‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 516 sur 914 · CO AS D EL RU · texte numérisé non relu

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CURIACE

À vos amis pourtant permettez de le craindre ; Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre. La gloire en est pour vous, et la perte pour eux : Il vous fait immortel, et les rend malheureux. On perd tout quand on perd un ami si fidèle.

Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.

A Flavian.

Albe de trois guerriers a-t-elle fait le choix? FLAVIAN.

Je viens pour vous l'apprendre.

CURIACE

Eh bien! qui sont les trois?

FLAVIAN

Vos deux frères et vous.

CURIACE. Qui?

FLAVIAN

Vouset vos deux frères.

Mais pourquoi ce front triste et ces regards sévères? Ce choix vous déplait-il ?

CURIACE

Non, mais il me surprend :

Je m'estimois trop pew pour un honneur si grand. FLAVIAN.

Dirai-je au dictateur , dont l'ordre ici m'envoie, Que vous le recevez avec si peu de joie ?

Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour.

CURIACE

Dis-lui que l'amitié, l'alliance et l'amour, Ne pourront empêcher que les trois Curiaces Ne servent leur pays contre les trois Horaces.

FLAVIAN

Contre eux! ah! c'est beaucoup me dire en peu de mots.

CURIACE

Porte-lui ma réponse, et nous laisse en repos. Flavian sort.

Que désormais le ciel, les enfers et la terre Unissent leurs fureurs à nous faire la guerre;

{ « Ce n'est point ici une battologie; cette répétition : Fons elros deux fréses.est sublime par la situation. Voilà, sans nul donte, la p'emière scène, au théâtre , où un simple messager ait produt un cffet tragique en croyant apporter des nouvelles ordinaires. J'ose croire que c'est la perfection de l'art. »

VOLTAIRE

Que les hommes , les dieux, les démons et le sort, Préparent contre nous un général effort :

Je mets à faire pis, en l'état où nous sommes,

Le sort, et les démons, et les dieux, et les hommes, Ce qu'ils ont de cruel, et d'horrible , et d'affreux, L’est bien moins quel'honneur qu'on nous fait à tous deux ‘.

HORACE

Le sort, qui Je l'honneur nous ouvre la barrière, Offre à notre constance une illustre matière;

I! épuise sa force à former un malheur,

Pour mieux se mesurer avec notre valeur ?;

Et, comme il voit en nous des âmes peu communes, Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes. Combattre un ennemi pour le salut de tous,

Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups, D'une simple vertu c'est l'effet ordinaire :

Mille l'ont déjà fait, mille pourroient le faire ”; Mourir pour le pays est un si digne sort,

Qu'on brigueroit en foule une si belle mort.

Mais vouloir immoler au public ce qu'on aime, S'attacher au combat contre un autre soi-même, Attaquer un parti qui prend pour défenseur

Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,

Et, rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie Contre un sang qu'on voudroit racheter de sa vie, Une telle vertu n'appartenoit qu'à nous.

L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,

Et peu d'hommes au cœur l'ont assez imprimée Pour oser aspirer à tant de renommce.

CURIACE

Il est vrai que nos noms ne sauroient plus périr L'occasion est belle : il nous la faut chérir. Nous serons les miroirs d'une vertu bien rare; Mais votre fermeté tient un peu du barbare.

Peu, même des grands cœurs , tireroient vanité D'aller par ce chemin à l'immortalité.

À quelque prix qu'on mette une telle fumée*, L'obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Pour moi, j'ose le dire, et vous l'avez pu voir, Je n'ai point consulté pour suivre mon devoir : Notre longue amitié , l'amour , ni l'alliance,

4 Cet entassement, cette répétition de ciel, de terre, de démons , est, je l'avone, très-condamnable ; mais le dernier vers fait presque pardonner ce défaut.

2 « Ce vers paraît bien recherché, bien peu naturel ; mais ce qui suit est admirable. » VOLTAIRE.

» Je ne sais par qnel excès de sévérité Voltaire blâme ce vers simple et précis. qui rend bien une pensée juste. Le di rlogue de Corneille abonde en ces sortes de traits, qui le rendeut na: turel . et le font ressembler à une conversation véritable.

4 Curiace , qui aime aussi la gloire , ne doit pas appeler [umée l'éternel souvenir attaché à l'houneur de mourir pour son

pays.

RC

= LRU:

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