‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 677 sur 914 · RL RÉ SR R EEE ETES · texte numérisé non relu

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Auteur et comédien, Molière faisait néanmoins auprès du roi son service de valet de chambre ; et en cette qualité , il était exposé aux dédains des autres valets de chambre. Louis XIV, voulant faire cesser ces outrages, qui s'adressaient à l'un des plus grands génies de son époque, l'invite à s'asseoir à sa table, lui sert lui-même une aile de son en-cas-de-nuit , et, faisant entrer toute sa cour : « Me voilà occupé, dit-il, de faire manger Molière, que mes officiers ne trouvent pas d'assez bonne compagnie pour eux. »

La faveur du roi ne pouvait cependant lui donner la considération qui lui manquait à la vkle. Tout le monde riait de ses pièces ; mais on n'estimait point assez ses ouvrages et sa personne ; trop de gens le prenaient, et il le sentait bien, comme le meilleur sujet de divertissement.

Molière avec Turlu/fe y doit jouer son rôle.

disait Boileau. On le faisait venir également pour égayer ce bon vieux cardinal de Retz. Madame de Sévigné cn parle sur ce ton.

Dix mois avant de mourir, Molière, par la médiation d'amis communs , s'était rapproché de sa femme, qu'il aimait toujours. 1] devint père d’un enfant qui ne vécut que peu de temps. Le changement de régime accrut une irrilation de poitrine dont il avait depuis longtemps sen:i les premières atteintes. Un jour, Boileau alla le voir , et le trouva fort incommodé de sa toux ; il faisait des efforts de poitrine violents, qui annonçaient une fin prochaine : s Mon pauvre monsieur Molière, vous voilà dans un état pitoyable, lui dit Despréaux ; vous devriez vous contçnter de composer, et laisser l'action théâtrale à quelqu'un de vos camarades... — Ah! monsieur, répondit Molière, que me di‘es-vous l ? {1 y a un honneur pour moi à ne point les quitter.» Le jour de la quatrième représentation du Molade imaginaire, Molière, se sentant plus indisposé que de coutume , fit appeler sa femme, et lui dit, en présence de Baron : + Je ne puis plus tenir contre les douleurs ct les déplaisirs qui ne me donnent pas un inslant de relâche. Mais, ajouta-t -il en réfléchissant , qu'un homme souffre avant de mourir! » Sa femme et Baron le con urérent a'ors, les larmes aux yeux, de ne point jouer ce jour-là : « Comment voulez-vous que je fasse, leur dit-il ? Il y à cinquante pauvres ouvriers qui n'ont que leur journée pour vivre : que feront-ils si l'on ne joue pas ? »

Molire joua donc le méme jour. Après l1 représentation, il monta dans la loge de Baron : « J'ai un froid qui me tue , » lui dit-il. Transporté dans sa maison, il se mit au lit. Un instant après, il lui prit un accès de toux si violent , qu'un vaisseau artériel se brisa daus sa poitrine. Le sang, qui sortait en abondance de sa bouche, l'étouffa au bout de quelques minutes. C'était le vendredi 17 février 1675, à dix heures du soir. Molière avait alors cinquante-un ans. Pendant son agonie , il reçut les soins les plus empressés de deux religieuses qu’il avait reçues dans sa maison , pour Île temps de la quête. Le curé de Saint- Eustache, sa paroisse , lui ayant refusé la sépulture ecclésiastique, la veuve adressa une requéte à l'archevèque de Paris, Harlay de Champyvalon: elle courut ensuite se jeter aux pieds du roi, suivie du curé d'Auteuil. Enfin il

fut décidé qu'on accorderait aux restes de Molière un peu

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