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Et, bâtissant en l'air sur le mallieur d'autrui, Aussi bien que mon frère, il triomphe de lui. Mais ce n'est rien encore au prix de ce qui reste : On demande ma joie en un jour si funeste ;
Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur; Et baiser une main qui me perce le cœur!
En un sujet de pleurs si grand. si léritime ,
Se plaindre est une honte, et soupirer un crime; Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux, Et si l'on n'est barbare, on n’est point généreu\!
Dégénérons, mon cœur, d'un si vertueux père; Soyons indigne sœur d'un si généreux frère :
C'est gloire de passer pour un cœur abattu, Quand la brutalité fait la haute vertu.
Eclatez, mes douleurs ; à quoi bon vous contraindre? Quand on a tout perdu, que sauroit-on plus craindre ? Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect ; Loin d'éviter ses yeux, croissez à son aspect ; Offensez sa victoire, irritez sa colère,
Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.
Il vient : préparons-nous à montrer constamment Ce que doit une amante à la mort d'un amant.
* Voltaire, en faisant certains reproches justes à Corneille, blâme avec sévérité ce morceau tout entier. Malgré l'autorité d'un pareil juge, je persiste à penser que ce m'nolugue, amené par la scène avec le vieil Horace, qui défend les pleurs à une épouse dé-cspérée, n'est point une vaine déclamation:; j'y trouve, au contraire, l'élnyuente peinture des orages d'un cœur bouleversé par tant d’assauts non moins terribles qu'imprévus, et qui se succèdent comme autant de coups de foudre. On dit que les grandes douleurs parlent peu : cela est vrai, mais pas toujours. Quelquefois, au coutraire , ces mêmes douleurs se répaudent en paroles qui jaillissent du cœur avec la vivlence d'un torrent longtemps contenu. Le désespuir de l'amour a surtout ce caractère chez les femmes : Didon, Phèilre, Ariane en font foi. D'ailleurs ces entretiens de la passion avec ellemé:ne, dans lesquels nous l'evtendons s'exprimer comme si elle avait des témoins ou des interlocuteurs, sont tout-à-fuit dans la nature; et c'est souvent de ces orageuses délibérations que sortent des résolutions et des actes dont l'âme qui les a conçues et qui les exécute ne semblait pas capable. L'expérience de la vie ous dit encore qu'un dangereux pouvoir attaché aux paroles passionnées enivre l'âme, et la transporte au-delà de tonte les bornes, par une fureur qni semble pourtant s'être préparée jar degrés, comme celle de Médée, dans Euripide et Corneille, on celle de Pallas, dans la prophétie de Nérée sur Päris. L'expression d'Horace rend tout à fait ma pensée. « Déjà Pallas prépare son égide, et son char, et sa rage.»
Pour en revenir à l'opiaion de Valtaire sur le monologue, je ne conçois pas Comment l'auteur d'une foule de scènes jrassionnées n'a point senti l'ardente expression des mouvements du cœur de l'infortunée Camille, qui vieut de perdre deux frères chéris et un amant alloré. N'oublions pas de faire obxerver que Corueilie, en prétant ici à Camille le langage de Curiace, dans sa fameuse entrevue avec l'afné des Horaces, donne aux mêmes sentiments un accent de colère ct d'indignat on qui remue la pitié jusqu'au fond du cœur. Deégénérons, mon cœur, et la déchirante irouie empreinte dans les e1cla-
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