‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 485 sur 914 · Éd à JT · texte numérisé non relu

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> de Ssphax, dont la cendre cst à peine refroidie. Enfin ® comme Mairet le dit assez plaisamment :

ce Massinisse, en un jour , voit, aime et se marte.

. Mais les Romains ne veulent pas souffrir cet hymen de qui ne couvient pas à leur politique, et alurs seulement sé la peur de tomber entre leurs mains rappelle à Sorhonisbe qu'elle est fille d’Asdrubal. Massinisse, après avoir cl lutté contre le pouvoir et les sages avis de Scipion et de Lélie, sent qu'il ne peut pas leur résister, et il se envoie une coupe de. poison pour présent de noce à “> la femme adorée qu'il venait d'épouser avec tous les transports d'un amour qui a été l'ouvrage d'un mocs ment. Sophonisbe se détermine à boire le poison, et dans ce moment suprême elle ne trouve aucune inspiration Je digne d’une graude âme. Mairet n'a pas su seulement “traduire d'une manière dramatique les paroles que l'histoire nous a conservées de Sophonisbe: « J'accepte, dit- ” elle, ce présent nuptial , et même avec reconnaissance , “© silest vrai que Massinisse u'ait pu faire davantage pour

> sa femme. Dites-lui pourtant que je quitterais la vie avec © plus de gloire et de joie, si je ne l'eusse pis épousé la l, veille de ma mort.» Ainsi une situation belle et dramatique en el!e-mème devient froide et sans prix, parce que toute éloquence manque à la victime. Quant aux autres 1 caractères, ils ne sont pas mieux tracés. Massinisse, saisi

ce d'un amour ridicule et semblable aux passions subites “{ des héros de romans, n'a aucune grandeur, aucune force, et ne tire pas même du lustre de sa viciaire. Toute ch sa gloire se borne à se donner la mort, et à voir des

imprécations contre les Romains, parce que Scipion et “2 Lélie n'ont pas voulu qu'il épousât une princesse qui “ serait peut-être devenue la furie de sa maison. Quant à “ces deux personnages si grands par leurs exploits, si ï” intéressants par leur amitié, ils donnent des avis très- “> sages à Massinisse, mais souvent ils parlent comme des

cs personnages de comédie. Voilà cependant cette Sophode nisbe qui enleva autrefois l'admiration universelle. Ce 4 succès tient à ce que la pièce roulait presque tout entière ce sur l'amour qui triomphe d'un guerrier illustre par les us armes, et à ce que cette passion régnait alors sur les de cœurs. Tous les héros de la fronde se reconnaissaient °e dans Massinisse. Sophonisbe plaisait aux héroïnes de cette

c singuliere époque et aux femmes qui marchaient sur leurs traces. Il y a d'ailleurs des éclairs dans le rôle de la veuve de Syphax; la scène dans laquelle Massinisse découvre à Scipion le lit où repose Sophonisbe produisit “> beoucoup d'effet; la mort de Massinisse et ses impréca- ? tions contre les Romains ravirent aussi les spectateurs. D'ailleurs , si le style de Muiret était défiguré par des pointes et des jeux de mots empruntés aux Italiens et aux cs Espagnols, nos maîtres alors, il est-plus naturel et plus

cv ; correct que celui de ses pridécesseurs; il a aussi plus cv LE - 0 L2 LA

s d'élégance et de propriété d'expression. Beaucoup de ses vers, qui n'ont pas le ton tragique, se trouveraient bicu

» pl'cés dans la haute comédie. « Mairet, dit Voltaire, ouvrit la carrière dans laquelle entra Ro‘rou , et ce ne fut > qu'en imitant le premier de ces deux écrivains que Corueille parvint à les surpasser. »

«lo . Ona de Mairet douze pièces de théâtre : Chryscide ci

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ds Arimand, la Sylrie, pièce dans le genreitalien, qui fit cou- ViLRS . DS: LUNA ERREes

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rir fout Paris pendant quatre ans, malgré le phébus, que les poëtes italiens avaient mis à la mode chez nous; l1 Sylranire ou la Morte vire, pièce tirée de l'Astrée , et précédéc d'une dissertation sur la nécessité d'étudier les anciens ; la Virginie, tragi-comédie ; Marc-Antoine et Cléo- 3 ätre : les Galanteries du duc d'Ossone, Roland Furieux, Sidonie; le Grand et dernier Soliman ou la Mort de Mustapha, ctc.

La tradition ne dit pas que Ja Mort de Mustapha ait ohtenu le méme succès que la Sophonisbe, et cependant la pièce se recommande par des beautés qui ne se trouvent pas dans cette dernière. Le rôle de Soliman ne manque pas d'élévation; celui de Mustapha, son fils, est plein de grandeur et de générosité. La sultane, ambitieuse, jlouse de ce jeune prince, qu’elle parvient à rendre suspect à son père, fait un habile contraste avec ces deux personnages ; elle est secondée par un vis:r quiu'a pas les vertus d'Acomiat, mais qui du moins ne mêle pas l'amour aux soins de la haute ambition, aux travaux de la politique et de la guerre. On aime à trouver près du sultan le vertueux Acomit, qui veille sur les jours du jeune prince, et donne des conseils pleins de sagesse à Soliman, cnlacé dans les piéges de Roxane et du visir, acharnés à la perte de Mustapha. Cette tragédie, mieux écrite que la Sophonisbe, est d’.illeurs bien moins souvent déparée per les jeux de mots, les familiarités presque basses ct les étrangetés répandues dans cette dernière pièce.

Mairet a donné encore des œuvres poeliques; on Y trouve une ode assez peu lyrique sur la prise de l'ile de Rhé, et des stances qui ont pour titre : Le Solilaire au Courtisan ; nous y avons remarqué ces vers :

Crois-moi, ceux que tu vols à la suite des princes .Avec p'us d'apparell,

Ne detlendront pas tous gouve neurs de provinces Ou chefs de son conseil...

Posons que la faveur te tirant de lo presse, Converse averque 10},

Et te fasse goûter la plus douce caresse De l'auiitié d'un rol.

l'enses-tu , pour cela, que le cours de ta vie S'ationge d'un malin,

Et qu'il soit moins sujet aux sffrouts de l'envie Et du mauvals destin ?

Le poëte dit de la fortune :

Elle oblige souvent de quelque bon offe ceux qu'elle doit hair,

Et flotte finement d'un funeste artifice Ceux qu'elle veut irahir.

Temoin € malheureux de qui les funérailles Et tes derniers abois

Se sont faits dans la houe, à l'aspect des murailles Du palais de nos rois '.

Un favori ressenb'e au cercle sur la face De l'oude parvis:ant,

Le moindre vent le trouble, et lut-même s'efface Et se perd en croissant.

Cette dernière image , qui pourrait être mieux rendue,

4 Le maréchal d'Ancre.

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