‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 364 sur 914 · ARE LL OU · texte numérisé non relu

ARE LL OU

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Il est tout bordé d'aliziers, D'aulnes, de saules et d'osiers,

A qui le fer n’est point nuisible; Les nymphes y cherchent le frais, S'y viennent fournir de quenouilles , De pipeaux, de joncs et de glais; Où l’on voit sauter les grenouilles, Qui de frayeur s'y vont cacher, Sitôt qu'on veut s'en approcher.

Des milliers d'oiseaux aquatiques Vivent sans craindre en leur repos Le giboyeur fin et dispos,

Avec ses mortelles pratiques :

L'un, tout joyeux d'un si beau jour, S'amuse à becqueter sa plume, L'autre éprouve le feu d'amour,

Qui dans l’eau même le consume , Et prennent tous innocemment Leur plaisir en cet élément.

Que j'aime à voir la décadence

De ces vieux châteaux ruinés,

Contre qui les ans mutinés

Ont déployé leur violence !

Les sorciers y font leur sabbat,

Les démons follets s'y retirent,

Qui d’un malicieux ébat

Trompent nos sens et nous martyrent ; Là se nichent en mille trous

Les couleuvres et les hiboux.

L'orfraie, avec ses cris funèbres, Mortels augures des destins,

Fait rire et danser les lutins

Dans ces lieux remplis de ténèbres; Sur le tronc d’un arbre maudit S'agite l'esquelette horrible *

D'un pauvre amant qui se pendit Pour une bergère insensible,

Qui d'un seul regard de pitié

Ne daigna voir son amitié”.

Aussi le Ciel, juge équitable,

Qui maintient les lois en vigueur, Prononca contre sa rigueur

Une sentence épouvantable.

Autour de ces vieux ossements, Son ombre, aux peines condamnée, Lamente en longs gémissements

Sa malheureuse destinée ,

Ayant, pour grandir son effroi, Toujours son crime devant soi’.

Tantôt, sortant de ces ruines, Je monte au haut de ce rocher, Dont le sommet semble chercher En quel lieu se font les bruines ; Puis je descends tout à loisir Sous une falaise escarpée,

D'où je rezarde avec plaisir L'onde qui l'a presque sapée Jusqu'au siége de Palémon, Fait d'épouges et de limon”*.

Que c'est une chose agréable D'être sur le bord de la mer, Quand elle vient à se calmer, Après quelque orage effroyable,

Je boirai hlen longtemps à sa source glacée Ayant d’avoir ételnt mon ardeur insensée.

A ta porte en pleurant j’exhale mes adieux;

Je meurs; mais ton destin se révèle à mes yeux. La rose est fraiche et belle au lever de l’aurore, Jaloux de son éclat le soir la décoiore;

Ainsi passent les fleurs prémices du printemps, Et le lys orgueilleux ne vit que deux Instants; Alnsi doit se flétrir ta beauté virginaie.

La Fontaine n'a point traduit ce discours, qne le poëte grec continue avec un accent plein de passion, mais il a su être tou-

chant d'une autre manière :

J'espérals, cria-t-il, expirer à vos yeux; Mais Je vous suis trop odieux, | Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste Vous me refuslez même un plaisir si fuueste.

Mon père, après ma mort , et je l’en ai chargé, Dolt mettre à vos pieds l'héritage Que votre cœur a négligé.

Je veux que l’on y joigne aussi le pâturage, Tous mes troupeaux avec mon chien ; Et que du resle de mon bien Mes compagnons fondent un temple

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Où votre image se contemple, Renouvelant de fleurs l’autei à tout moment.

J'eural près de ce temple un simple monument; On gravera sur lo bordure:

« Daphnis mourut d'amour. l'assant , arrête-lol; » Pleure et dis : Celul-ci succomba sous la lol » De ia cruelle Aicimadure. »

4 On dit maintenant le squelette. Cette image est affreuse.

2 Allusion à une pièce de Théocrite, dont La Fontaine a donné une imitation qui a pour titre l’Amant malheureux, daus la fable de Daphnis et Alcimadure.

Volci quelques traits de cette pièce, que j'ai essayé de traduire :

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Ces circonstances ne sont pas dans le poëte grec; La Fon- Reçois le nœud fatal qui va m'ôter le jour, taine les a trouvées avec beaucoup de bonheur. Comme un dernier présent d'un malheureux amour. A tout ce que j'aimais je ne veux plus déplalre, ‘ Ces deux vers sont très-beaux dans leur énergique simpli- Et je cours à l’exll marqué par ta co'ère, cité. A ce ficuve d'oubli dont les tranquilles eaux

Eudyrment de l'emour les plaisirs et les maux;

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4 Vers ridicule. ,

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