‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 429 sur 914 · FRAGMENTS DU POËME ÉPIQUE DE CHARLES MARTEL · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DU POËME ÉPIQUE DE CHARLES MARTEL

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NE soudaine flamme éclaire ma raison ; Mon esprit élevé dédaigne sa prison, Et, loin des sons mortels, écoute l'harmonie Que forme dans les cieux la céleste Uranie.

x Là, sur un trône d'or, au milieu des plaisirs, L'auguste intelligence allume ses désirs, Contemplant d'un œil pur la face bienheureuse

De l'Étre souverain dont elle est amoureuse,

Et réglant les accords de ses saintes chansons

Sur l'exemple éternel des divines leçons.

Sacré germe du Père, ineffable parole,

Devant toi ce qui rampe, et qui nage, et qui vole, Les animaux des bois , ceux qui sont parmi nous, Et la terre et le ciel fléchissent les genoux.

Le chaos seul régnoit : tu dis, et toutes choses Dans le sein du néant se trouvèrent écloses.

J'invoque ton grand nom, reine des vérités!

Répands sur mon discours tes divines beautés, Fais couler dans mes vers de ces douces merveilles Qui peuvent attirer les savantes oreilles.

Mon héros le mérite, et ses rares exploits,

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Plein de ce beau loisir que sa valeur nous donne, À l'abri des lauriers qui ceignent sa couronne

Et des myrtes fleuris que ses feux ont plantés, Je tiendrai de ma voix les peuples enchantés, Qui de son noble aïeul admireront l'histoire ; Childebrand va briller dans l'illustre mémoire, Et dire à l'univers, par ses faits inouis,

* On ne saurait nier que l'auteur de ces vers ne püût devenir un poëte , en s'imposant la loi du travail, et en cherchant À épurer son goût par le commerce des modè:es; mais il méprisait Nicolas Boileau ; et, comme disait Voltaire, quiconque n'estime pas Nicolas ne fera jamais rien eu poésie. Sans donte Boileau avait ses défauts ; mais ne pas seutir ses qualités, ne pas reconnaitre le profit qu'on peut retirer de l’étude des onvrages de ce grand écrivain, est une marque de faux jugement.

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Que son sang a coulé dans le cœur de Louis".

Vous qui d’un triste sort longtemps persécutées, Loin du monde et du jour vous teniez écartées, Revenez, doctes sœurs; n'oyez-vous pas la voix

Carel de Siinte-Garde (Jacques), né à Rouen, en 1620, a publié, en 1667, un poëme héroïque, intitulé les Sarrasins chassés. C'est de cet écrivain que Boileau a dit :

O le plaisant projet d'un poëte ignorant, Qui de tant de béros va choisir Chlidebrand!

Effectivement l'auteur a mérité ce reproche ; mais il le prévoyait sans doute , et voici comment il cherche à le repousser : « Tu sais , dit-il en s'adressant à son lecteur, tu sais déjà, du moins si tu as lu nos annales , que Childebrand était frère de Charles Martel, mais frère seulement de père. Alpaide, concubine de Pépin-d'Héristal, donna la naissance à Charles; et j'ai des preuves que mon héros naquit de Plectrude , femme légitime de ce grand homme. Sur ces mêmes preuves , je fais Childe- ‘brand beaucoup plus jeune que Charles. Celui-ci vint au monde en l’an 686, et Childebrand en l'an 707; si bien qu’en l'an 735, qui est le temps où Narbonne fut recon-

.* L'éloge de Louis XIV ne manque ni de noblesse dans les images , ni d'élégance et de fermeté dans le style.

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IRIS SIRET

D'un roi qui vous rappelle, et du plus grand des rois ? Sa libérale main , qui jamais ne se lasse,

Va chercher jusqu'au nord les princes du Parnasse, Et cet illustre amour qu'il a pour les beaux arts, Comme son cœur , l’égale au premier des Césars',

quise sur les Mores, le premier était âgé de quarantesept ans, et le dernier allait sur sa vingt-septième année. » C'est de ce Childebrand que beaucoup d'antiquaires ont fait descendre Hugues Capet ; mais il n’y a que M. Duchesne le père qui ait bien éclairci cette vérité, à laquelle désormais tous les habiles gens donnent leur suffrage. » Ce n’est pas tout : Sainte - Garde défendit son héros contre Boileau, en alléguant par exemple que, dans la langue allemande, Childebrand signifie bouclier de feu; mais cette excuse ne rendait pas le nom p'us barmonieux. Néanmoins, après une dissertation ridicule, il substi-

tua le nom de Charles Martel à celui de Childebrand, ..

dans l'édition qu'il donna de son poëme tout entier, en 1680.

I] n'y a rien de plus étrange que les accusations de plagiat dirigées par Sainte-Garde contre Boileau, qu'il apostrophe ainsi : « Mais, mon petit maitre, n'avez - vous pas fait une lecture si attachée de mon poëme, que vous en preniez même des vers tout entiers? »

‘ L'auteur n'aurait pas dû placer, dans une invocation au dieu de notre religion , les Muses qui sont des divinités païennes.

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