‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 362 sur 914 · ODE DE CALLIOPE · texte numérisé non relu

ODE DE CALLIOPE

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UITTE promptement l'armée De l'invincible Condé ,

NZ Qui l'as toujours secondé ; & | Passe d'une aile légère NA WMA) De l'un à l’autre hémisphère, "| À Et sur la terre et les flots ‘ Dis de ce prince indomptable Que l'histoire ni la fable N'ont point de plus grands héros.

Dis qu'en sa dernière guerre, Sur les campagnes de Lens,

Il a fait mordre la terre

Aux Espagnols insolents.

Mais quoi ! de cette victoire Déjà le bruit et la gloire

Ont étonné l'univers,

Et pour ces grandes nouvelles, Tes paroles ni tes ailes

N'ont point attendu mes vers.

Des flots paresseux de l’Ourse Jusques au brûlant climat

Où le Nil cache sa source,

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L'on vante ce grand combat; L'on le vante où le Caucase Aux cieux présente pour base Mille effroyables rochers ;

Et sa gloire est parvenue Jusqu'à la terre inconnue Aux plus hasardeux nochers ‘.

Au récit de la vaillance D'un prince si redouté, Dans le sérail de Byzance, Le Turc est épouvanté ; L'âme de frayeur saisie, Aux derniers lieux de l’Asie Il songe:à se retirer ;

Et les troupes sanguinaires De ses fameux janissaires Ne le sauroient rassurer.

Le redoutable Sarmate, Averti de son effroi,

Pour le terrasser se flatte De voir mon prince son roi ;

1 Tout ce début a le mouvement iyrique. oc

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Il prépare à cette guerre Son arc et son cimelerre, Prévoyant que le destin, Lassé d'un tyran barbare, Au vaillant Bourbon prépare Le throsne de Constantin '.

Déjà par toute la plaine

L'on despouilloit les guérets, Déjà la grange étoit pleine Des richesses de Cérès, Quand, de courage animées , Les deux puissantes armées Des François et des Flamands Se joignirent, s'attaquèrent, Avec fureur se choquèrent, Sur les campagnes de Lens ?.

Sous le harnois le plus riche Que Vulcan ait inventé, L’orgueilleux prince d'Autriche Marche au combat souhaité; Contre lui Condé s'avance, Condé, de qui la vaillance

À mérité le nectar,

Et qui seul peut entreprendre Avec plus d’heur qu’Alexandre Et de vertu que César à.

I] monte un cheval superbe, Qui, furieux au combat,

À peine fait courber l'herbe Sous la trace de ses pas ; Son regard semble farouche, L'écume sort de sa bouche ;

* Ce trait rappelle les vers de Boileau :

Et d'un vers incivil Proposer au sulten de te céder le Ni.

La Fontaine : Quand je suis seul, je fais eu plus brave un dé: Je m'écarte, je vais detrôner le sophi.

Sarrasin fait ici comme La Fontaine quand il réve.

3 Vers prosaïques.

3? Alexandre et César étaient bien supérieurs au prince de Condé, qui hors de la guerre n'était plus que l'ombre de luimême ; mais ce prince a en sur le champ de bataille des coups de génie, et dans sa vie militaire, des exploits qui l'élevérent quelquefois au rang de ces grands capitaines. Voilà sa gloire, et elle suffit pour que son nom vive dans la mémoire.

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Prêt au moindre mouvement, Il frappe du pied la terre,

Et semble appeler la guerre Par un fier hennissement.

Jamais la guerrière France, Fertile en braves soldats,

N'a vu tant d'obéissance

Ni d'ardeur dans les combats; D'une discipline égale,

Aux campagnes de Pharsale, Suivant des partis divers, Alloient les troupes de Rome, Pour décider du grand homme Qui conduiroit l'univers”.

Comme dans le gras herbage

Où la Dive étend son cours, Deux taureaux pleins de courage Combattent pour leurs amours ; Le moindre, prenant la fuite, Se dérobe à la poursuite

De son superbe vainqueur,

Qui, dans la vaste prairie, Mugissant avec furie,

Le chasse, et glace son cœur ?.

Enivré de l'espérance

De vaines prospérités,

Il domptoit déjà la France, Et désoloit nos cités ;

Au bruit de cette tempête,

‘ Cette belle strophe . de l'aveu même de La Harpe, a été imitée et non égslée par Voltaire, dans les vers suivants :

Les moments lui sont chers : il parcourt tous les rangs Sur u:1 coursier fougueux plus léger que les vents,

Qui , fier de son fardeau, du pied frappant la terre, Appelle les dangers et respire la guerre.

? Ces derniers vers sont très-beaux par la pensée et par l'expression.

Lucain a dit, dans un autre sens, mais d'une manière sublime, à propos du grand duel de Pharsale, entre César et Pompée :

« Tonte la question est de savoir lequel des deux tombeaux sera baigné par le Nil ou par le Tibre; les chefs de cette guerre combattent seulement pour le choix du lieu de leurs funérailles. »

5 Imitation énergique d'une description du combat de deux taureaux, dans le liv. III des Géorgiques de Virgile.

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L'Espagne levant sa tête, Attendoit ses conquérants ;

Et ses troupes basanées Alloient des hauts Pyrénées Tomber comme des torrents".

Il voit les campagnes teintes Du sang des siens terrassés ; Il entend les tristes plaintes Des mourants et des blessés ; Partout ses soldats sans armes Se prosternent avec larmes Aux pieds des victorieux , Partout ils sont en déroute ; Le cruel frémit , et doute

S'il doit en croire ses yeux.

Il marche , ardent au carnage Comme un lion irrité ;

Sarrasin (Jean-François ), pote et littérateur , naquit, en 1605, à Hermanwille près Caen, d'un trésorier de France de cette ville. Au sortir de ses études , il vint à Paris, plut au secrétaire d'état Chavigny, qui lui donna des marques utiles de son amitié. Ce ministre lui accorda quatre mille livres pour se rendre à Rome auprès du pape Urbain VIII , qui se piquait de bel-esprit; mais Sarrasin dissipa cette somme avec une maltresse , et n’alla point en Italie. 11 fit un voyage en Allemagne , dans lequel il gagna les bonnes grâces de la princesse Sophie, fille du roi de Bohème et amie de Descartes. Ayant eu la sottise d'épouser une femme vieille , acariâtre et laide, il s'en sépara pour entrer, en qualité de secrétaire des commandements , chez le prince de Conti. Il mourut en décembre 1654, à Pézénas. On attribue sa mort au chagrin que lui causa la brutalité du prince , à propos d'uce plai-

‘ 11 s'agit ici du général espagnol Beck, dont Condé trompa la vigilance et déconcerta les desseins.

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Mais que lui sert tant de rage?

Il est lui-même dompté;

Et, tel qu'un autre Tiphée, Dont l'audace est étouffée

Par les monts siciliens,

Seul , au milieu de la plaine, Privé de force et d’haleine,

J1 tombe sous nos liens.

Ce guerrier hautain et brave Ne peut fléchir son grand cœur À suivre, comme un esclave, Le triomphe du vainqueur ;

Son sang , qui teint son armure, D'une profonde blessure

A grands flots sort de son flanc; Sa face devient affreuse,

Et son äâme furieuse

S'enfuit avecque son sang ?.

santerie et d’uneirrévérence dont il aurait dù rire. Moins célèbre que Voiture , Sarrasin mérite peut-être de lui être: préféré. Aussi ingénieux que lui, il est beaucoup plus naturel. Sa réputation serait sans doute plus grande si, moins ami du plaisir, il avait donné plus de temps au travail, ou du moins s'il avait assez vécu pour perfectionner son talent. Boileau disait : « Il y a dans Sarrasin la matière d'un très-bon esprit; mais la forme n’y est pas. »

Les principaux ouvrages de Sarrasin sont : l'Histoire du Siége de Dunkerque ; la Conspiration de Valstein : la Vie d'Atticus, traduite de Cornélius Népos ; la Pompe funèbre de Voiture; des pièces fugitives , semées de traits fort heureux. Le sonnet sur Adam et Eve est resté dans la mémoire des amateurs.

‘ L'exagération de l'image qui les précède fait sentir la falblesse des trois derniers vers.

: C'est la traduction du vers de Virgile :

Vitaque cum gemliu fugit indignata per auras.

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