‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 418 sur 914 · LES TOMBEAUX DES ROIS D ÉGYPTE · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX DES ROIS D ÉGYPTE

Sous les pieds de ces monts Laillés et suspendus , Il s'étend des pays ténébreux et perdus,

Des déserts spacieux, des solitudes sombres, Faites pour le séjour des morts et de leurs ombres. Là sont les corps des rois et les corps des sultans, Diversement rangés selon l'ordre et le temps.

Les uns sont enchässés dans de creuses images,

A qui l'art a donné leur taille et leur visage ; Etdansces vainsportraits,quisontleurs monuments, Leur orgueil se conserve avec leurs ossements ; Les autres, embaumés , sont posés sur des niches, Où leurs ombres, encore éclatantes et riches, Semblent perpétuer, malgré les lois du sort,

La pompe de leur vie en celle de leur mort,

De ce muet sénat, de cette cour terrible,

Le silence épouvante et la face est horrible :

Là sont les devanciers avec leurs descendants ; Tous les règnes y sont : on y voit tous les temps; Et cette antiquité , ces siècles dont l'histoire

N'a pu sauver qu’à peine une obscure mémoire,

* Peut-on ne pas sentir le prix d® cette riante description, dont quelques vers sont de la plus rare élégance , témoin les six derniers qui rappellent la man'ère de Delille, quaad il se montre à la fois brillant et pur?

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Réunis par la mort en cette sombre nuit, Y sont sans mouvement, sans lumière et sans bruit."

Après avoir retracé le combat de deux guerriers acharués

l'un contre l'aatre , le poëte ajoute :

D: même on voit souvent, dans un gras péturage, Deux taureaux animés d'amour et de courage, La fierté dans les veux, la jalousie au cœur, Jouter de force égale et d'égale fureur :

Le sang de leurs fanons et de leurs têtes coule; Leur pied large et fourchu sur la terre le foule. Pour les mettre d'accord le dogue jappe en vain; En vain le berger crie et frappe de la main;

La génisse, à regret cause de leur querelle, Soupire de les voir se déchirer pour elle ;

Et d'une triste voix répondant à leurs cris, Semble les convier à calmer leurs esprits.

1 « Sile père Le Moine avait un certain nombre de pareils morceaux, il y aurait de quoi excuser toutes ses fautes; ii mériterait d'être lu, et il le serait. Mais j'ose assurer qu'on n'en trouverait pas un second écrit et conçu de cette manière. Ce qu'il peut avoir de bon, d'ailleurs, consiste en quelques traits, quelques expressions, quelques vers épars çà et là, le tout noyé dans le galimatias. » LA HARPE.

* Cette comparaison est imitée d'un passage du troisième livre des Géoryiques de Virgile, très-heureusement traduit par Delille :

Souvent mème, troublant l'empire des troupeaux, Une letène au combat entraine deux rivaux; Tranquille elle s'égare en un gras pâturage :

Ses superbes amants s'élancent pleins de rage." Tous deux, les yeux balssés et les regards hrûlanis, Entre-choquent leurs fronts, se décüirent les flancs; De leur sang qui jaillit ies ruisseaux les inondent;

À leurs Mugissements les vastes cieux rénrondent. Entre eux point de traité. Dans de lointains déserts Le vaincu désolé va cacher ses revers,

Va pleurer d’un rival la victoire insolente,

La perte de sa gloire, et surtout d'une omante;

Et , vers ces bords chérls tournant encor les yeux, Abandonve l'empire où régnuleut ses aïeux.

La Fontaine se rappelait les vers de Vir:ile en composant la charmante et poétique fable des Deux Cogs, où se trouvent ces vers que tout le monde sait par cœur :

Le vaincu disparut:

31 aila se cacher au fond de sa retraite, Pleurs sa gloire et ses amours; Ses amours qu’uu rival, tout fler de sa défaite, rossédait à ses yeux. 11 voyalt tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage :

1! aiguiselt son bec, battait l'air de ses flancs, Et s'exerçant contre les vents, S'armalt d’une jalouse rage.

Le texte de Virgile est d'une rare perfection ; mais La Fontaine , sans étre moins poête , est plus vif dans le tour, plus

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