‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 626 sur 914 · RESTE ENETEN ENT ENS NN EE NTI ENTÉ ERNST · texte numérisé non relu

RESTE ENETEN ENT ENS NN EE NTI ENTÉ ERNST

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D'ua ris de saint Médard il me fallut répondre ".

Je poursuis. Mais, ami, laissons-le discourir , Dire cent et cent fois : « Il en faudroit mourir ; » Sa barbe pinçoter , cageoler la science, Relever ses cheveux, dire : « En ma conscience; » Faire la belle main, mordre un bout de ses gants, Rire hors de propos , montrer ses belles dents,

Se carrer sur un pied, faire arser son épée,

Et s’adoucir les yeux, ainsi qu’une poupée ; Cependant qu'en trois mots je te ferai savoir

Où premier, à mon dam, ce fâcheux ne put voir. J'étois chez une dame , en qui, si la satire Permettoit en ces vers que je le pusse dire, Reluit, environné de la divinité,

Un esprit aussi grand que grande est sa beauté.

Ce fanfaron chez elle eut de moi connoissance, Et ne fut de parler jamais en ma puissance,

Le voyant affublé d'un chapeau de velours,

Rire d'un ficheux conte, et faire un sot discours,

Bien qu'il m'eût à l'abord doucement fait entendre

Qu'il étoit mon valet à vendre et à dépendre ;

Et, détournant les yeux : « Belle, à ce que j'entends, Comment ! vous gouvernez les beaux-esprits du temps ! » Puis , rechangeant de note , il montre sa rotonde : «Cet ouvrageest-il beau? Que vous semble du monde? L'homme que vous savez m'a dit qu'il n’aime rien. Madame , à votre avis , ce jourd'hui, suis-je bien ? Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-elle belle ? Voyez ce taffetas; la mode en est nouvelle * :

C’est œuvre de la Chine. A propos, on m'a dit Que contre les clinquants le roi fait un édit. » D’assez d'autres propos il me rompit la tête :

Voïà quand et comment je connus cette bête;

Régnier (Mathurin) , poûte satirique, neveu du célèbre abbé Desportes, naquit à Chartres, en 1573. Dès son enfance , il montra du goût pour la poésie et un penchant décidé pour la satire, penchant que son père essaya vainement de réprimer, mème par des chätiments. Comme Ovide, que son père voulait corriger de la poésie, Régnier retombait toujours dans son péché favori. Tonsuré à l'âge de onze ans, quoiqu'il fût sans vocation pour l'état ecclésiastique, il suivit à Rome le cardinal de Joyeuse, et passa dix ans auprès de ce prélat; mais, n'en uyant reçu aucune récompense , ils’attacha ensuite au duc de Béthune, frère du ministre et de l'ami de Henri IV. La protection de ce nouveau Mécène eut d'heureux effets : le poëtc ne tarda pas à étre pourvu d'un canonicat et d'une pension de 2,009 livres sur l'abbaye de Vaux-de-Cernay , qui avait appartenu à son oncle. Satisfait de sa fortune, recherché

‘ Façon proverbiale de dire alors un rire forcé. 3 Collet emyesé , monté sur du carton.

Te jurant, mon ami, que je quittai ce lieu

Sans demander son nom et sans lui dire adieu.

Je n'eus, depuis ce jour , de lui nouvelle aucune,

Si ce n'est ce matin que, de male fortune,

Je fus dans cette église, où , comme j'ai conté,

Pour me persécuter , Satan l'avoit porté.

Après tous ces propos qu'on se dit d'arrivée,

D'un fardeau si pesant ayant l'âme grevée,

Je chauvis de l'oreille", et, demeurant pensif,

L'échine j'allongeois comme un âne rétif.

Il me pousse en avant, me présente la porte,

Et, sans respect des saints, hors l'églisemeporte ,

Aussi froid qu’un jaloux qui voit sou corrival.

Sortis , il me demande : « Êtes-vous à cheval?

Avez-vous point ici quelqu'un de votre troupe?

—Jesuistout seul, à pied. » Lui de m'offrir la croupe.

Moi, pour m'en dépètrer, lui dire tout exprès :

« Je vous baise les mains; je m'en vaisiciprès,

Chez mon oncle, diner.—O Dieu ! le galant homme :

Jen suis. » Et moi pour lors, comme un bœuf qu'on assomme ,

Je laisse choir la tête; et bien peu s'en fallut ,.

Remettant, par dépit, en la mort mon salut,

Que je n’allasse lors, la tête la première, |

Me jeter du Pont-Neuf à bas dans la rivière.

11 vint à reparler dessus le bruit qui court,

De la reine, du roi, des princes, de la cour, . Que Paris est bien grand, quele Pont-Neuf s'achève, Si plus en paix qu'en guerre un empire s'élève.

Il vint à définir que c'étoit qu'amitié,

Et tant d'autres vertus que c'en étoit pitié ;

Mais ne définit point , tant il étoit novice,

Que l'indiscrétion est un si fâcheux vice,

Qu'il vaut bien mieux mourir de rage ou de regret Que de vivre à la gêne avec un indiscret.

des grands pour son talent, aimé de tous ceux qui cultivaient les lettres pour sa douceur, Régnier aurait pu jouir longtemps du bonheur; mais s'étant livré depuis sa plus tendre jeunesse à un goût effréné pour le plaisir, des infirmités précoces furent le triste résultat de ses écarts. 11 mourut à Rouen, en 1613, à peine ägé de quarante ans.

Nourri de la lecture des anciens poëtes latins, Régnier leur a emprunté les sujets de la plupart de ses satires, qui contiennent des imitations fréquentes d'Horace, de Perse,

4 Je baissai l'oreille. Horace, saisi par un fâcheux qui ne veut lâcher prise, dit : « Je baisse les oreilles comme l'âne mécontent qui sent qu’on lui impose une charge trop pesante. »

Ce n'est pas par la vivacité de l'esprit, par l'originalité du trait que cette salire 8e recommande; elle a moins d agrément, moins de vivacité dans le dialogue que la neuvième satire d'Horace sur le même sujet ; mais elle est remarquable par le naturel du s yle et la facilité du tour; les vers y paraissent jetés avec une certaine négligence qui cache le travail.

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de Juvénal et de Martial ; maïs souvent , soit dans ses larcins , soit dans ses créations, il n'est pas inférieur aux modèles ; il est, comme eux, grand peintre de mœurs. Boileau a dit de Régnier : « C'est le poëte français qui, du consentement de tout le monde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes. » Nul doute que le contemp'ateur ne fit aussi le plus grand cas de Régnier, dont la fameuse Macette est le type du Tartufe, pour le fond et pour la forme. Le style de Régnier est à la fois plein d'eniouement , de naturel et de vivacité ; la facilité la plus heureuse en est le caractère , et cette facilité est encore relevée par la verve et la chaleur. Il abonde en vers dont les uns semblent sortis tout brülants de la verve de l'écrivain, tandis que les autres, marqués au coin du bon sens et semblables aux traits lancés à travers la conversation par un homme d'esprit, deviennent proverbes en naissant. Ce poëéte de la nature a en outre un charme particulier dans ce qu'il appelle ses nonchalances qui lui donnent un air de parenté avec La Fontaine, dont il avait la bonhomie et la naïveté. Comme le fablier de madame de La Sablière, Régnier parait avoir eu souvent de bonnes fortunes en poésie, et comme lui, il les a trouvécs eu les cherchant ; mais ses beautés ne lui ont jamais coûté les efforts au prix desquels Boï'eau obtint depu's sa juste renommée. La lecture de Régnier peut seule faire comprendre ce qui manquait à Boileau, c'està-dire la soudaineté, l'abandon et cet élan de poëte qui s'élève tout à coup comme un aigle que nous voyons, quittant la terre, monter d'un seul essor vers les hauteurs du ciel par la vigueur de sa nature et une impulsion de son audace. Boileau sentait bien ce genre de supériorité de Régnier; mais, au lieu de s'en montrer jaloux, il a noblement célébré, en prose et en vers , le mérite de son prédécesseur : É

De ces maitres sayants disciple ingéuleux,

Régnier, seul parmi nons formé sur leurs mpdèles, Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles. Heureux si ses écrits, craints du chaste lecteur,

Ne se sentaient des lleux que féquentait l'auteur.

Peut-être Régnier méritait-il de son imitateur un éloge plus propre à caractériser un aussi grand poëte satirique, digne souvent du parallèle avec Horace et Juvénal, et doué de certains dons exquis qu'on ne trouve pas dans ces deux maitres , surtout dans le dernier. Quoique Régnier ait vieilli, cependant il conserve encore beaucoup de lecteurs, qui regrettent, avec Fénelon, de précicu:es qualités, particulièrement la naïveté de la langue de Régnier, comme de celle de Montaigne, que nous avons quelquefois appauvrie en voulant l'épurer et la polir. Toutefois il ne faut pas pousser trop loin ce reproche : au contraire, on doit rester pénétré de reconnaissance, en voyant, d'uu autre côté, le degré de perfection auquel Boileau a porté cette mème langue. La comparaison des deux poëtes est extrêmement utile à faire sous ce rapport et sous beaucoup d’autres. Dans cette comparaison curieuse , on verra souvent Régnier l'emporter sur Boileau ; mais on seutira plus souvent encore que Île poëte qui enscignait à Racine l'art de faire difficilement des vers faciles, aurait pu dire quelquefois avec Virgile, et sans être taxé d'injustice et d'orgueil : « J'ai tiré de l'or du fumier d'Ennius. »

La première édition de Régnicr est celle de Paris, 1608, in-4°; mais les suivantes sont celles que recherchent les curieux : Satires et autres œuvres, Leyde, Elzevir, 1642, in-12 ; Londres, 1729, in-f°, avec des éclaircissements historiques par Brossette; édition nouvelle, avec des comnkntaires , revue, corrigée et augmentée , précédée de l'Histoire de la Satire en France, par Viollet Le Duc, Paris, 1822, in-18, et 1823, in-8°.

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