‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 643 sur 914 · F0 2.9 9 Er rer · texte numérisé non relu

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rer que des vers : mais n'est-ce donc pas des mœurs qu'il s’agit dans la première satire, déjà si remarquable par la correction du style et par une élégante versification; daus la quatrième, esquisse plus faible , il est vrai, des diverses folies humaines ; dans la cinquième, si hardie , si noble et si élevée, qui donne une juste idée de la vraie noblesse ; dans la huitieme , qui nous peint si bien l’homme, tel que les sociétés l'ont fait ? Certes ce ne sont point là des choses futiles. Voltaire a donc été :trop sévère lorsqu'en comparant les sujets des saiires de Boikeau avec ceux que Pope a traités, il a dit :

Qu‘il peigne de Paris les tristes embrarras, Ou décrive en beaux vers un fort mauvais repas, li faut d'autres objets à notre intelligence.

Les satires même littéraires de Boileau renferment tonjours des iraits de morale et souvent des idées utiles. Quatre de ses vers ont délivré notre jurisprudence d’une pratique odieuse : rare exemple de l'influence de la satire

sur la plus incorrigible des institutions bumaines !

Si nous rentrons avec Boileau dans la sphère de la pure littérature, nous le verrons signaler tous les écueils de l'art d'écrire, la bizarrerie des sujets et l'inconvenance des styles , l'insipide afféterie et la grossièreté triviale , la sécheresse et la prolixité, la négligence et la contrainte, la froideur et l'emphase. Le mauvais goût n'a point de travers qu'il ne condamne, non - seulement dans les auteurs déjà méprisés, dans vingt académiciens obscurs, mais surtout dans les coryphées du monde littéraire, dans les rimeurs fétés et lauréats, dans les oracles de la cour , de la ville et de l'hôtel Rambouillet, dans ce Chapelain , si fier des pensions qu'il touche et de celles qu'il distribue ; dans les Perrault, les Cotin, les Brébeuf, les Scudéry, noms illustres et révérés alors, et qui font sourire aujourd'hui. :

Deux de ses pièces, l'une sur les embarras de Paris, l'autre sur un festin ridicule , sont moins des satires proprement dites que des descriptions parsemées de traits satiriques. Le talent que l'on y voit briller consiste à exprimer avec bonheur, en les ennoblissant , les délails les plus rebelles à la poésie. La satire adressée à son esprit sera toujours regardée comme un modèle où l'élégance et le bon ton s’allient toujours à une plaisanterie ingénieuse et piquante. Nous nedirons rien de la satire sur l'Équivoque, la plus faible de toutes, ni de la satire sur les Femmes, contre laquelleilexiste encore une assez bonne épigramme de Fontenelle. Dans ce dernier sujet, Boileau manque de variété, de souplesse et surtout de gaieté; sa muse est lourde , sans grâce , parfois sans convenance. Boileau pèche par une injuste exagération dans la peinture des mœurs des femmes ; on lui reproche surtout la faute de n'avoir pas su nous délasser par les portraits de quelques femmes, qui sont les modèles de leur sexe. Il en avait sous les yeux d'autres que madame de Maintenon. Notre satirique avait composé ses Satires à trente ans. C’est à l'âge de la malurité qu'il publia ses Épitres.

Une épitre en vers, quand c’est un satirique qui la fait, ressemble beaucoup à une satire. Il serait malaisé d'indiquer dans Boileau les pièces auxquelles conviendrait indistioctement le nom de satire et d’épitre : c'est bien le même ton, le même genre de style, appliqué à un même

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