‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 581 sur 914 · Q LE · texte numérisé non relu

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Un eufant malheureux, qui ne sait pas encor Que Pyrrhus est son maître , et qu'il est fils d'Hector !

PYRRHUS

Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il périsse. Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.

ANDROMAQUE

Et vous prononcerez un arrêt si cruel!

Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?

-Hélas! on ne craint point qu’il venge un jour son ptre ; On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère. Hm'auroit tenu lieu d'un père et d'un époux ; Mais il me faut tout perdre , et toujours par vos coups :.

PYRRHUS. . ” Madame, mes refus ont prévenu vos larmes.

Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes ; Mais dussent-ils encore , en repassant les eaux, Demander votre fils avec mille vaisseaux , Coûtät-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre; Pussé-je, après dix ans, voir mon palais en cendre; Je ne balance point, je vole à son secours, Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.

Mais, parmi ces périls vù je cours pour vous plaire, Me refuserez-vous un regard moins sévère ? | Haï de tous les Grecs , pressé de tous côtés , Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés ?. Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encore . Que vous accepterez un cœur qui vous adore ?. En combattant pour vous, me sera-t-il permis De ne vous point compter parmi mes ennemis? -

ANDROMAQUE

Scisneur, que faites-vous , et que dira la Grèce ?

craitites, ies espérances de l'amour maternel, n'ont été peints avec tant de profondeur et d'habileté. On nc cesse de s'étonner, en lisant les qnatorze premicrs vers, de tout ce qu'ils renfcrment. Dès le premier , on voit qu'Andromaque ne vit plus que par son fils ; elle en fait son consolateur, Son ami; elle va pleurer Hector avec lai. Pyrrhus la menace de nouveaux malheurs, aussitôt elle cherche à écarter la pensée de ce fils; elle n'en parle plus , elle voudrait qu'on pût l'oublier ; mais elle ne l'oublie pas elle-même, et l'onent qu'elle feint une assurance qui est bien loin de son cœur. » Là HABPE.

Hécubre, dit dans les Troyennes d'Euripide : « Quelle épltaphe l'interprète des Muses gravera-t-il sur son tombean ? Ici repose un enfant objet d'effroi pour les Grecs, et victime de leur cruanté. » - |

On lit dans la même pièce, imitée par Sénèque :

e Sans doute ce faible enfant réparera les ruines de sa patrie réduite en cendre; sa main relèvera les murs d'Ilion. »

4 Comme l'amour maternel se sert innocemment ici de l'empire qu'Andromaqne à sur Pyrrhus! Comme les traits du reproche sortis de la bouche de la veuve d'Hector sont sûrs d'arriver an cœur du fils d'Achille ! Et cépendant , ce n'est pas l'art qni les a choisis. mais la nature et la situation qui les inspirent. Pauline, avec un acceut moins pénétrant peut-être, met ainsi les jour: de l'olyencte sous la protection de Sévère. RE RS EEE EEE EEE RE TTE

J'ai fait des malheureux, sans doute ; et la Phrygie

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Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de foiblesse? © Voulez-vous qu'un dessein si beau , si généreux, °° Passe pour le transport d'un esprit amoureux " ? Captive, toujours triste, importune à moi-même, Pouvez-vous souhaiter qu'Adromaque vous ainie ? Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés, Qu'à des pleurs éternels vous avez-condamnés ? Non, non, d’un ennemi respecter la misère, Sauver des malheureux, rendre un fils à sa mère, De cent peuples pour. lui combattre fa rigueur Sans me faire payer son salut de mon cœur, Malgré moi, s’il le faut, lui donner un asile : Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'Achille ».

PYRRHUS

Hé quoi! votre courroux n'a-t-il pas eu son cours ? Peut-on haïr sans cesse, et punit-on toujours ?

EÉRRRNITRTRE RENE RIM TTL SET SEC E

Cent fois de votre sang a vu ma main rougie :

Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés! Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés ! De combien de remords m'ont-ils rendu la proie! Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie. Vaincu , chargé de fers, de regrets consumé ,

‘ Racine fait ici, sans y penser, la censure du rôle de Pyr- , thus, qui parle en outre des .cruautés d'Andromaque comme x un héros de la Fronde, ou un seigneur de la cour de Louis XIV + des rigueurs de madame de Montespan avant sa chute. Et cette <k folie, si étrange dans un prince qui a‘vu les maux de la guerre, + d'oser mettre le sort de son peuple et les dangers d'une lutte ge contre la Grèce , en balance avec le refus d'une femme. Y a-t-1 <> la moindre vérité dans ces hyperboles? Encore si c'était la dk

hante vertu d'Androinaque et le titre d'épouse et de veuve o d'Hector , si noblement porté par sa digne compagne, qui excitassent l'amour et l'admiration de Pyrrhus: si, comme Achille ; son père , parlant à Iphigénie, on l'entendait dire à Andromaque dans un transport d'admiration : « Oh! combien je vous, ime pour ce noble caractère, pour cette verlu si pure qni éclate en vous. » Mais non, il est esclave de deux beaux yeux, et ne suit que les transports d'un amour assez ridicule.

? Comme Andromaque s'élève ici au-dessus de Pyrrhus. qui du moins devrait se montrer digne d'entendre et de pratiquer cette lecon de générosité. Au scul nom de son père, il devrait à l'instant même embrasser la vertu dont une âme si pure lui présente la noble image. Mais, dira-t-on , il est emporté par la plus furiense des passions? Eh bien! Pyrrhus n'a pas même ‘ cette excuse pour pouvoir se démentir ainsi sans se dégrader à nos yeux. Son hésitation entre Hermione et Andromaque, toute ,1,° contraire à un caractère aussi prononcé, aussi exclusif , aussi oi fier que le sien, prouve que son amour n’est qu'une ardeur se éphémère que la contradiction irrite et.aliume. On ne recon- de nait en lui ni la passion funeste et désespérée d'Oreste,vila ‘°” flamme qui brûle dans le cœur d'Hermione, ni la jalousie qui <> va l'emporter jusqu'à démander, que dis-je? à commander Je clie-même la mort de Pyrrhus à Oreste qu'elle a repoussé fe avant tant de persévérance. Racine a commis une grande faute A quand il a mis en présence ces trois amours dont les deux pre- À miers font pâlir le troisième et lui tent le caractère de la vé- à

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