VIT
En faisant de Clotilde un prix de la valeur.
La gloire du vainqueur ne seroit point parfaite
S'il voyoit son rival survivre à sa défaite.
Il faut par le combat la perdre ou l'acquérir;
J1 faut vaincre et l'avoir , ou la perdre et mourir '. »
Le combat des deux rivaux, trop évidemmrnt copié du combat d’Argant et de Tancrèdo, dans la Jérusalem delivrée, ne manque pas d'éaergie : mais il est rempli de détails techniques et de mots propres, que l'auteur n'a pas su exprimer avec élé- &ance ou enchässer adroitement dans son style. Cependant on y trouve parfois une assz belle comparaison et des pensées dignes de Corneille, exprimées en beaux vers. Le cheval d'Alaric , blessé par la hache, tombe et entraîne le roi des Goths, qui, comme le Mézence de Virgile, dans une pareille situation, fait de grands efforts pour se dégager ; mais, plns généreux que le prince troyen, Clovis donne à son rivalle temps de se relever.
Clovis se jette à terre : « Alaric, lève-toi;
C'est debout, lui dit-il, que doit mourir un roi”; Et Clovis ne veut pas avoir si peu de uloire, Qu'à la mort d'un coursier il doive la victoire ?. »
Le combat continue avec des chances diverses, comme dans celui d'Argant et de Tancrède. Eufian le roi des Francs a renversé son redoutable adversaire, qui fait de nouveaux et inutiles efforts pour se délivrer du vainqueur. Clovis le tient en quelque sorte attaché à la terre , en le pressant de tout son poids.
Mais, d'un cœur généreux, Clovis soudain se lève, Et veut que le combat plus noblement s'achève. Chacun d'eux se ranime et d'espoir et de cœur,
Se lève, et d'un seul coup prétend être vainqueur. Au ciel, en ce moment, Clovis lève la tête,
Et fait au Fils de Dieu cette juste requête :
4 Ces deux vers, assez énergiques. disent la même chose ; ensuite on croirait qu'il s'agit de la défaite, tandis que le poëte veut parler de Clotilde.
? Ce vers rappelle la fin de Vespasien. Attaqué d'une maladie mortelle, et cunservant jusqu'au bout sa sérénité d'âme, il tournait en plaisanterie et les présages dont, par un zèle maladroit , ses serviteurs cherchaient à l'effrayer, et l'apothéose qui allait ini être décernée : « Je m'aperçois que je commence à devenir dieu, disait-il gaiement , à mesure que sa situation devenait désespérée. Malgré son extrême langueur. il n'interrompit pas un instant ses occupations accouturmmées ; il vagnait aux affaires, et donnait audience daus son lit. Enfin, se sentant dé:faïlir, il fit un dernier effort pour se lever, disant qu'il fallait qu'un empereur mourût debout. Puis, s'étant fait habiller, il expira entre les bras de ses officiers , le 24 juia , l'an de Roine 850 (79 de J.-C. ), après ua règne de dix ans.
+ Ce trait est la censure de la scène où le héros troyen égorge Mézeuce, abattu par son cheval ct désarmé. La faute est grave, et Virgile lui-même semble avoir pris plaisir à la rendre plus sensib'e, en exposant le religieux Énéc aux reproches du cruel Mézcnce sur une si lâche victoire.
IR RS EMI EIRE
nn 0000 ere ss e RSS.
« Seigneur , guide ce fer sur l'impie Arien,
Pour l'honneur de ton nom, plutôt que pour le mien. » Aussitôt d'un éclair la terre s’illumine ;
Clovis se sent rempli d'une force divine;
Sur la tête du Goth, son terrible rival,
Jl enfonce le glaive avec le coup fatal;
Desmarets de Saint-Sorlin, un des premiers membres de l’Académie française, naquit à Paris en 1595. Son esprit et les heureux essais de sa muse naissante en firent de bonne heure un des coryphées de l'hôtel de Rambouillet. Le cardinal de Richelieu ,; son protecteur, lui conseilla de suivre la carrière du théâtre ; et c'est pour complaire à ce ministre, que le jeune poëte fit Aspasie, sa premiere tragédie. Encouragé par le succès, quoique peu mérité, de cette pièce, Desmarets en composa d'autres presque toutes médiocres, parmi lesquelles, toutefois, la critique a distingué Mirame et les FVisionnaires, que Pélisson nomme une œuvre inimitable. La première représentation de Mirame inaugura l'ouverture du théätre que Richelieu venait de faire bâtir dans son palais. Quatre ans après, parut le Menteur, bien supérieur aux Visionnaires, par le plan, l'originalité soutenue des caractères , et surtout par le style.
A cette époque, l'on vit Desmarets changer tout à coup de conduite , et passer d’une vie déréglée à une dévotion excessive. Pour expier ses désordres passés , il conçut le projet d'une réforme morale appliquée aux femmes. Dans ce but , il composa pour leur usage un Office de la Vierge et des Prières dans le genre ascétique. Plein de haine pour les jansénistes qu'il attaquait sans cesse , il ne craignit pas d'adresser à Louis XIV un pampblet intitulé : Aris du Saint-Esprit, dans lequel il proposait à ce prince de lever une armée contre l’hérésie, et de prendre le commandement de cette armée, à la tète de laquelle marcheraïit la légion du Saint-Esprit.
Plus tard , il dénonça au parlement un pauvre insensé da nom de Simon Morin, qui se prétendait prophète. C'est sous l'influence de ce fanatisme à la fois odieux et ridicale que Desmarets composa son poëme de Clotis, mort presque en naissant sous les épigrammes de Boileau. Toutefois, ici, comme dans beaucoup d'autres occasions , J'aristarque français passa les bornes de la justice , en méconnaissant ou en oubliant de faire remarquer les belles choses qui étincellent dans le Clovis. A la vérité, Desmarets s'attira peut-être encore plus par son inconcevable amour-propre que par ses méchants vers, la colère de Boileau. Et comment , en effet, supporter de sang-froid un homme qui, se mettant sans façon au-dessus des anciens, prétend les avoir surpassés, tout
Il redouble, et l’abat sur la sanglante arène :
« Va, dit-il, aux enfers, âme infidèle et vaine! » Le Gotli est étendu près du roi sou vainqueur : Mème après le trépas , il garde la fureur,
Et l'on remarque encor sur son visage blème Son invincible orgueil, qui survit à lui-même ‘.
ainsi que le grand Tamerlan a triomphé de Bajazet? Comment Desmarets, parlant ensuite d'Homère et de Virgile , ose-t-il déclarer qu'il les a traités en vaincus et foulés aux pieds ? On peut trouver, toutefois, une excuse pour Desmarets. Il résulte, selon nous , de ces extravagances sans nombre , que cet écrivain était en proie à quelque fächeuse hallucination , fruit de l'ascétisme, qui devait dégénérer en véritable folie. L'exemple de Pascal n'est-il pas une preuve à jamais déplorable du désordre moral et intellectucl dans lequel l’exaltation religieuse peut jeter même les plus grands esprits ?
Desmarets mourut le 28 octobre 1676, à l'âge de quatre-vingts ans , peu de temps après avoir publié son dernier ouvrage, intitulé : Défense de la poésie française, dans lequel il continue ses attaques contre les anciens, et se déclare l'adversaire violent et souvent grossier de Baileau.
La meilleure édition de Cloris a paru en 1673 , in-8°. Dans cette édition, l'ouvrage , presque entièrement refondu , est réduit à vingt chants au lieu de vingt-six qu'il contenait à sa premiè re publication.
+ Le Tasse dit dans sa Jérusalem :
L'affroux Argant expire ainsi qu'il a vécu :
Superbe, audacteux, sans puraltre vaincu.
Sur tous ses traits s'éleud une pâleur horrible, Mais 1 menace encor, mais d'un regard terrible, Ji semble délier son rival glorieux,
Et ses deruiers acceuts ont menacé les cieux.
Eu terminant ces notes, il faut placer ici une remarque : le combat d'Alaric et de Clovis est un combat de chevaliers aux douzième et treizième siècles , et par conséquent il manque de vérité. Dans Homère et dans Virgile, au contraire, les défis, les modes de combat , les armes, sont conformes aux mœurs et aux usages du temps. Fidèle aux exemples de l’école antique, M. de Chateaubriand , dans le sixième livre de ses Martyrs, a peint avec les souveuirs historiques et la couleur locale un duel à mort entre le dernier descendant de Vercingétorix et Mérovée. Voici la fin du tableau : « Ainsi forcé de se découvrir, l'infortuné Gaulois montre la tête ; la hache de Mérovée part, siffle, vole , et s'enfonce dans le front du Gaulois, comme 11 cognée d'un bûcheron dans la cime d'un pin; la tête du guerrier se partage ; sa cervelle se répand des deux côtés ; ses yeux roulent à terre; son corps reste encore un moment debout, étendant des mains coavulsives, objet d'épouvante et de pitié. »
DC O0 0e OC
RATER EL SANTA SAS ANRT RNTI SLT