‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 484 sur 914 · L2 CURE DURE · texte numérisé non relu

L2 CURE DURE

Jean Mairct uaquit à Besançon, le 4 janvier 1604, de parents nobles. 11 quitta de bonne heure sa ville natale et vint achever ses études à Paris. Deux tragédies qui annonçaient un talent précoce, Chryséide et Arimand, et Suylrie, signalèrent au monde littéraire le jeune Mairet qui termiuait à peine alors ses humanités. Accueilli avec distinction par Henri de Montmorency, grand amiral de France, il accompagna ce seigneur dans la guerre de 1625 contre les protestants, et eut l'occasion de montrer un brillant courage. Son illustre protecteur lui assigna une forte pension qui lui permit de suivre sans distraction la carrière du théâtre. Sophonisbe, la première tragédie où la règle des unités ait été observée, parut en 1629 , et obtint une vogue immense contre la prévision des acteurs, qui avaient refusé de jouer cet:e pièce. A la mort du duc de Montmorency, Mairet se vit recherché par le cardinal de Richelieu qui lui continua sa pension.

Le succès d'enthousiasme du Cd, quelque temps après, excita chez Mairet un sentiment de jalousie; il écrivit contre Corneille, son ancien ami, avec un emportement que ce grand homme n'imita que trop. Le cardinal intervint dans une polémique devenue scandaleuse, et la fit cesser. On se rappelle que Rotrou, leur contemporain, s'était déclaré , au contraire, l'admirateur passionné du génie de Corneille.

En 1647, Mairet épousa Jeanne de Cordouan, d’une famille noble de la province du Maine, où il était allé passer quelque temps, à la sollicitation de son ami le marquis de Belin. De retour à Paris, en 1649 , il obtint, par ses amis et par son influence personnelle, que la Frauche-Comté fût préservée de devenir le théâtre de la guerre qui se fsisait alors. Exilé à Besançon par le cardinal Mazarin, auquel il avait déplu en écrivant une apologie du roi d'Espagne , notre poëte ne rentra en grâce qu'après la signature du traité des Pyrénées. La reine mère lui donna, dit-on, mille louis pour un sonnet sur la paix ; certes ,le sonnet était loin de valoir une pareille libéralité. Mairet, se voyant oublié pour Corneille, alors en possession de l'admiration universelle, revint à Besançon en 1668. Il y mourut le 51 janvier 1686.

« Maïret, dit La Harpe, en le comparant à Jodelle et à Garnier , eut plus de naturel dans les sentiments et dans le style; sa diclion, plus correcte, fait apercevoir le progrès de Ja langue. La meilleure de ses pièces, Sophonisbe, imitée de celle du Trissin, eut longtemps du succès au théâtre, même après Corneille: c'est la première de nos tragédies qui offre un plan régulier. »

La Harpe entre ensuite dans l'examen détaillé de la pièce , et y relève les fautes qui malheureusement y abondent. Avant de joindre notre critique à la sienne, écou. tons celle de Voltaire qui refit, mais sans succès, la Sophonisbe, sujet que le grand Corncille avait également traité. |

« Il était triste, écrit-il au duc de La Vallière enluienvoyant la Sophonisbe , que l'ouvrage de Mairet, qui eut tant de réputation autrefois, füt absolument exclu du théâtre, et qu'il rebutät même tous les lecteurs, nouseulement par des expressions surannées, et par des familiasrités qui déshonoraient alors la scène, mais par quelques indécences que la pureté de notre théätre rend aujourd'hui intolérables.

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»..... Mais alors notre langue n'élait pas formée, elle ne le fut que pair nos premiers académiciens, et il n'y avait point d':cadémie encore quand Mairet travailla. Dans cette barbarie, il commença par imiter les Italiens, et conçut les préceptes qu'ils avaient tous suivis; les unités de lieu, de temps et d'action furent scrupulensement observées dans sa Sophonisbe. Une faible aurore de bon goût commençait à naitre. Les indignes bouffonneries dont l'Espagne et l'Angleterre salissaient souvent leur scène tregique furent proscrites par Mairet ; mcis il ne put chasser je ne sais quelle familiarité comique, qui était d'autant plus à la mode alors , que ce genre est plus facile, et qu’on a pour excuse de pouvoir dire : cela est naturel. Ces naïîvetés furent longtemps en possession du théâtre en France.

» Ainsi il ne faut pas s'étonner que le style de Mairct, qui nous choque tant aujourd'hui, ne révoltât personne de son temps.

» Corneille surpassa Mairet cm tout, mais il ne le fit point oublier ; et même, quand il voulut traiter le sujet de Sophonisbe, le public doana la préférence à l'ancienne tragédie de Mairet; la raison de cette différence est qu'il vaun grand fonds d'intérét dans la pièce de Mairet , ct aucun dans celle de Corueille. La fin de l'ancienne Sophonisbe est surtout adinirable : c’est un coup de théâtre et le plus beau qui füt alors. »

Voltaire était dans un moment d’excessive indulgence quand il traça ces dernières lignes; en effet, après un examen &ttentif, on reconnait qu'il n’y a dans la pièce de Mairet aucun fonds d'intérèt, par la raison décisive qu'on ne peut s'atlacher à aucun des personnages. Voyons d'abord celui de Sophonisbe. Au début de la pièce, quand SyYphax , son époux, va risquer sa couronne dans une dernière bataille contre les Romains et Massinisse, leur allié, cette reine, adultère dans le cœur, écrit uñe lettre de déclaretion à Massiuisse, qu'elle n'a vu qu'une seule fois du haut d'un rempart. Cette trahison est doublement criminelle, car Syphax est un vieillard au bord du cercueil, et un prince malheurcux et menacé de tomber du trône, ou de mourir en défendant sa couroune. La lettre de Sophonisbe arrive entre les m: ins de Sypbax qui en gémit plutôt qu'il ne s'en indigne. Sophonisbe essaie de se défendre devant la juste colère de son époux par la plus ridicule des exeuses. Svphax sort convaincu de l'infidélité de Sophouisbe, ct quelques instants après on vient nous apprendre que ce vieux roi a succombé en héros; la reine se contente de répondre qu'il est heureux d'étre mort, et aussitôt elle fait des vœux pour le vainqueur entré dans la ville. Toutefois elle a une crainte, c'est que le trouble causé par tant d'événements n'ait altéré ses charmes, et qu'elle n'ait ain:i perdu quelques-uns des moyens de séduction qu'elle va bientôt essayer sur le cœur de Massinisse. Le roi Numide parait ; alors commence une scène qu'excusait peut-être le mauvais goût de l'époque, scène dans laquelle Sophonisbe, oubliant son époux , mort il y a quelques instants, sa couronne perdue , son pays réduit en esclavage, s'efforce de captiver Massiuisse par tous les prestiges d'une coquetterie qui n'était guère dans le goût et les mœurs des Africains. Massinisse, galant comme un Français du temps de Louis XIV, se prend d'amour pour Sophonisbe, ct bientôt il parle d'hymen, au grand plaisir de la veuve

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