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térielles de leur style, emprunté à une langue morte , que le temps et les barbares avaient corrompue. Il ne faut pas s'étonner de cette décadence. Les siècles où ils essayaient encore de parler la langue des muses étaient des siècles d'ignorance , de fanatisme et de foi; les clercs, seuls hommes qui eussent pu conserver quelque étincelle du feu sacré, consacraient tout leur temps à lutter contre les hérésies. D'ailleurs nouvellement convertis eux-mêmes à une religion austère, les prêtres chrétiens n’osaient regarder les livres des grands poëtes de Rome; ils en craignaient les séductions. Les chefs de l'Église , imitant les scrupules de saint Augustin, qui se reprochait d’avoir lu avec délice le quatrième chant de l'Énéide, interdisaient à leurs disciples la lecture d’Homère et de Virgile. Ainsi d'un côté, faute de cette liberté, l'âme de toutes les nobles productions ; de l’autre, faute de modèles et de guides, et n'étant pas d’ailleurs environnés de circonstances favorables à la naissance du génie, n'ayant plus autour d'eux, comme les anciens Bardes gaulois , un peuple initié à la poésie, les esprits recouraient aux jeux bizarres, à des bagatelles diffciles. On voyait tel écrivain assez malheureusement inspiré pour s'imposer la tâche de ne faire entrer dans un poëme que des mots commencant par une seule lettre de l’alphabet.
Mais toutes ces futilités ne doivent pas tarder à disparaitre ; le moment approche où une langue et une poésie nouvelles vont se révéler à nous. La langue latine s’altérait de jour en jour , en raison même de sa nature richement systématique, de ses cas nombreux, de ses désincnces variées, de ses verbes multiples dans leurs temps, dans leurs modes, de ses inversions prolongées, en un mot, de sa syntaxe compliquée et savante. Une langue ainsi faite se dégrade nécessairement au choc de la barbarie, au contact de l'ignorance : elle tend à se mettre au niveau des intelligences , et se corrompt en se simplifiant. Telle est l'espèce de travail que subit le magnifique idiome des conquérants romains, non-seulement en France, mais en Espagne , mais en Italie même , où l’invasion des hommes du nord avait aussi pénétré. Cependant l'Italie résista plus long-temps que les autres pays, et l’idiome vulgaire se forma chez elle plus tard que partout ailleurs. Chez
nous, dès le huitième siècle , la langue latine avait cessé d’être employée familierement : un autre moyen de communication servait aux relations du peuple, dans ses affaires ct dans ses plaisirs. Une langue formée par une transaction obligée entre le vieil élément celtique, le romain, le germanique, avait succédé au dialecte latin, dans le même temps et par suite des mêmes lois dans toutes les anciennes parties de l'empire. M. Raynouard appelle cet idiome/angue romaine rustique, et prouve son existence par la comparaison de six vocabulaires ou lexiques, dans lesquels il retrouve les mêmes racines, les mêmes éléments. Nous ne suivrons pas les recherches linguistiques du savant académicien, mais nous ne saurions nous empêcher de dire que ce système, si consciencieusement et si laborieusement établi, suscite plusieurs objections dont voici la plus grave. Si l'on conçoit sans peine l’adoption unanime d’une langue toute faite, dans différents pays, comment la supposer se dégradant d’une manière uniforme dans les diverses contrées où on la parlait ? Il répugne à la vraisemblance que , sans accord , sans règle commune , les peuples des rives de l’Ébre , ceux du Tibre, du Rhin et de la Seine, aient conduit ce travail de réformation et de transformation à un résultat identique, tandis que pour l’obtenir, il aurait fallu le concours des mêmes éléments employés dans des proportions tellement pareilles, que chaque pays eût répudié ou gardé exactement la même portion des nombreux idiomes qui avaient passé tour à tour sur l'empire romain avec les hordes sorties de ce nord, que sa fécondité en hommes a fait appeler officina genlium. Il y aurait dans l'existence de ce phénomène un problème bien difficile à résoudre. En effet, comme le dit avec raison M. Villemain, l’uniformité, c'est presque la science. L’uniformité supposerait la méthode même dont l’absence est attestée par la corruption de l’ancienne langue.
Quoi qu’il en soit, et pour nous renfermer dans le cercle de la France, un événement vint hâter Ja popularité de la langue vulgaire ou romane; nous voulons parler des croisades. Dans quelle circonstance la parole éprouva-t-elle un plus vif besoin d'être comprise de tous les esprits, de toutes les classes, que dans cet appel général aux PEUPLES ; aux rois
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