ne
CR
D LRRRRARARRANIEEREREICN RENE EREFRE RARE TER
LS
Corneille (Thomas), frère de Pierre, naquit vingt aus après lui, à Rouen, le 20 août 1625, et, tant que le grand Corneille vécut, s’appela Corneille le jeune. « C'était, dit Voltaire , un homme d'un très-grand mérite ct d'une vaste littérature; et, si vous exceptez Racine, auquel il ne faut comparer personne , il était le seul écrivain de son temps qui füt digne d'être le premier audessous de son frère. » Il fit ses études chez les jésuites. Pendant sa rhétorique , il composa une comédie que son régent crut devoir substituer à celle que lui-même avait faite pour la distribution des prix. Thomes vint à Paris, où les amis de son frère l'engagèrent à suivre la carrière duthéâtre. Après plusieurs essais plus ou moins heureux dans la comédie, il donna cinq tragédiesen quatre années : Timocrate, Bérénice, la Mort de l'empereur Commode, Darius, Stilicon. Timocrate eut un succès prodigieux ; on le joua sans interruplion pendant six mois. Louis XIV alla voir la pièce au théâtre du Marais. Commode et Stilicon vbtinrent aussi la vogue. L'affluence fut si grande aux représentations de Commode, qu'il ne restzit plus de place sur le théâtre pour les acteurs. C'est de toutes les pièces de Thomas la mieux conduite. Ily a de l'intérêt dans l'action et de l'effet dans le dénoûment. Après plusieurs aulres ouvrages, parut la tragédie d'Ariane, composée, dit-on, en dix-sept jours. Elle soulint la concurrence avec le Bajazet de Racine , que l’on jouait à la même époque. Voltaire doute que Pierre Corneille eût mieux fait le rôle d'Ariane que son frère. On trouve dans cette pièce des beautés de sevtiment , des situations qui entrainent ; mais il n'ya qu’un rôle: la versification est d’une faib'esse extrème ‘, quoiqu'elle offre beaucoup de vers heureux et naturels, auxquels tout l'art de Racine ne pourrait rien ajouter. Ce jugement est celui de Voltaire, et il n’a point trouvé de contradicteurs. Après plusieurs
Ne me rappelez polnt une trop chère idée,
Et laissez-mol du moins partir persuadée
Que déjà de votre âme extlée en secret, J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret.
Le rôle de Bérénice est plein de vets sartis du Cœur avec l'accent qui leur appartient; ils ont en outre un mérite particulier, celui d'une: mélodie dont Racine seul possède le secret. 11 semble qu'il ait à ses ordres la langue de Virgile et de Tibulle, et souvent on se demande si, même sous le rapport musical, ces deux poëêtes snrpassent leur disciple et leur rival.
« Cette scène, dit Voltaire, est très-touchante au théâtre, du moins de ia part d'Ariane ; elle le serait encore davantage si Ariane n'était pas sûre de son malheur. L'auteur a si bien seuti la justesse de l'objection , qu’Ariane semble douter du changement de Thésée. » Voltaire pourrait bieu commettre ici une erreur. Ariane sait son malheur, mais elle en veut douter ; elle se trompe elle-même; et d'ailleurs, elle espère ramener le coupable avant l'exécution de sou perfide dessein. Elle aime avec tant d'ardeur et de bonue foi, elle a cru être tant aimée, qu'elle se flatte de reprendre son empire sur uu Cœur qu'elle a jugé sensible et généreux.
4 Après avoir entendu ce vers que Phèdre adresse à Thésée : Jelatue, etc'est vous qui me le faites faire,
Boileau s'écria : « Ah! pauvre Thomas, tes vers comparés avec ceux de ton frère, font bien voir que tu n'es qu'un cadet dc
autres ouvrages, tragédies et comédies, vint le Comte d'Essexz, qui est resté au théätre malgré la manitre étrange dont Thomas a violé l’histoire et défiguré les caractères du comte d'Essex et d’Elisabeth , sans avoir pour excuse de cette faute un drame bien fait et une action vraiment attachante. Le coloris manque eulièérement à la versilication du Comte d'Essex. La Harpe a été plus heureux dans un sujet pareil, la Mori de Warwick; et cependant il manque aussi à cetie pièce le grandiose et le pathétique de la véritable tragédie. L’énumération des ouvrages de l’auteur de tant de tragédies,
d’opéras, de comédies, est longue et fastidicuse, et ne sert
qu'à enregistrer des morts qui n'auront jamais doréveil ; mais il faut faire une exception pour Le Festin de Pierre de Molière, que Thomas mit en vers, les uns souvent pleins de verve comique , les autres dans lesquels on retrouve le ton du père du Menteur de Pierre Corneille et l'accent de Moliere quand il fait p:rler à la comédie le langage elevé de la plus haute raison. Thomas connaissait l’art de conduire une pièce, d'amener les situations , de les varier , de leur prêter un intérêt fouchant ; mais le style, qui seul fait vivre les ouvrages, est trop souvent chez lui privé de force, d'élégance et d'hirmonie. Ses vers ressemblent, pour la plupart du temps, à une prose commune, incorrecte et négligée. On reproche à Thomas d'avoir le premier altéré, par des intrigues romanes-
ques, la noble simplicité de la tragédie. Boileau a été:
injuste en disant que Thomas, emporté de l'enthousiasme d'autrui, ne s'était étudié qu'à copier les défauts de son frère, et qu'il n'avait jamais rien su faire de raisonnable. Le contraire serait plus vrai : Thomas a réussi par des beautés qui n'apparticnnent pas à Corncille , et s’il se füt appliqué à l'imiter , peut-être auraitil trouvé dans cette étude et dans cette émulation une source de grandeur et de force. Vohaire, après avoir traité très-sévèrement les deux seuls ouvrages de Thomas qu'il ait honorés d'un commentaire, Ariane et le Comte d'Essex , ajoute : « Il aurait eu une grande réputation s'il n'avait point eu de frère. » Cette opinion est susceptible de controverse. Thomas pouvait avoir , et il a eu effectivement une grande vogue ; mais il ne pouvait obtenir une grande réputation, si ces mots signifient cette haute et profonde estime que les contemporains conçoivent pour un écrivain, et quise perpélue dans la postérité. Toutefois, Thomas, en faveur auprès de ses contemporains, se présentait environné de beaucoup de célébrité, lorsqu’en 1683 il obtint la place de son frère à l'Académie française. Racine, chargé de recevoir le nouvel élu , le loua d’avoir toujours été uni avec son frère d'une amitié qu'aucun intérêt, non pas même aucune émulation pour la gloire, n'avait pu altérer ; et, après un magnifique éloge du grand Corneille, avec qui Thomas, disait-il, avait tant de conformité , il ajouta : « C'est » cette conformité que nous avons toujours eue en vue, « lorsque tout d'une voix nous vous avuns appelé pour le « remplacer. »
Basse-Normandic. » La plaisanterie est bonne , ce qui n'rmpêche pas de remarquer que le graud Corneille n'eût pas écrit certains morceaux d'Ariane, et que Boilcau ne les aurait jamais trouvés, malgré tous ses efforts pour y atteindre.