Où l'esprit le plus grand se pourroit abimer :

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J'adore ta bonté, j'admire ta sagesse, Et mon cœur, étonné de sa propre foiblesse, Ne sait comment tu peux le connoître et l'aimer.

L'homme que tu chéris n'a rien que de fragile : C'est un vaisseau de terre , une masse d'argile, Que l'on peut sans effort ou dissoudre ou casser. Tous ses jours assemblés ne font qu’un petit nombre ; Son désir est un vent, son plaisir est une ombre, Et sa gloire un éclair qui ne fait que passer.

Mais, bien qu'il soit des vers la fatale victime, Son âme , dont le prix rend ton soin légitime, Accorde ta justice avecque ta bonté ;

C'est l’auguste miracle où reluit ta puissance ; C'est la glace fidelle où l’on voit ton essence, Et le vivant rayon de ta divinité.

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