‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 7 sur 914 · PH DRE MERS · texte numérisé non relu

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tre pays, sous la conduite d’un chef militaire appelé Pharamond, si l’on en croit la tradition de ces temps reculés.

À d’autres le soin d'exposer la grande transmutation qui s'opéra sur la terre que nous habitons , où les Francs ont assis leur domination ; à d’autres la mission d'expliquer comment l'ordre sortit du cahos, la lumière des ténèbres; comment les institutions religieuses et politiques s'établirent et se consolidèrent. Pour nous, dans ce profond mystère d’une régénération sociale , nous bornant à ce qui tient au langage, nous ne recherchons que les vestiges de la poésie celtique et romaine. Le rude dialecte des hommes du Nord blessait l'oreille des jeunes Gaulois; ils disaient que le son de la lyre des Bourguignons épouvantait les Muses. Et dans le fait, il était impossible qu’un idiome rude et pauvre, à peine suffisant pour un peuple inculte, püt l'emporter sur une langue plus douce, sur une langue savante et arrêtée. Aussi n’eut-il qu'une existence trèslimitée au milieu de nous; il se conserva parmi les conquérants sans se communiquer aux indigènes. Cependant il ne faut pas croire que les Gaulois, descendants des Brenn, parlassent d'une manière correcte la langue sonore et harmonieuse des anciens maîtres du monde ; ils l'avaient soumise à une prononciation nouvelle, prononciation corrompue par des terminaisons prises dans le vieil élément celtique. La quantité, le rhythme, si essentiels à la langue de Cicéron, avaient disparu de la bouche des Gaulois : à partir de l'établissement définitif des Francs, on voit régner dans le latin usuel l'article et les verbes auxiliaires, deux caractères distinctifs des langues du nord. Et dès le huitième siècle, le romain rustique, grossière corruption du latin de César et de Virgile, devint l'idiome du nord et du centre de la France. Du reste, peu à peu les mœurs gallo-romaines prévalurent, et la langue théotisque fut oubliée par les vainqueurs. Dans l'espace de deux siècles, cette langue disparut entièrement de la France, n'y laissant que quelques éléments épars qui devaient contribuer avec les éléments celtiques et latins à la naissance d’une langue nouvelle et vraiment nationale. En attendant sa ve-

nat, de Saint A vite, les poëtes continuèrent, pendant une longue suite d'années, de n'employer qu'unseul idiome littéraire, celui d’Horace ; mais plus ces poëtes s'éloignèrent du temps de la domination romaine, plus ils se signalèrent par leur inexpérience, par leur maladresse à manier le bel instrument que leur avait légué le génie. On s'étonne de rencontrer dans le même temps une si vive passion pour les vers, et une si grande ignorance des règles de la versification. Presque tout ce qui reste des poésies latines des huitième , neuvième, dixième siècles, est rempli de fautes contre la prosodie, de syllabes longues prises pour des brèves, et de brèves pour des longues, d'élisions méconnues, de lettres retranchées, changées, de mots coupés en deux. Néanmoins, ces trois siècles comptèrent des hommes vraiment éminents, dont quelques-uns , comme Alcuin et Théodulfe, furent poètes et théologiens. L'un et l’autre florissaient sous le règne de Charlemagne , un des génies de notre histoire , qui se servait d'eux pour ses projets de réforme grammaticale et littéraire. Ce grand homme, plus étonnant que le czar Pierre [°", sentait la nécessité d’éclairer les esprits et de polir les mœurs de son pays; tandis que par les armes il nous défendait contre les invasions du nord, dont il voulait détourner à jamais le fléau , il nourrissait la sage pensée de confier à la force morale et intellectuelle la garde de son empire , que sa vaillante épée ne pourrait toujours protéger. Parmi les rivaux et les successeurs des deux illustres savants, il faut compter Raban Maur, le diacre Flore, Walafrède , Strabon, Paschase, Radbert , Wondalbert le candide, Nigellus, Abbon, Frodoard le plus fécond poëte de son temps, et Gerbert le grand, qu’un petit nombre de vers plaçait au rang des dignes héritiers de Ja muse romaine.

A cette époque, on aimait tant les vers, qu'on en placait partout, soit à la fin des diplômes , soit à la fin des chartes, pour indiquer le nom de l’homme qui les avait écrits : c'est ainsi qu'on trouve au bas d'une charte du roi Raoul un quatrain destiné à nous apprendre que ce même roi savait signer son nom. En général, les poëtes de ce temps ne rachetaient, ni par la hauteur de l'inspiration, ni par le choix ou

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