APPRÊTS DU COMBAT D'ALARIC ET DE CLOVIS
 Lors de toutes parts Alaric enfermé,
D'une terreur nouvelle a le cœur alarmé;
11 pense que l'enfer , et le ciel et la terre Assemblent leur pouvoir pour lui faire la guerre. Son désespoir l’excite à ses derniers efforts.
Tel on voit un lion, grand de cœur et de corps, Que nourrit en ses monts la chaude Numidie , Alors qu'environné d'une troupe hardie ,
11 darde , en son courroux, la flamme par les yeux; Poursuivi par les chiens, les chasseurs, les épieux, Il s'arrête en dressant sa crinière effroyable, Deux fois bat de sa queue et ses flancs et le sable ; Excitant au danger son courage bouillant,
Ïl marche à l'ennemi, et devient l'assaillant ?.
4 L'auteur vent parler du mariage de la mer Adriatique et du doge de Venise, cérémonie qui s'est cunservée jusqu'à nos jours, mais qui n'avait de sens que lorsque cette fière république tenait l'empire de la mer.
3 C'est une chose remarquable que, mème dans les poêtes les plus incorrects , la pensée, quand cile est belle, se revêt naturell-ment d'une expression digne d'elle : le fond alors entraine la forme.
s L'auteur est souvent heureux dans ses comparaisons; tantôt il leur imprime beaucoup de force et d'élévation , tantôt il leur donne une rare élégauce, comme dans les vers que je vais citer :
Aînsi le faon craintif d'une biche lancée, :
Par le sombre Apeunin fult, l'orelilo dressée, Croit voir à chaque pas ou les chiens ou les loups, Et sent trembler son cœur alusi que ses fEnOux, Sile 2épbyr émeut uue feullle abatlue,
H peuse qu'uu veueur le poursuit et letuc,
Blen que par ses détours, sa mère au pled léger, Emporte loin de lui la chasse et le danger.
Ces vers sont imités d’une ode d'Horace, traduite par Le Brun
(Piadare \. L £ us
Tu fuls, bergire timide!
Tu fuis ,bélas! plus rapide
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Ainsi le vaillant roi, que la mort environne,
Ne s'abandonne pas, quoique tout l'abandonne. Contre le triste sort qui le pousse au trépas
Il invoque le Ciel, qui ne l'écoute pas.
Des Goths les plus hardis il rassemble le reste, Pour rendre à son vainqueur la victoire funeste. Clovis le voit enfin de ses chefs séparé,
Reconnoît sa couronne à son fleuron doré.
« Alaric, lui dit-il, viens combler ma victoire ;
Tu ne peux espérer qu'une dernière gloire,
Dont tu pourras là-bas faire encore le vain".
Tu n'attends que l'honneur de mourir de ma main”. De loin, par un défi ton orgueil me menace,
Puis tu fuis dans les monts, démentant ton audace. Clotilde est en mes mains, et la victoire encor; Mais , bien que possesseur de ce double trésor,
Je remets au hasard l'un et l'autre avantage;
Et notre valenr seule en fera le partase.
Vois mème quel honneur, que pour tes spectateurs, Tu n'auras presqu'ici que tes propres vainqueurs * ; Et dans ton désespoir, je te rends l'espérance
De pouvoir en moi seul vaincre toute la France.
— Clovis, répond le Goth, tu flattes mon malheur,
Qu'un f8on dans l'anibre égaré, Qui cherche, au bols solitaire, Les pas crrans de sa mère Dont la nuit l'a sépu.é. ‘
Que Pair agite un feuillage, Qu'un rammler, sur son passage, Ébranle un peu les buissons ; Plein d'une frayeur mortelle,
1 bondit, tremble, chauncelle, Et se perd dans les vallons.
‘ C'est Là un détestable vers.
* Ce trait rappelle un passage du dixième livre de l'Enéide.
A l'aspect de Lausus expirant, de ce front qui se couvre d'une effragante päleur, le héros, ému d'une pitié profonde, gémit ammèrement, et tend la main à Lausus. Cette touchante image de l'amour filial déchire son cœur paternel : « Jeune iafortuné, dit-il, que peut maintenant la picté d'Énée pour récompenser tant de vertu, pour honorer un si noble caractère ? Les armes qui faisaient ta joie , empurie-les daus la tombe. Que ta cendre, si cette faveur l'est chère. soit réunie à la cendre de tes pères : j'y consens. Accepte du moins, daus ton malheur , une consolation de ta funeste mort . tu tombes sous le bras du grand Enée. » Une fausse délicatesse des critiques a prétendu tronver quelque jactance dans les dernières paroles d'Énée ; mais les anciens, plus vrais que les modernes, dont la modestie apparente cache souvent beaucoup d'orguell , ne craignent pas de lisser éclater le sentiment qu'ils ont de leur propre grandeur. Ajax, Hector, Achilie. se rendent justice à eux-mêmes, comme its l1 rendent à leurs rivaux. Homère ct Virgile ont agrésé le fils d'Anchisc à la famille de ces grands homme:ï. Le trait : Eneæ magni dextra radis, est la plus magnifique des consolitions pour le jeune héros qui espere aiusi l'immortalité. Du reste, l'art délicat qui nous à préparés à sentir que les dernières paroles d'Énée à Lausus sortent d'au cœur généreux ct touché d'uue pitié profonde, ne peut échapper à personne.
$ On ne saisit pas bicn la pensée du poëte.
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