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core par la gaieté des détails, quoique peu variés et trop épisodiques ; mais l'aridité du sixième est accablante : il semble qu'en l'écrivant , Boileau ait été abandonné de ses plus précieuses facultés.
Les quatre premiers chants du Eutrin sont au nombre des monuments dont notre littérature doit être fière: ils surpassent de beaucoup, pour l'invention , la richesse et le naturel des peintures, pour la perfection du style, la Boucle de chereux enlevée , de Pope, à laquelle le Lulrin a souvent été comparé.
A la suite de cette analyse rapide des chefs-d'œuvre de
‘ Boileau , nous nous dispenserons de considérer les essais
lyriques et les diverses poésies de notre aristarque. D'heureux quatrains n'ajouteraient rien à sa gloire, et une inauvaise ode, deux froids sonnets, dix faibles épigrammes, ne peuvent la rabaisser. Ses écrits en prose ne mérileraient pas non plus de très-longs éloges ; mais ils excitent du moins l'attention par leur objet et par leurs rapports avec de plus mémorables travaux. Si la prose de Boileau, presque toujours claire et souvent correcte, manque beaucoup trop de couleur , d'harmonie et même d'élégance, c'est qu'il ne faisait, en y travail'ant, que se reposer de ses veilles poétiques , oubliant que la partie la moins brillante de l’art d'écrire a bien aussi ses difficultés. Nous citerons cependant son Dialogue des héros de roman, qui rappelle quelquefois la finesse et l'esprit de Lucien.
En 1674, Boileau mit au jour, avec l'Art Poëtique et le Lutrin, une traduction du Traité du Sublime, par Longin. Däns ce nouvel ouvrage, il se place sans peine au rang des traducteurs les plus fidèles; et sa version mériterait uu éloge sans restriction, si elle était plus souvent élégante.
Il nous reste à donner une idée du caractère de Boileau. Ses satires lui firent beaucoup d'ennemis ; mais il eut le bon esprit de ne jamais réfuter ses détracteurs. 11 repondit un jour à quelqu'un qui lui faisait sentir le d’nger du genre lit'éraire qu'il avait adopté : « Je serai honnèle bomme, et je n'aurai rien à craindre de leurs attaques. » Madame de Sévigné dit un jour, eu parlant de Despreaux : « ll n'est cruel qu'en vers. » 11 se peint lui-mème dans le fragment qui suit :
Déposez hardiment qu'au fond cet homme borrible, Ce ceuseur qu'ils out peint si noir et si teirible,
Fa un esprit doux, simple, smi de l'équité,
Qui, cherchunt dans ses vers la seule verite,
Fit, sans être maiin, ses plus grandes malices,
Et qu'enlin sa candeur seule a fait Lous ses vices. Dites que, harcele par les plus viis riiveurs,
Jamais, blessant leurs vers, ii n'effleura leurs mœurs. Libre dans ses discours, mais pourtant toujours sage, Assez faible de corps, assez doux de vissge;
NI petit, ni trop grand; très-peu volupiueux;
ami de la vertu plutôt que vertueus.
Nous citerons deux traits de sa bonté ct de la générosité de son caractère. Le célèbre Patru se voyant obligé de vendre sa bibliothèque, Boileau l'achels, et ne veut en
RL nets DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
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jouir qu'après la mort de son ami. La pension de Corneille , alors presque octogénaire, est tout à coup supprimée; Despréaux court chez le roi, et tonne contre cette injustice barbare, qu'on se häte de réparer. De pareils traits rachètent bien des satires, même quaud on pourrait se méprendre sur l'esprit qui dicta ces productions, exclusivement littéraires, et qui ont été si utiles pour corriger le mauvais goût des productions du siècle, avant que les grands écrivains eussent acquis leur autorité par de nombreux chefs-d'œuvre.
Despréaux eut de fréquents démélés avec un de ses frères , Gilles Boileau , et l'on trouve quelques vestiges de leurs dissensions dans les œuvres du satirique ; mais ils se réconcilièrent de bonne foi, et Nicolas Buileau fut toujours un modèle de l'amilié fraternelle.
Les poûtes célèbres que Boileau a le plus fréquentés sont La Fontaine, Molière et Racine. Nous ne reviendrons sur l'incroyable omission dont il s’est rendu coupable à l'égard du premier que pour rappeler que son prenier pas dans la carrière littéraire fut un hommage à La Fontaine : nous voulons parler de sa Dissertation sur Joconde, en 1662. |
Despréaux nommé, avec Racine, historiographe de France, suivit quelquefois, avec son ami, le roi aux armées ; maïs il n’a rien laissé sur les événements dont il fut témoin.
L'Art Poëtique et le Lutrin avaient paru depuis plusieurs années , et les portes de l’Académie ne s'étaient point encore ouvertes pour leur auteur ; il n'y fut reçu que le 13 juillet 1684, à l’âge de quarante - huit ans. Iai de plusieurs académiciens dont il avait attaqué les écrits, il eut besoin d'ua ordre du roi pour être admis parmi les quarante.
La postérité n'oublicra point les services que Despréaux a rendus aux lettres françaises. Il obtint sur soa siècle une influence immense , qui n'est contestée par personne , et qui s'étend encore sur le nôtre. Ennemi de la médiocrité, il défendit toujours le véritable talent : c'est lui qui soutint Andromaque contre l'hôtel Rambouillet, et qui consola Racine du peu de succès d'Athalie, en lui disant ces mo!s, confirmés par la postérité : + C'est votre chef-d'œuvre; je m'y connais : le public y reviendra. »
Après avoir souffert plusieurs années et survécu à presque tous ses amis, Boileau mourut d'une hydropisie de poitrine , le {3 mars 1714. Il disait, dans les derniers temps de sa vie, ces paroles qui sont comme an dernier coup de pinceau à son portrait : « C’est uue grande consolation pour un poëte qui va mourir, que de n'avoir jamais offensé les mœurs. »
Parmi les Éloges de Boileau, il faut remarquer ceux de MM. Daunou et Auger, couronnés, le premier par l’Académie de Nimes, en 1787, lesecond par l'Institut, en 1805.
Les meilleures éditions de ses œuvres sont : celle de Brossctte, à Amsterdam, en 1718, 2 vol. in-folio; l'édition dounée par M. Daunou, en 1813, 3 vol. in-8°.
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Quer sujet inconnu vous trouble et vous altère ? D'où vous vient aujourd'hui cet air sombre et sévère ? Et ce visage , enfin, plus pâle qu'un rentier”,
A l'aspect d'un arrêt qui retranchie un quartier ? Qu'est devenu ce teint dont la couleur fleurie Semhloit d'ortolans seuls et de bisques nourrie, Où la joie en son lustre attiroit les regards,
Et le vin en rubis brilloit de toutes parts ? ?
Qui vous a pu plonger dans cette humeur chagrine ? A-t-on par quelque édit réformé la cuisine ?
Ou quelque longue pluie , inondant vos vallons, A-t-elle fait couler vos vins et vos melons?
Répondez donc enfin, ou bien je me retire.
RE REREEEEET
Ah! de grâce, un moment, souffrez que je respire. Je sors de chez un fat qui, pour m'empoisonner, Je pense, exprès chez lui m'a forcé de diner.
Je l'avois bien prévu. Depuis près d'une année, J'éludois tous les jours sa poursuite obstinée.
Mais hier il m’aborde, et, me serrant la main :
« Ah! monsieur, m'a-t-ildit, je vous attends demain. N'y manquez pas au moins. J’ai quatorze bouteilles
CRERERRR
{ Gette satire a été faite en 1667. Eile contient le récit d'un festin donné par un homme d'un goñt faux et extravagant, qui se piquait néanmoins de raffiner sur la bonne chère. Horace, dans la satire vit du livre 11, fait pareillement le récit d'un repas ridicule : et Régnier, dans sa dixième satire, l'a aussi imité.
? En 1664, le roi avait fait une suppression snr les rentes constituées sur l'Hôtel-de- Ville. Cette mesure inique donna lieu à l'épigramme suivante , du chevalier de Cailly :
De nos rentes, Pour nos pêches,
Si les quartiers sont retranchés,
Pourquoi s'en émouvoir la bile >
Nous n’aurons qu'à changer de lieu :
Nous allions à l'Hôtel-de-Yille, Nous irons à l'Hôtcl-Dieu.
Tout le monde ne prenait pas aussi gaiement son parti que le chevalier.
5 Ces vers annonÇalent déjà le poëête qui ferait un portrait achevé du prélat, dans le Zutrin.
4 Ce début est vif et d'un tour original : il amène bien la peinture du repas.