ÉLÉGIE A RICHELIEU , EN FAVEUR DE BASSOMPIERRE
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PÉ TT TE SET S D PERS SE SSSR SN RRnegerepeee eg D 502 DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
Du voile de la nuit perçant l'ombre si noire, Telle et plus brillante en sa gloire, Ta beauté luit à travers les lambeaux.
Digne sujet d'une rare amitié, En qui la plainte est belle et la beauté plaintive,
Et de deux passions rends une âme captve.
Où ton corps glorieux fait luire ses appas, 11 répand une odeur céleste, Et lorsque loin de nous il détourne ses pas, Longtemps après le parfum nous en reste '.
Cependant tu mets devant nous Tout ce que l'indigence a de rigueurs extrêmes, Et viens prier presque à genoux Ceux qui sont près de te prier eux-mêmes”.
Je n'y puis satisfaire, et leur désir ardent
Est vaincu par l'effet d’un funeste accident. Bassompierre est captif, et, durant sa disgräce, J'aurois tort d'aspirer aux faveurs du Parnasse.
‘* Agréable imitation d'un passage du premier livre de l'£ncide : « Elle (Vénus) détourne la tête, et son con de roses brille du plans vif éclat, et ses cheveux , parfumés d'ambroisie, exhalent une divine odeur. » .
? Cette pièce , que j'abrége, n'est pas exempte d'un pen de recherche ; mais Malleville a traité son léger sujet avec esprit, et il faudrait être bien sévère pour ne pas sourire à un si agréable badinage, dans lequel la forme donne un air de variété à uue pensée qui est toujours la même.
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Aussitôt qu'il fut pris, mon cœur le fut d'ennui, Et ma langue liée à méme heure que lui.
Si parfois ta vertu sollicite ma plume,
La douleur attiédit le beau feu qui m'allume,
Et mon bras, partageant ses chaines et ses fers”, N'a plus de mouvement pour écrire des vers.
J'ai cent fois essayé de tracer ton image,
J'ai cent fois ébauché les traits de cet ouvrage ; Mais son destin m'arrète , et d'un contraire effet M'oblige de laisser ce dessein imparfait.
Tous ces dons que le ciel réservoit à ta gloire Sont comme ensevelis au fond de ma mémoire.
C'est là que je les garde, et qu'avecque regret J'enferme des trésors en un lieu si secret.
Je voudrois les montrer jusqu'aux bouts de la terre, Faire éclater ton nom autant que le tonnerre,
Et, marchant sur les pas de tant de beaux esprits, Couronner ta vertu d’un légitime prix :.
Enfin, grand Richelieu , si ta gloire te touclie, Ouvre-lui la prison : tu m'ouvriras la bouche; Rends-lui la liberté : tu me rendras la voix;
Mon silence et ses fers se rompront à la fois.
Ne souffre pas qu'un roi plus auguste qu'Auguste Par sa sévérité perde le nom de Juste,
Et que pour un seul acte il lui soit imputé
Qu'en tout ce qu'il a fait il ne l'a pas été.
Borne, si tu me crois, cette rigueur extrême ;
En faveur de ton prince , en faveur de toi-même, Un intérêt commun t'oblige à ce devoir ;
A ta seule conduite il remet son pouvoir,
Et , quoi qu’ait résolu ton jugement sublime ,
Il autorise tout d'un aveu légitime ‘.
Tu sais que Bassompierre , aussi vaillant qu'un dieu, A fait des actions dignes d’un autre lieu,
Et que ses qualités, qui n’ont point eu d'exemples, Au lieu d'une prison , mériteroient des temples * ; Tu sais qu’en le tirant de la captivité
A tous les gens d'honneur tu rends la liberté ‘ ;
Que chacun le désire, et que sa délivrance
« Contre l'intention du poëte et par son défaut d'attention , ce vers semble jouer avec la pensée.
3 Ce vers et le suivant ont quelque chose d'affecté qui ne convient pas au seutiment.
# Ce monosyllabe laisse tomber le vers.
4 On ne saurait conseiller et prier à la fois dans un plus noble langage. Voilà le véritable emploi de la divine poésie.
* Bassompierrc avait rendu de grands services à la guerre ct dans les négociations ; mais Malleville le traite mal à propos comme un dieu ; et l'on ne peut guère douter que le cardinal se serait écrié , en lisant ces vers : « Que me réserve-til donc, ce poëte, qui élève des statues à Bassompierre? » L'amitié, la raison et l'art auraient dû avertir Malleville du danger d'offenser un orguell aussi chatouilleux que celui du ministre-roi.
6 Le Misanthrope de Molière ne s'exprime pas avec plus de franchise.
Est un des biens publics que tu dois à la France. O gloire! qui flattez les desseins légitimes ,
Qui sauvez de l'oubli les actes magnanimes,
Et portez dans les mains la tige des lauriers
Dont vous récompensez la vertu des guerriers, Inspirez mon esprit, échauffez mon courage,
Si vous ne préférez entreprendre l'ouvrage.
Chantez ce qu'il a fait pour l'honneur de son roi, Pour le bien de la France et celui de la foi, Lorsqu'il grava son nom sur les sahles d'Olonne, Fit voler sur la mer l’image de Bellone,
S'y jeta le premier , et comme un dieu des eaux, Marchant par des sentiers inconnus aux vaisseaux, Fit passer une troupe à combattre animée,
Et pour mettre en déroute une infidèle armée, Ou la faire nager dedans son propre sang,
A tous les combattants il assigna le rang,
Et, marquant le lieu même où le roi devoit être, Parut , en cet emploi, le maître de son maître".
Le récit des exploits et des qualités de Bassompierre dépasse toutes les bornes, et fait languir une pièce qui aurait pu être constamment belle , si le poëte avait eu le soiu de supprimer une foule de détails, pour ne nous donner que les images d'élite du sujet. Je passe beaucoup de longueurs; mais je ne puis me refuser à citer les vers suivants :
Représentez au vif sa prison et ses fers,
Exposez clairement les torts qu'il a soufferts, Et, comme en un tableau fait d'une main hardie, Peignez de son destin l'ingrate perfidie ;
Je m'assure qu'Armand, si je ne suis déçu, Voyant ce qu'il mérite et ce qu'il a reçu,
Ravi de ses vertus et touché de ses peines, Prendra soin d'apaiser des douleurs inhumaines. Certes lorsqu'en ce lieu Bassompierre fut mis, La Discorde occupoit la place de Thémis,
: Et sans autorité dispensant la justice,
Ordonnoit à son gré la peine et le supplice *.
O puissant Richelieu ! notre unique espérance , Grand héros, dont le mien attend sa délivrance, Si bientôt tes faveurs le rendent à nos yeux,
‘ Ce vers, qui caractérise si bien Richelieu. est encore une de ces inconvenances que les conseils de l'art et la prudence de l'amitié devaient interdire à Malleville : il offense le juge, au lieu de le concilier à Bassompierre. Ce n'est pas ainsi que Cicéron s'y prenait pour désarmer la vengeance de César irrité contre Ligarius.
3 On pouvait souvent appliqner ces beaux vers à un asccz grand nombre de magistrats, serviles Instruments des vengeances du ministre.
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J'élèverai ta gloire aussi haut que les cieux ;
Je dirai que tu sors d'une souche royale,
Je dirai ta prudence à notre aide fatale,
Je dirai tes conseils, je dirai tes exploits,
Je dirai qu'un dieu même a révéré tes lois, Admiré ta vertu, respecté ta puissance ;
Qu'il a soumis ses flots à ton obéissance,
Fait chanter aux Tritons tes actes plus qu'humains", Qu'il a baisé cent fois l'ouvrage de tes mains,
Je dirai que ta voix, animant la vaillance,
A repris Pignerol, et l’a remis en France;
Que nos heureux succès sont des coups de ta main, Et que malgré l'excès d'une implacable faim , L'aigle, par qui le ciel s'est fait craindre à la terre, Que Jupiter commit au soin de son tonnerre,
Qui régnoit à son gré dans l'empire des airs,
Et qui ne paroiïssoit qu’au milieu des éclairs,
Se dévoue elle-même, et dans le cœur atteinte,
Ne sauroit plus causer ni de mal ui de crainte;
* Le poëte fait allnsion à la fameuse digue élevée par Richelieu pendant le siége de La Rochelle. 1! emprunte à la mythologie grecque des Images qui semblent transformer la pensée.
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Qu'elle a senti la foudre , elle qui la portoit,
Et qu'elle n'est plus rien de tout ce qu'elle étoit, N'élève plus si haut son vol ni ses pensées,
De mille traits ardents a les ailes percées,
Et ne peut plus souffrir l’éclat de sa grandeur, - Elle qui du soleil soutenoit la splendeur '.
‘ Ces vers ont toute la fierté de l'ode , et, malgré quelques inégalités , respirent la haute poésie. Mais, en rendant justice à l'auteur et en reconnaissant les mâles beautés qu'il a semées dans son ode , on doit avoner qu'on ne peut la lire sans se rappeler trop souvent l'arrêt du sévère Boileau :
Qui ne sait se horner ne sut jamais écrire.
Et, ce qni est pénible à penser ) Malleville , averti par sa conscience littéraire ou éclairé par un ami sévère et judicieux, aurait pu faire ici une composition irréprochable pour le fond et pour la forme.
Nous auruns à citer bientot l'élégie de La Fontaine à Louis XIV, sur la disgrâce de Fouquet. Ii est honorable pour les lettres de pouvoir montrer un exemple du même courage et de la même vertu, dans l'ami de Bassompicrre. La pièce de Malleville ne saurait passer pour un chef-d'œuvre, comme la pièce du seul poëte resté fidèle au surintendant qui avait répandu les bienfaits à pleines mains sur les lcttres et les arts ; mais elle renferme des beautés qui sont quelquefois du premier ordre.
Lea