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Et que les chevelus Tritons,
Sur le dos des vagues secouées, Frappent les airs d'étranges tons, Avec leurs trompes enrouées, Dont l'éclat rend respectueux
Les vents les plus impétueux.
Tantôt l'onde, brouillant l'arène, Murmure et frémit de courroux,
Se roulant dessus les cailloux,
Qu'elle apporte et qu'elle rentraîne ; Tantôt elle remplit ses bords,
Que l'ire de Neptune outrage, D'hommes noyés, de monstres morts, De vaisseaux brisés du naufrage,
De diamants, et d’ambre gris,
De mille autres choses de prix”.
Tantôt la plus claire du monde Me semble un miroir flottant,
Et nous représente à l'instant Encore d’autres cieux sous l'onde; Le soleil s'y fait si bien voir,
Saint Amand (Marc-Antoine Gérard, sieur de), naquit à Rouen, en 1594. Son père, officier de marine distingué, demeura vingt - deux ans au service de la reine Elisabeth. Ses deux frères, qui avaient embrassé la carrière militaire, périrent en combattant contre les Tures , sous les ordres du grand Gustave, roi de Suède. Son éducation fut négligée ; mais il apprit de bonne heure les langues modernes. Ses conversations avec la plupart des célébrités de l'époque et ses voyages en Europe, en Afrique, en Amérique, lui donnèrent des connaissances variées, dont il sut profiter. Il suivit le comte d’Harcourt , de la maison de Lorraine, dans ses expéditions devant La Rochelle, en Savoie, en Sardaigne, sur la Méditerranée , etc., etc. C’est dans la maison de ce seigneur qu'il lia avec Faret cette étroite amitié qui fournit à Boileau l’occasion de les accabler tous deux de ses épigrammes.
Saint-Amand eut l’honneur d'être un des premiers membres de l’Académie française. Au lieu de prononcer un discours de réception, selon l'usage, il obtint, au dire de Pélisson, de rédiger la partie comique du Dictionpaire , et de recueillir les mots burlesques et grotesques. Comme il ne pensait guère à la fortune, le bon abbé de Marolles lui fit donner , en 1649, une pension de trois mille livres et la place de gentilhomme ordinaire de la chambre, auprès de Marie - Louise de Gonzague, reine de Pologne. En se rendant à Varsovie , il tomba entre les mains de la garnison de Saint-Omer, et resta quelque
‘* Le poëte et le lecteur auraient bien pu se passer de ces tritons.
2 li est difficile de finir la strophe d'une mauière plus malheureuse.
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Y contemplant son beau visage, Qu'on est quelquefois à savoir
Si c’est lui-même ou son image,
Et d’abord il semble à nos yeux
Qu'il s'est laissé tomber des cieux.
Tu vois dans cette poésie,
Pleine de licence et d'ardeur, Les beaux rayons de la splendeur Qui m'’éclaire la fantaisie,
Tantôt chagrin, tantôt joyeux, Selon que la fureur m'enflamme, Et que l'objet s'offre à mes yeux, Les propos me naissent en l'âme, Sans contraindre la liberté
Du démon qui m'a transporté.
O que j'aime la solitude !
C'est l'élément des bons esprits, C'est par elle que j'ai compris L'art d'Apollon sans nulle étude.
temps prisonnier. Il parle lui-même de cette circonstance dans la dédicace du Moïse sauvé, qu'il refit, à son retour de Pologne, sous le titre d’Idylle héroïque. Ce poëme fut accueilli, à son apparition, avec la plus grande faveur. L'auteur avait rapporté de Pologne quelque argent et de iches espérances ; mais les affaires de ce royaume changèrent de face, et sa pension ne fut plus payée. Renonçant désormais aux plaisirs, il tint une conduite sage et réglée et vint se loger dans un modeste hôtel de la rue de Seine. Il comptait, pour payer ses dettes, sur un poëme à la louange de Louis XIV , intitulé la Lune parlante; mais ni le public ni le monarque n’accueillirent l'ouvrage. Cette disgräce et la perte d'un hôte généreux plongèrent l'auteur dans une mélancolie qui le conduisit au tombeau, sur la fin de 1660.
Boileau , chez lequel la verve satirique parait quelquefois éteindre toute sensibilité , a raillé le poëte de sa pauvreté avec une gaieté cruelle :
Selnt-Amand n'eut du ciel que sa veine en parlage; L'habli qu'il eut sur lui fut son seul héritage;
Un lit et deux placets composalent tout son bien,
Ou, pour en mieux parler, Ssint-Amaund n'avait rien. Mals quoi! les de trainer une vie importune,
11 engagesa ce rien pour chercher la fortune;
Et tout chargé de vers qu’il devait mettre au jour, Conduit d'un vaio espoir, il parut à le cour , etc.
‘* En récompense , cette strophe , qui semble sortie de l'imagination d'Ovide, est de la véritable poésie, c'est-à-dire de la peinture.
Cette ode est pleine de poésie , d'élégance et de variété, et, sans quelques strophes qui la déparent , elle serait au nombre des plus agréables créations de notre langue.
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Boileau ne devait pas oublier que Saint-Amand ne pouvait avoir connu la misère, quoiqu'il ne fût pas riche. Boileau savait encore que les œuvres de Saint -Amand étaient imprimées depuis trente-quatre ans, et que leur auteur, admis chez les grands, avait été reçu dans plusieurs cours de l'Europe , honoré de plusieurs souverains, et surtout de la fameuse Christine de Suède, qui le reconnut avec plaisir à l'Académie, lors du voyage qu'elle fit à Paris. Quant au mérite littéraire du poëête , Boileau l'a jugé avec un goùt sûr. On se rappelle cette critique du
Moise, dans laquelle il dit :
N'imitez pas ce fon qui, décrirenties mers,
Et pelgnant au milieu de leurs flots entr'ouverts L'Hébreu sauvé du joug de ses injustes maitres, Met, pour le voir passer les poissons aux fenêtres.
Appréciant les autres ouvrages de Saint-Amand, Boileau dit, dans la sixième réflexion sur Longin : « Ce poëte »* avait assez de génie pour les ouvrages de débauche et » de satire outrée ; il a même quelquefois des boutades «“ assez heureuses dans le sérieux ; mais il gâte tout par » les basses circonstances qu'il y mêle. » C'est ce qu'on peut voir dans son ode intitulée La Solitude, qui est son meilleur ouvrage, où, parmi un grand nombre d'images agréables , il vient présenter mal à propos aux yeux les choses du monde les plus affreuses , des crapauds, des limaçons qui bavent, le squelette d'un pendu, etc.
On attribne également à Boileau ce mot sur Saint- Amand : « Il n'a pris de Régnier que le mauvais. »
XI est certain que le poëte ne trouvait de verve et d’heureuse inspiration que dans les sujets libres, et encore s’y laissait-il toujours emporter au-delà de toute convenance par cette allure déréglée que la débauche imprime toujours à l'esprit. Sa muse s'était si souvent livrée aux pensées cyniques , qu’elle n'abordait qu'avec la plus grande difficulté les sujets sérieux : aussi, dans les pièces auxquelles il s’est efforcé de donner le ton lyrique, il faut chercher longtemps pour trouver une strophe qui ne soit pas déshonorée par quelque trait licencieux. Il ne parvenait à éviter ce défaut que pour se jeter dans un autre, qui n’est pas moins dangereux : c'est l'abus monstrueux des figures, des images, souvent incohérentes, et des comparaisons outrées.
Voici toutefois quelques vers où l'expression est raisonnable comme la pensée. L'auteur se plaint au duc de Retz de ce que son poëme de la Solitude, sa meilleure
pièce et que nous citons, ait été défigurée par l'imprimeur :
Hélasi quand je vous vois, mes vers, mes chers enfants, Vous que l’on a trouvès si beaux, si triomphants, Errer parmi le monde eu plus triste équipage
Qu'un prince malaisé qui marcheralt sans page: Quand je vois vos pieds nuds, vos membres mutilés, Vos attralts sans égaux flétris et désolés
Par l’avare désir d'un infâme libraire
Qui me dit de chanter quand j'aurais dû me taire; J'avoue en la douleur de ma tendre amitié,
Que j'ai de votre état une extrême plié,
Ou plutôt qu'en tel point j'ai pelne à reconnaitre, Vous voyant si changés, que je vous ai fait naître.
O grand, Ô rare duc! qui, prenant leur paril, M'’avez de leur désastre aussitôt averti, Viles-vous sans regret l'honneur de mon étude, Mon noble coup d'essai, ma chère Solitude, Ainsi détigurée en ses tralts les plus beaux, Étaler en tous lieux ses informes lambeaux ?
Elle que l'univers a vue avec exiase
N’aller jamais qu’en pompe à cheval sur Pégase!
Les poésies de Saint-Amand , plusieurs fois imprimées par fragments, se composent d'un assez grand nombre de pièces dans tous les genres : les meilleures sont la Solitude, l'Été de Rome, l'Ode au duc de Montmorenci, qui contient l'Histoire d’Arion, le Contemplateur, le Soleil levant et le Melon.
On a encore de lui : Stances sur la grossesse de la reine de Pologne: Stances à Corneille, sur son Imitation de Jésus-Christ; Rome ridicule, satire qui a été traduite en italien.
Dans les œuvres de Saint- Amand on trouve un placet qu'il adressa au chancelier Séguier, pour obtenir le privilége d'établir une verrerie. Maynard fit, à ce sujet, l'épigramme suivante : ;
Votre noblesse est mince; Car ce n’est pas d’un prince, Dephaois, que vous sortes :
Gentiibomme de verre,
Si vous tombez à terre, Adieu les qualités.
Ce poëte excellait à lire ses vers; ce qui fit dire à Gombaud :
Tes vers sont beaux quand tu les dis; Mais ce n’est rien quand je les Îls.
Tu ne peux pas toujours en dire :
Fais-en done que je puisse lire.
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