ACTE If, SCÈNE HI
Mitrane , ami d'Araspe, qui a offensé la reine Panthée en lui déclarant son amour , vieut annoncer à ce prince que Cyrus. plein de colère, demande à le voir; il lui donue en méme temps le conseil de fuir.
ARASPE
Ma | que je me déguise et que je me retire,
Pour emporter ailleurs ma honte et mon martyre! Je brave le malheur qui me peut arriver,
Et ne sais que la mort qui puisse me sauver ;
C'est la divinité que j'appelle à mon aide;
C'est mon plus sûr asile et mon dernier remède. Quelque sombre appareil qu'on fasse pour ma mort, Je pourrai bien braver les menaces du sort.
Penses-tu que mon âme en soit épouvantée,
Après avoir souffert les mépris de Panthée ?
Je n'ai plus rien à craindre après cette rigueur,
Et les tourments n'auront nul pouvoir sur mon cœur. Allons trouver Cyrus pour voir si mon audace Attendra sans frémir le coup de ma disgräce :
Tu sauras s'il est vrai qu'à l'aspect du danger, Mon intrépide cœur puisse jamais changer ".
MITRANE.
Nous l'avons assez vu dans le péril des armes, O dieux!
4 Ces sentiments élevés, ce mépris de la mort , exprimés en vers d'une élégance soutenue, n'inspitrent aucun intérêt, aucune admiration, parce que le personnage n'est possédé que d'un coupable et ridicule amour, tout à fait indigne de la tragélie.
Il n'en est pas ainsi de ces vers si connus :
Tu la serras brillante au bord du précipice Se courunncr de gloire en marchant au supplice.
La faute s'accroît encore dans la scène où ce nême personnage, qui se croit près de mourir, parle comme un amant d'élégie, en chargeant Mitrane d'aller porter les derniers vœux de son amour à Panthée.
Je n'ai point cité une scène dans laquelle Abradate, époux de Panthée, laisse éclater sessoupcons sui: la fidélité de son épouse, livrée par la guerre à la merci de Cyrus victorieux. Les pensées sont justes, les sentiments vrais, les vers bien faits, l'accent quelquefois tragique, et cependant les convenances se trouvent blessées, parce que l'auteur a commis la faute d'arrêter trop longtemps nos regards sur le danger qu'anrait pu courir la vertu de l'illustre captive. Oa sentira cette faute en relisant la scène entre Zénobie et Rhadamiste , furleux de jàlousie. C'est dans cette scène, éminemment tragique, que l'on trouve l'admirable réponse de Zénobie, qui se remet, au risque de ia mort , entre les mains de son époux :
Je connais la fureur de tes soupçons jaloux, Mals j'al trop de vertu pour craindre mon épous.
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