‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 648 sur 914 · SÉR AIS I ELA LL · texte numérisé non relu

SÉR AIS I ELA LL

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Sur ce point, un jambon d'assez maigre apparence Arrive sous le nom de jambon de Mayence.

. Un valet le portoit, marchant à pas comptés, Comme un recteur suivi des quatre facultés.

Deux marmitons crasseux, revêtus de serviettes, Lui servoient de massiers, et portoient deux assiettes, L'une de chanpignons avec des ris de veau,

Et l'autre de pois verts qui se noyoient dans l'eau. Un spectacle si beau surprenant l'assemblée, Chez tous les conviés la joie est redoublée ;

Et la troupe à l'instant, cessant de fredonner , D'un ton gravement fou s'est mise à raisonner. Le vin au plus muet fournissant des paroles, Chacun a débité ses maximes frivoles,

Réglé les intérêts de chaque potentat,

Corrigé la police et réformé l'état ;

Puis de là s'embarquant dans la nouvelle guerre, A vaincu la Hollande ou battu l'Angleterre.

Enfin, laissant en paix tous ces peuples divers,

De propos en propos, on a parlé de vers.

Là tous mes sots, enflés d'une nouvelle audace,

Ont jugé des auteurs en maitres du Parnasse.

Mais notre hôte surtout, pour la justesse et l'art,

Elevoit jusqu'au ciel Théophile et Ronsard ;

Quand un des campagnards, relevant sa moustache

Et son feutre à grands poils, ombragé d'un panache,

Impose à tous silence , et, d'un ton de docteur,

« Morbleu! dit-il, La Serre est un charmant auteur !

Ses vers sont d’un beau style, et sa prose estcoulante.

La Pucelle est encore une œuvre bien galante,

Et je ne sais pourquoi je bäille en la lisant.

Le Pays, sans mentir , est un bouffon plaisant ;

Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture.

Ma foi , le jugement sert bien dans la lecture.

A mon gré, le Corneille est joli quelquefois :

En vérité, pour moi, j'aime le beau françois.

Je ne sais pas pourquoi l'on vante l’Alerandre ;

Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre.

Les héros , chez Quinault, parlent bien autrement,

Et, jusqu'à je vous hais , tout s'y dit tendrement.

On dit qu’on l'a drapé dans certaine satire,

Qu'uu jeune homme... — Ah! je sais ce que vous voulez dire,

A répondu notre hôte : « Un auteur sans défaut,

» La raison dit Virgile, et la rime Quinault. »

— Justement. À mon gré, la pièce est assez plate.

Et puis, blâämer Quinault'.. Avez-vous vu l'Astrate ?

C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.

Surtout l’Anneau royal me semble bien trouvé :

Son sujet est conduit d'une belle manière;

Et chaque acte , en sa pièce, est une pièce entière.

Je ne puis plus souffrir ce que les autres font. |

— Ïl est vrai que Quinault est un esprit profond,

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À repris certain fat, qu'à sa mine discrète

Et son maintien jaloux, j'ai reconnu poëte;

Mais il en est pourtant qui le pourroient valoir.

— Ma foi, ce n'est pas vous qui nous le ferez voir , À dit mon campagnard avec une voix claire,

Et déjà tout bouillant de vin et de colère.

— Peut-être, a dit l’auteur, pälissant de courroux : Mais vous , pour en parler, vous y connoissez-vous ? —Mieux que vous mille fois , dit le noble en furie. — Vous? mou Dieu! mélez-vous de boire, je vous prie, À l'auteur sur-le-champ aigrement reparti.

— Je suis donc un sot, moi ? vous en avez menti,» Reprend le campagnard; et , sans plus de langage, Lui jette pour défi son assiette au visage.

L'autre esquive le coup ; et l'assiette volant

S'en va frapper le mur , et revient en roulant.

A cet affront , l'auteur , se levant de la table, Lance à mon campagnard un regard effroyable ; Et chacun vainement se ruant entre eux deux, Nos braves, s'accrochant, se prennent aux cheveux. Aussitôt sous leurs pieds les tables renversées

Font voir un long débris de bouteilles cassées ;

En vain à lever tout les valets sont fort prompts, Et les ruisseaux de vin coulent aux environs.

Fafin, pour arrêter cette lutte barbare,

De nouveau l'on s'efforce, on crie, on les sépare ; Et , leur première ardeur passant en un moment, On a parlé de paix et d'accommodement.

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4 Quelle chaleur dans ce dialogue si souvent coupé par des traits rapides! On ne peuse pas qu'on enteud le récit d'un poëit; c'est une scène que l'on voit.

La satire du repas dans Horace (vini° du livre 11) ne peut jas supporter un iustant la comparaison avec le poëme comique de Boileau ; car sa troisième satire mérite vraiment ce OIL.

-Kégnier a traité le même sujet dans la satire x° de son recueil. Son début est languissant et sans rapport avec le reste ; Boileau , au contraire, entire en matière de la facon la plus vive, el nous amène à son repas par un premier dialogue fort animé. Voici quelques traits assez plaisants de Régnier; le fâcheux dit au poête qui méditait une fuite :

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Quoi! vous enuuyez-vous en notre compagnie ?

Non, ma fol, dit-#{, f{ n’en sera pas ainsi; Et pulsque je vous tiens, vous souperezici.

On entend ailleurs sortir de ia bouche d'un pédant ridicule ces traits qui ont inspiré de si bonnes plaisanteries à Boileau :

Que Virgile est passable , encor qu'en quelques pages 1 méritét nv Louvre être sifflé des pages:

Que Pline est inégal, Térence un peu joli;

Mais surtout Il estime uo langage poli.

La dispute des convives , dans Régnier, n'est pas sans mérite; mais elle n'approche pas de celle de Boileau. C'est ià qu'ou voit comme l'imitateur a perfectiunné la langue du modèle, sans lui rien ôter de va verve.

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