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Que le courroux du ciel, allumé par mes vœux, Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux!
Puissé-je de mes yeux y voir tomber la foudre, Voir ses maisons en cendre, ettes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir ".
{ Ce morcean, vraiment admirable, ne sortira jamais de la mémoire des hommes. Cependant est-il aussi vrai, aussi conforme aux murs du personnage qu'il est sullime ? Sans doute Camille se trouve dans une situation encore plus cruelle que celle de Didon : sans doute, la progression rapide de ses transports en jusufie la violeuce; et d ailleurs son désespoir ne mauque pas de préparatious, et il y a eu des déchirements du cœur dans les scènes précéilentes. Mais Carnille. é'evée dans la maison du vieil Horace et presque sous les yeux dn génie de Rome, qui l'habite, ponvait-elle oublier à ce point ce qu'elle doit à 141 patrie et à son père ? Pouvait-elle, même dans son désespoir, former des vœux st impies? Ensuite, sous le rapport de la vraisemblance , conçoit: an que l'esprit de Camille s'éleve à l'ordre d'idées qui lui fait prévoir, tant de siecles à l'avance, la conjuration des peuples de l'univers contre la ville de Romulus, devenue la maitresse du monde? Je n'oserais pas aflirmer que Corneille, un peu trop indulgent pour celte mäle création de son génie, n'ait point abusé ici de la liberté accordée aux poêtes, en prétaut à Camille des sentiments, des pensées et un langage qui ne lui appartenaient pas.
Avant d'en finir sur ces imprécations , je remarquerai qu'en les citant isolément et sans ce qui les précède et les motive, on court imprudemement le risque de horner leur mérite à celui d'une éloquente déclamation du poête, puisque, même avec les liabiles précautions que son art lui a fournies , il lui est encure diflicile de paraitre irréprochable aux yenx de la critique, qui, se défendaat contre les transports de l'adiniration, pèse les plus grardes beautés dans la balance de la raison.
Mairet, qui, duns sa Sophon'sbe, a fait sortir du cœur de Massiuisse des imprécalions contre les Remaius , est ben loin d'avoir montré le jug: ment et l'art de Corneille. Quant au styie des deux morceaux, il sultira de citer ici les vers de Mairet, pour mettre le lecteur à mème de reconnaître ici la prodigieuse supériorité de l'auteur des Imprécations de C imille :
Cependant en mourant, Ô peuple ambitieux, d'oppilleral sur toi la colère des cieux;
Puisse-tu rencontrer, soit eu paix, soit en guerre, Toule chose conlraire et sur mer el sur terre;
Que le Tage et le FÔ contre tai rébcllés,
Te repreunvent les biens que tu leur a volés:
Que Mars faisant de Roue une seconde 1roie, Doune aux Curthaginois tes richesses en proie;
Et que dans peu de temps le dernier des Humains Eu ljuisse de rage avec ses propres nains.
Dirait-on que les denx auteurs parlent la même lansuc? Qu'on juge par cet exemple des progrès que Corneille avait fait faire à la poésie tragique.
Mairet nous rappelle ici, à son grand préjudice, les admirables imprécations de Didon contre Énée , qui, en fuyant, la plonge dans le désespoir. Elles sont uu chef-d'œuvre d'éloquence ct de poésie, auquel tout le théätre ancieu et moderne
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