‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 507 sur 914 · SENTE "S · texte numérisé non relu

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vons notre scène tragique, le développement du génie de Corneille et du goût de la nation. Corneille, dans sa retraite , avait offensé , par quelques traits tels que ceux qu'on va lire, le puissant cardiñal, qui, aprè: avoir élé un protecteur , était devenu un eunemi :

Mon travall sans appui inonte sur le ‘léâtre.

Pour me faire admirer je ne fais point de brigue.

Le ministre se treuvait donc dans une mauv:ise dispasition pour le poête quand le Cid parut en 1654. Roileau a parlé de cette pièce comme d'une merreille naissante ; en effet, que de surprises et de sujets d':dmiration pour un public qui n'avait jamais rien vu de pareil! L'un des plus heureux sujets que püût offrir le théâtre, une intrigue noble et touchan'e, le combat des passions eatre clles , et du devoir contre les passions : c'était l'art encore inconnu de disposer , de mouvoir les grands r'essorts dramatiques , l'art d'élever les âmes et de toucher les cœurs; en un mot, c'était la vraie trogédie. Rien n'avait encore approché de ce degré d'intérét , de naturel ct de charme. Aussi l'enthousiasme alla-t-il jusqu'au transport :

Tout Paris pour Chimène cut les yeux de Rodrigue.

Ce succès trop éclatant était si bien mérité qu'il excita contre l'auteur une des persécutions les plus violentes dont l'histoire des lettres et des passions qui déshonorent quelquefvis leurs amis ait conservé le souvenir. Richelieu s'était déclaré contre le Cid; 01 né sut pas plus tôt que le protecteur des lettres avait résolu d'humiilier un grand homme sans appui , que la foule dgs auteurs dont le zèle sspirait à l'honneur d'être protégé, c'est-à-dire

d'obtenir quelque pension , redoubla de violence, et que .

tout fut mis en us:ge pour prouver à la nation que le jour du triomphe du Cid était l'époque de la décadence du théâtre. L'expérience a prouvé qu’en toute espèce de controverse, on se range aisément à l'opinion de celui quitient la feuille des bénélices.

Scudéry, qui prétendait, en écrivant contre le Cid , se rendre l’évangéliste de la rérilé, publia ses observations, et l'Académie naissante sous les auspices de Richelieu fut appelée à prononcer entre l'auteur et le critique. Ce jugement d'une espèce nouvelle offrait des difficultés de plus d'un genre. L'académie et son fondateur eu furent longtemps occupés. Eullin, après cinq mois de débats ou de négociations entre le premier ministre, qui voulait proscrire la pièce, et les académiciens , qui craiguaient de révolter le public, les sentimen ts de l'academie francaise sur la tragi-comédie du Cid parurent, et furent généralement approuvés.

La Bruyère disait encore, dans les brillantes années du dix-septième siècle : « Le Cid est l'un des plus beaux poëmes qu'on puisse faire ; et l'une des meilleures critiques qui aient été faites sur aucun sujet, est celle du Cid. » Il s'ea faut bien cependant que cetle critique doive passer pour un chef-d'œuvre. Elle fut rédigée par Chapelain , et, si l'on a égard au temps, elle fuit honneur à ses connaissances, sans faire honte à son goût. On y reconniit l'ouvrage d'un esprit judicieux , et cepen-

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